XMH : The After Years
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez|

[CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Mer 05 Sep 2012, 20:20


"Qu'est-ce qu'il y a à demander à un homme ou à une femme ?"
"Beaucoup de choses, il me semble. Mais les questions ne sont pas posées."



Carnegie Hall, ou le grand lieu de la ville pour quiconque aimait ou jouait de la musique. Et d'ailleurs, un musicien ou un chanteur qui n'y avait pas mis les pieds, pouvait considérer que sa carrière n'était qu'à moitié lancée, à moitié reconnue pour la ville de New York. Telle était la règle dans ces grandes villes, où si vous ne passez pas par certaines étapes, vous n'existez pas, ou qu'occasionnellement. Grâce à la faveur des dernières journées chaudes de l'été, les responsables du Carnegie Hall avaient décidé d'organiser une petite série de concerts en plein air, musique contemporaine et classique, petits groupes ou têtes d'affiches. La variété d'un dernier festival d'été, avant d'entrer dans la monotonie des jours devenant de plus en plus froids et courts...Néanmoins, par conséquence d'une erreur informatique, le programme du festival n'avait pas été diffusée sur Internet et encore moins relayée aux divers autres organismes culturels de la ville. Si bien que même les chanteurs et musiciens, en mesure d'urgence, avaient été réquisitionnés pour faire le plus de publicité possible dans les rues, entre leurs heures de répétition.

Inutile de décrire la tête hautaine et le roulement d'yeux que la Tosca avait eu à telle nouvelle. Ni les quelques remarques sèches (et franches) sur le manque d'organisation du festival, bien que ce soit une erreur tout à fait exceptionnelle. Pourtant, bon gré, mal gré, elle s'était jointe aux autres personnes qui devaient chanter le programme d'airs d'opéras et de comédies musicales ce soir-là, et affichait un peu près le même sourire, forcé d'abord, puis un peu plus naturel. Distribuer des flyers, expliquer un programme aux passants, étaient loin d'appartenir à ses tâches habituelles, mais quelque part, cela la changeait. Ca changeait d'un peu près toutes les tâches qu'elle faisait d'habitude, que ce soit dans son métier ou chez les Initiés. Elle parvint même à se dire que ce genre de début en communication face à des gens qui n'en avaient rien à faire du classique serait toujours un début d'expérience pour le discours (non-existant sauf dans sa tête) qu'elle aurait voulu donner au public pour démontrer que les Initiés n'étaient pas une secte. Même si les apparences étaient trompeuses (elle en savait quelque chose). Dans ce sourire, il y avait après tout un peu de la joie de transmettre sa passion.

Et voilà, elle était là, à quelques pas d'un autre chanteur qu'elle connaissait pour avoir joué avec lui sur scène, déjà dans sa robe (juste surmontée d'une légère veste) pour le récital, en train d'expliquer à un couple de jeunes que le classique n'était pas ringard, qu'il n'y aurait que des bons chanteurs (sauf une, qu'elle désigna vaguement de la tête, critique comme elle était) et que c'était des airs connus ou entraînants qui avaient été choisis. Et en plus, c'était gratuit, alors pourquoi refuser ? Bref, elle finit par réussir à leur coller un flyer dans les mains, même si elle était persuadée, d'après leur regard inexpressif, qu'ils ne viendraient pas. Floria constata avec satisfaction qu'il ne lui restait plus qu'un malheureux programme à donner, sa pile de corvée se finissait. C'était très bien. Elle releva les yeux et s'approcha d'un homme aux cheveux bruns qui passait par là, l'air plus grave qu'autre chose, probablement âgé d'une cinquantaine d'années. Elle nota son regard turquoise, alors qu'il ralentissait en la voyant venir vers lui. Allez, c'était la dernière personne ce soir à qui elle ferait du forcing pour être assurée que le festival ne se jouerait pas devant seulement vingt personnes, et ensuite, elle quitterait sa tâche temporaire (fort heureusement) de chargée de communication pour revenir à son métier premier.


"Bonsoir monsieur !" répéta-t-elle, pour au moins la trentième fois de l'après-midi. "Pardon de vous déranger, mais ça en vaut la peine si vous n'avez rien de prévu ce soir ! Le Carnegie Hall organise un récital tout à l'heure, avec plusieurs chanteurs et chanteuses qui seront là pour présenter des airs d'opéras et de musicals. Regardez, voilà le programme," continua-t-elle dépliant le dernier papier qu'elle avait à la main et en le lui collant dans les mains, "il y a sûrement des chansons qui vous sont connues, même si vous n'êtes pas un admirateur du genre. Et puis les responsables ont pris exprès des airs entraînants, encore une tactique pour attirer les jeunes au détriment des airs plus rares et exigeants de la musique, mais bon, c'est mon avis et j'aime critiquer ! Ce sera dans le Central Park, en plein air cette fois, le dernier festival d'été, pour profiter une dernière fois du beau temps, et en plus, c'est gratuit ! Alors en tant que chanteuse de ce soir, je ne peux que vous inviter à venir s'il n'y a rien de prévu, je ne participerai pas à cela si c'était de médiocre qualité...Vous viendrez, dites-moi ? Vous ne regretterez pas, j'en suis persuadée !"

Petit discours, peu bref certes, mais qui avait été bien rodé tout au long de la journée, un peu usé aussi à force de le répéter, voire rapide, pour éviter de se prendre un "je m'en fous" ou "j'ai pas le temps", comme certains faisaient en continuant à tracer leur chemin (ceux-là, elle leur jetait un sale regard). Mais elle était sincère, et cela se voyait au moins dans son sourire. Elle ne souriait pas souvent, après tout...Elle eut un autre signe encourageant de tête à l'égard de l'homme, comme dernier argument de persuasion.

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Jeu 06 Sep 2012, 11:16

    « Je n'y suis pour personne...
    Surtout pas pour l’hiver
    Qui fout tout à l’envers,
    Qui saccage et découd
    Ce qu’il reste de nous. »

    Cliquer pour agrandir l'image.
J'étais parti. J'étais parti -certes temporairement- loin du manoir et de ses occupants. Les réactions imprévisibles d'Arlathan n'étaient que folie et fausseté. La femme qui ne jurait que par lui était tout aussi frénétique et capable de venir à bout de ma patience, ou devrais-je dire ma raison. Je n'osai pas même évoquer les autres êtres qui arpentaient les couloirs sinueux du manoir Spencer. J'étais descendu, que ce fut volontaire ou non, du Bronx à Manhattan. J'aurais pu traverser l'East River, j'aurais pu conquérir Brooklyn. Un écho lointain semblait en provenir, depuis l'opéra Salieri, emporté par le vent, malgré la distance. Un écho céleste, symphonique, porté par je ne sais quel ange de musique... Je savais que ce nom avait déjà été porté, et par qui. Cette seule pensée me glaçait le sang. Peut-être cet envoûtement n'avait-il été que le fruit de mon imagination. C'est en tous cas ce que je me suis efforcé de croire, en rencontrant Central Park. Chaque lieu, chaque zone de cette ville, semblait vivre et rayonner d'une force étrange, malgré tous les drames qui avaient été orchestrés ici, comme partout ailleurs dans le monde. Et malgré les fléaux, les guerres, les bourreaux, la vie avait repris son cours, tout comme si rien ne s'était jamais passé... Je sais que la vision du bâtiment imposant de Carnegie Hall m'a réconforté. Il s'y déroulait, sans doute, quelque répétition. L'ange de la musique avait disparu, et s'il venait à réapparaitre, ce ne serait certainement par pour me traquer. J'éprouvais, je l'admets, une paranoïa croissante à l'égard des mutants qu'il m'avait été donné de croiser, ou tout simplement, d'évoquer.
Pauvre mortel, pauvre pécheur, cerné par des puissances qui le dépassent !
Il était bien tôt, pour qu'une quelconque représentation puisse débuter, au sein du Hall, et pourtant... Pourtant, le monde était agité à ses pieds. Je restai de marbre, mais mes yeux, eux, allaient d'un visage à un autre. Les uns s'efforçaient de distribuer des pages de publicité aux plus intéressés, les autres passaient leur chemin, dans l'indifférence la plus totale. Voilà toute l'histoire de l'humanité, résumée en un seul acte. Les uns souhaitent désespérément conquérir attention et amour, les autres n'en ont cure, ou s'en moquent délibérément. Mes poings s'étaient crispés ; Fran. Chaque pensée, chaque objet, chaque visage, me ramenaient à Fran. J'étais cerné et délaissé. J'avais tout sacrifié pour elle. Je les avais tous abandonner, dans un seul but : la suivre jusqu'au bout du monde, jusqu'au bout de l'enfer. N'est-ce pas pour elle que j'avais été mené à connaitre les Ombres ? Mes efforts n'ont récolté aucune victoire, uniquement de la déception, de la hargne, de la solitude... Au demeurant, je ne m'avouerai pas vaincu.
Une femme est néanmoins parvenue à m'extirper de mes pensées. Sa chevelure contrastait avec la blancheur de sa peau, son allure n'était que grâce. Et sans un regard, sans un seul geste, elle a mis le feu à ma mémoire. Je l'ai observée, je ne saurais dire combien de temps, allant d'un point à un autre de la place. Après quoi, je me suis détourné, sans regret. Je n'attendais rien, ni d'elle, ni de sa beauté.
La fatalité a voulu que je prenne la décision de partir, pour qu'elle vienne à moi. Ce n'est pas ma faute... Je me suis tourné vers elle, j'ai tâché de masquer surprise et enthousiasme, tandis qu'elle faisait preuve de loquacité :

"Bonsoir monsieur ! Pardon de vous déranger, mais ça en vaut la peine si vous n'avez rien de prévu ce soir ! Le Carnegie Hall organise un récital tout à l'heure, avec plusieurs chanteurs et chanteuses qui seront là pour présenter des airs d'opéras et de musicals. Regardez, voilà le programme."

J'ignore ce qu'elle a dit. Je n'écoutai pas. De loin, je n'avais pas imaginé que son regard puisse être si clair et passionné. Un regard séducteur, probablement malgré elle, et étrangement si... familier. Je suis passé outre, malgré tout. Cette femme n'avait rien à voir avec Elle. Je fus, de toute manière, contraint de jaillir de mes pensées, lorsqu'elle m'enfonça le flyer dans les mains. Je le parcourais rapidement du regard, avant de reporter les yeux sur elle. Elle souhaitait que je vienne à ce concert d'hommage et classique. Elle pensait que mon esprit était suffisamment apaisé et libéré pour que je puisse ainsi songer à me divertir. Innocente ignorante. Peut-être ai-je paradoxalement eu l'air intéressé, puisqu'elle enchaîna :

"Il y a sûrement des chansons qui vous sont connues, même si vous n'êtes pas un admirateur du genre. Et puis les responsables ont pris exprès des airs entraînants, encore une tactique pour attirer les jeunes au détriment des airs plus rares et exigeants de la musique, mais bon, c'est mon avis et j'aime critiquer ! Ce sera dans le Central Park, en plein air cette fois, le dernier festival d'été, pour profiter une dernière fois du beau temps, et en plus, c'est gratuit ! Alors en tant que chanteuse de ce soir, je ne peux que vous inviter à venir s'il n'y a rien de prévu, je ne participerai pas à cela si c'était de médiocre qualité...Vous viendrez, dites-moi ? Vous ne regretterez pas, j'en suis persuadée !"

J'étais captivé, plus par le débit impressionnant de paroles prononcées par ses lèvres d'apparence si douce que par le contenu de ses propos, à vrai dire. Je n'ai en fait été véritablement interpellé qu'à partir d'une seule et unique expression : "en tant que chanteuse de ce soir..." Les vedettes devaient désormais elles-mêmes assurer la propagande ? Elle semblait pleine d'espoir, malgré l'aspect artificiel de son discours et de sa courtoisie.


De la grâce et de la belle musique, gratuitement... La proposition est tentante et je suis presque convaincu. Qu'ai-je à gagner d'autre, en venant ce soir ?

Si provocation il y avait, elle était simplement galante. Je voulais prolonger cette conversation, je voulais la voir réagir, je voulais désespérément la voir chanter, sur scène, sous mille regards et mille néons, mais je voulais également plus. Les rôles étaient inversés. Ce n'était plus à elle d'attirer l'attention, d'inciter les gens à convoiter son art. Elle, qui devait si peu être habituée à ce genre de réponse. Elle, dont je ne savais rien, mais dont je voulais tout connaitre.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Jeu 06 Sep 2012, 15:47

Etait-elle tombée sur quelqu'un de bon ou mauvais, en choisissant cet homme à qui donner son dernier flyer ? Il était aussi fortement probable que les nuances de noir et blanc étaient bien plus compliquées que cela. Si elle avait en effet longtemps fonctionné par manichéisme, à une époque, la vie elle-même forçait à reconsidérer les choses et à les détailler plus en profondeur, avec toutes les possibilités offertes et imaginables, dans un univers où l'essence de l'être se dissipait de plus en plus face aux forces oppressantes de l'organisation extérieure du monde. Là où le soi devait se trouver de plus en plus conditionné par les évènements physiques, et non psychologiques. Telle avait été, après tout, la condition des gens pendant la guerre de plusieurs années : le monde avait pris le dessus sur la simple vie intérieure et quotienne, obligeant les gens à changer, à aller plus loin que leur habituelle routine, leur habituelle façon de penser. Et pourtant, cela était fini ; mais quelque chose de la trace de ce passé subsistait encore, quelque part. Une guerre est si vite arrivée, et si vite oubliée, parfois à tort...En attendant, les gens étaient revenus à eux-mêmes, comme déjà oublieux des évènements tragiques des dernières années. La loi humaine obligeait à vivre, après tout...Et des guerres d'idéaux, on en était revenu aux quêtes personnelles, alors que grondait, lentement mais de plus en plus fort, la sourde menace d'une nouvelle guerre, entre Initiés et X-Men.

Oui, les puissances extérieures dépassaient souvent les simples vies. Cela n'empêchait pas ces dernières de lutter malgré tout, avec espoir...comme le faisait Roxas, ou la Tosca. Chacun dans un but différent, certes. Roxas n'existait sans doute chaque jour que dans la pensée d'avoir Fran un jour, de la conquérir, peu importait les sacrifices qu'il faudrait faire et qui le condamneraient à tout perdre. Ne disait-on pas qu'il y avait une certaine beauté dans l'acte de la destruction, dans les causes perdues d'avance ? Ils poursuivaient tous des causes perdues, à leur manière.Parce qu'elles donnaient des échos dans chaque journée qui passait, un reflet, un rappel à ce qu'ils cherchaient. Tosca subissait ce même destin, de façon peut-être un peu plus variée. Un accent italien, une peinture, la renvoyaient à la pensée de son fiancé mort au cours de la guerre ; quelqu'un de silencieux et d'indéchiffrable, à Stannis. Et un sourire trouvé par hasard, un sourire offert à quiconque savait le prendre pour ce qu'il était, un acte empli d'un immense héroïsme, à son père, Davos. Quant à la musique, elle était souvent omniprésente. Le petit monde qu'était le sien ne tournait que de façon close, il fallait le remarquer. Des actes comme celui d'aujourd'hui, la poussait au moins à en sortir, et à considérer de nouveau les autres...


L'homme (pauvre victime) qu'elle avait choisi d'interpeller eut un bref air surpris, ce qui n'était pas étonnant, considérant qu'elle l'avait choisi presque au hasard, sans se douter qu'il l'avait lui-même observée peu avant. Pourtant, il gardait son air calme et grave, qui aurait pu devenir sinistre. Il écoutait, un peu comme les autres au début, simplement de manière passive, attendant qu'elle sorte son flot de paroles pour ensuite déguerpir de manière plus ou moins polie. Bon, le dernier flyer serait un échec, tant pis...Pourtant, il eut finalement l'air intéressé, puisqu'il jeta tout de même un regard au programme, avant de relever les yeux vers Floria. Comment aurait-elle pu se douter qu'en cette âme silencieuse, il n'y avait pas assez de paix pour simplement écouter de la musique le soir-même ? Même si elle l'observait bien, elle n'aurait pu le déduire.
Et pourtant le visage de son interlocuteur sembla changer peu à peu, alors qu'il semblait vraiment s'intéresser à ce qu'elle disait, elle n'avait pas remarqué à quel moment exactement de son discours. D'ailleurs, il finit par dire :


De la grâce et de la belle musique, gratuitement...La proposition est tentante et je suis presque convaincu. Qu'ai-je à gagner d'autre, en venant ce soir ?

La Tosca, il fallait le dire, en resta interdite pendant une seconde ou deux. Celle-là, de toute la journée, nul n'avait osé la lui sortir...D'ailleurs, sans doute aurait-elle jeté un regard méprisant à quiconque eût osé lui lancer cela, mais le ton de l'homme laissait entendre qu'il n'y avait nulle provocation véritable dans ses paroles (ce qui lui épargna un regard noir). Que cherchait-il alors en parlant ainsi ? Elle resta silencieuse encore une seconde, tâchant de lutter contre son air réservé qui revenait (méfiante qu'elle était à l'égard des hommes, depuis l'affaire Scarpia, ce qui expliquait pourquoi elle n'avait pas relevé le "de la grâce" énoncé par Roxas) et elle choisit de répondre, d'un ton léger mais sincère :

"Eh bien...vous aurez...toute ma reconnaissance."

Elle eut un bref sourire, rejetant une mèche de ses cheveux en arrière d'un geste de main, avant de redresser la tête pour le fixer attentivement.

"Vous savez ce que l'on dit...la musique adoucit les moeurs, ou plutôt, elle est une confession de nous-mêmes, et elle nous aide à vivre quand l'horizon est sombre, ou quand notre coeur est trop lourd. Elle a des échos qui nous font, sans que l'on comprenne, sentir plus léger et plus fort à la fois...et peut-être qu'ainsi, si vous venez, elle pourra vous faire sourire au-delà de votre apparence si grave."

Voilà qu'elle se mettait à être directe même avec les inconnus pour la rue. Elle n'était pas sûre d'avoir choisi le meilleur argument (ou alors le meilleur, pour le faire fuir), sa dernière phrase pouvant être prise de façon blessante. Tant pis...il ne s'agissait que d'un inconnu dans la rue, n'est-ce pas ? Mais qui avait marqué son attention, plus que d'autres, par sa question étrange. Elle le considérait avec perplexité. Puis elle eut une brève grimace, avant d'ajouter pour se rattraper :

"Et puis, s'il y a un artiste que vous aimez bien dans ceux de ce soir, ils restent pour parler avec le public après. Même moi, qui d'habitude n'y suis pour personne."

Que pouvait-elle dire d'autre ? Il était trop éloigné, elle ne savait rien de lui, pour pouvoir lui dire quelque chose qui pouvait l'inciter davantage à venir. Il fallait souvent connaître l'autre, pour l'atteindre...

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Ven 07 Sep 2012, 10:23

Je n'éprouvai que méfiance à l'égard du monde qui m'entourait, je ne lui consacrai que froideur... Et pourtant, un seul regard était venu à bout, ne serait-ce que temporairement, de cette muraille inexpugnable. Ce regard souriait, ce regard n'était que clarté. Cette femme m'était inconnue, au demeurant, il m'était impossible de ne pas tenter d'imaginer quel avait pu être son parcours, quelles épreuves avaient été les siennes, qu'est-ce qui avait pu la conduire, ici, ce soir-même... A moi. Je ne doutai pas qu'une force énigmatique, supérieure, imperceptible, l'ait conduite à moi. Pour la première fois depuis des années, je ne voyais pas la fatalité comme un fléau. Le "présent" portait enfin convenablement son nom. Je me suis surpris à placer de grands espoirs dans cette cantatrice, dont j'ignorais tout, jusqu'au nom. J'ignorai qu'une telle impression, audacieuse, incompréhensible, subite, dévorante, puisse être concevable. Mais voyez-vous, elle n'était que luminosité, pour moi qui venais de quitter la brume inquiétante du manoir Spencer. Et tel un aveugle qui recouvre subitement la vue, ce rayon de soleil (du moins, c'est ainsi qu'elle m'apparaissait), n'a pu que me frapper, irrémédiablement.
Elle était si différente des individus que j'avais pris la coutume de fréquenter... Elle m'avait abordé, sans rien attendre de particulier, elle souriait, sans raison précise, elle parlait, simplement parce qu'elle était passionnée... Tout cela lui était naturel ; un moment de divertissement passager, qui s'évanouirait dans la pénombre, comme les autres... Mais cela m'était devenu inhabituel, c'est pourquoi ce moment de rien, était devenu ponctuellement mon univers. Elle m'était opposée ; là est tout ce que je concevais. Elle volait au dessus de moi et je l'observai avec envie, sans songer un instant (ce qui est curieux) à lui couper les ailes. Il est des moments qui n'ont rien de particulier, et qui parviennent malgré tout à vous éteindre le cœur, à le marquer à jamais... Cette rencontre, dans sa simplicité la plus totale, en faisait partie.
Je n'imaginai pas une seconde quels doutes et quelles appréhensions pouvaient consumer cette femme à l'air si volontaire ; je ne voyais que la surface. Cette surface n'était que beauté, entrain et musique. Cette surface me permettrait d'oublier, de manière éphémère, les Ombres. Peut-être même Fran. La pensée d'être libéré du fantôme qui me torturait, ne serait-ce qu'un instant, m'obsédait.
Sa réaction tarda. Je lisais dans ses yeux que ce genre d'interrogation, d'intérêt véridique, ne lui était pas coutumier. Cela l'importunerait peut-être, elle qui avait un emploi du temps chargé, semblait-il, elle qui avait un amant qui l'attendait, peut-être, plus loin. Elle s'était néanmoins contentée de préparer sa réponse, avant de la formuler :

"Eh bien...vous aurez...toute ma reconnaissance."

Et ce fut à mon tour de lutter contre l'ironie, dont devait malgré tout s'imprégner mon regard. L'on apprend rapidement à se passer de la reconnaissance d'autrui, et même à la dédaigner, lorsque les regards emplis de déception, de hargne ou de larmes, sont devenus monnaie courante. La jeune femme sourit, et mes yeux s'égarèrent un instant à l'endroit où elle avait replacé sa mèche auburn.

"Vous savez ce que l'on dit...la musique adoucit les moeurs, ou plutôt, elle est une confession de nous-mêmes, et elle nous aide à vivre quand l'horizon est sombre, ou quand notre coeur est trop lourd. Elle a des échos qui nous font, sans que l'on comprenne, sentir plus léger et plus fort à la fois...et peut-être qu'ainsi, si vous venez, elle pourra vous faire sourire au-delà de votre apparence si grave."

Ce discours était effectivement semblable à une douce symphonie. Je m'y étais quelque peu reconnu, et laissai enivré par la justesse de ses propos. Hélas ! Qu'est-ce qu'une grande mélodie, lorsqu'elle se termine par une erreur, une note finale désastreuse ? Je baissai les yeux un instant, refusant d'affronter ce regard si perspicace. Elle devait être bien jeune et naïve, en vérité, pour croire que la musique puisse ainsi servir d'échappatoire. Malheureuse ingénue qui abordait des sujets qui la dépassaient !

"Et puis, s'il y a un artiste que vous aimez bien dans ceux de ce soir, ils restent pour parler avec le public après. Même moi, qui d'habitude n'y suis pour personne."

Ce simple ajout, très certainement forcé, m'incita malgré tout à reporter mon attention sur elle. Ainsi, en plus de la représentation, il me serait possible d'accéder à elle, quelques minutes encore... Pourquoi me faisait-elle don de ce temps précieux ? Pourquoi ?! Une main de tenailles parut se refermer dans ma poitrine, sans raison apparente. Cette femme, que je souhaitais tant connaitre, je désirais malgré tout -et avant tout- la fuir.


Je vous souhaite de passer une excellente représentation...

Une phrase, toute faite et néanmoins sincère, ainsi lancée dans l'air, avant que je ne m'y évapore, à mon tour. Sans avoir osé lui demander son nom... Sans profiter du temps que je pouvais encore lui dérober... Sans même lui confirmer que je comptais assister à la représentation de ce soir, alors qu'en vérité, je n'aspirais qu'à cela... Et pourtant, ce n'est pas elle que j'ai fui... Je me suis éloigné, tant que j'ai pu... Sans arrière pensée, je partais au loin, je me voyais comme un train à vapeur, dans la nuit... Puis -sans savoir ce qu'il se passait-, j'ai attendu... Attendu désespérément le début de la performance...

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Ven 07 Sep 2012, 20:25

Eclat, brillance. Si la Tosca n'avait été que cela ! Mais c'était un masque, un masque comme tous les autres, un masque de scène...Même si elle ne pouvait nier qu'il fut une époque où ce masque s'était confondu avec les traits de son visage, de manière fusionnelle mais révocable. Oui, fut certainement une époque, et pas si lointaine d'ailleurs (et peut-être même que si elle remontait encore le cours de son histoire personnelle, elle en trouverait d'autres), où le sourire qu'elle affichait, et son reflet dans ses prunelles, étaient présents quasiment tout le temps...L'heureuse époque où elle avait vécu avec son fiancé pendant douze ans de suite, avant que Scarpia, avant que la guerre n'arrivent, avant que tout ne change de manière sombre, pour la révéler un peu plus à elle-même. Elle n'avait probablement jamais été enjouée de nature, mais pendant douze ans elle avait fonctionné ainsi. Une époque révolue, mais dont elle gardait le parfum en esprit, dont elle gardait l'éclat dans un coin de son coeur, au tournant des souvenirs et de l'amour. L'état de bonheur a cela de particulier que même si on ne le veut pas, il rayonne sur nous et se déverse sur les autres, par un sourire qu'on tente de cacher car on ne pourrait l'expliquer toujours, par une sorte d'aura ou de charme qui résonnait à l'intérieur et ruisselait ensuite, sans que l'on s'en rende compte. Mais les autres le percevaient bien souvent.

En tout cas, la Tosca ne croyait nullement au destin, pas plus qu'elle ne se percevait comme un rayon de lumière. Comment juger quelqu'un sur une apparence de cinq minutes à peine ? La première impression de Roxas avait de fortes chances, pour ne pas dire inévitables, de se trouver fausses...Ce n'était qu'un moment dans son quotidien, dans son métier. C'était naturel pour elle, mais elle n'était pas ainsi tout le temps. Et pourtant, une réflexion était certainement vraie : elle était le contraire de Roxas, tout en lui ressemblant par certains côtés. Et certaines frontières entre les deux étaient dangereusement troubles. Il était heureux qu'aucun des deux n'en soit conscient sur le moment. Ni que Roxas ne soit conscient que le masque souriant de Tosca cachait une âme qui était certes, comme une ancre solide, mais qui ne pouvait forcément être considérée comme lumineuse.

Une lueur ironique s'était allumée dans les yeux de son interlocuteur, alors qu'elle avait répondu à sa question inattendue ; elle vit que la tentative d'humour dont elle avait tenté de faire preuve ne passait pas, pas plus que le côté sincère de sa réponse. Il ne la croyait pas...La réponse était donc mauvaise, il ne viendrait donc certainement pas. Pourquoi fallait-il que la dernière personne à qui elle faisait de la publicité soit un échec ? Les choses ne pouvaient-elles pas finir en beauté, comme les musiques à la fin d'un acte d'opéra ? Non, il fallait toujours que cela finisse en échec, ou dans le sang. Néanmoins, elle garda cette déception pour elle.
Pourtant, il continuait à l'écouter...pourquoi, s'il avait d'ores et déjà décidé qu'elle avait donné la même réponse ? Par politesse, galanterie, par ennui ? Il était difficile de savoir, son expression était ardue à déchiffrer. D'ailleurs, il avait baissé les yeux, comme refusant de soutenir son regard. Etait-il intimidé quand on le fixait trop longtemps, ou parce qu'il avait des choses à dissimuler ? Allons, ce n'était qu'un inconnu parmi d'autres...elle ne le connaissait pas, de quoi aurait-il eu à rougir devant elle ?

Et puis, la musique était un refuge, une échappatoire pour elle. "Elle est la seule à pouvoir nous porter secours..." Elle avait fait partie de ces artistes qui considéraient la musique comme une transcendance, une part du monde même. Elle accordait une place sans doute trop importante à la musique, mais bel et bien pour cette raison : c'était un art pour lequel on pouvait vivre, si on n'avait rien d'autre...
Pourtant, sa proposition de rester après le spectacle, pour discuter, n'avait rien d'offensant, du moins, elle ne le croyait pas. Mais...ce n'était décidément pas l'argument qu'elle aurait dû sortir.


Je vous souhaite de passer une excellente représentation...

Les choses avaient donc été perdues dès l'instant de sa première réponse. Elle le regarda s'éclipser, sans tenter de le rattraper, ou même de dire un mot. On ne rattrapait pas ceux dont on ignorait le nom, et comment l'aurait-elle pu ? "Hé, le monsieur à l'air mélancolique !" ? Ridicule, jamais elle ne l'aurait fait de toute façon. Elle eut un soupir intérieur. Ce n'était pas si souvent qu'elle échouait, après tout...Mais pourquoi fuyait-il, alors qu'au final, il avait paru intéressé ? Mais il ne viendrait pas, c'était sûr. Il avait lancé son souhait poli, pour mieux prendre la tangente, rien de plus...cela ne devait pas l'affecter tant. Il ne viendrait pas, et ce n'était qu'un visage croisé au hasard dans New-York, un de ces milliers d'anonymes, que jamais elle ne recroiserait. Le hasard faisait les choses aussi, sans que ce soit pour autant bien, forcément...Les mains vides mais un brin de peine dans le coeur, trop fière pour l'avouer toutefois, elle se détourna et marcha vivement vers la tente près de la scène établie dans le parc, pour déposer sa veste et se préparer.
Elle saisit le châle blanc qui devait accompagner sa robe noire, elle laissa l'une des maquilleuses rectifier quelques touches de couleur sur son visage, patiemment. Elle observa les autres chanteurs être préparés de la même manière, sentant l'habituelle pression revenir opprimer et accélérer le coeur qui battait dans sa poitrine. Ca n'était qu'une représentation, même simplement un récital, elle ne chanterait pas tout le temps, seulement trois chansons. Rien à voir avec les habituelles deux, trois heures d'opéra enchaînées sur scène. Tout cela était plus léger, moins risqué, et pourtant, sa conscience professionnelle restait aux aguets, ses chansons dans sa tête, repensant aux mouvements qu'elle devait faire sur scène, le visage à prendre selon les notes, sans pour autant devenir le personnage totalement. Tout devait être parfaitement réglé, ajusté. Niveau de perfectionnisme à atteindre, comme chaque fois, chaque soir...tout en donnant une âme aux mots chantés.

Fort heureusement, elle connaissait de près ou de loin tous ceux qui chantaient avec elle le soir-là, et n'avait rien à leur reprocher (sauf à une, qui avait une technique parfaite mais un jeu médiocre). Elle n'intervenait qu'au bout de cinq premiers airs de comédie musicale, pour chanter un trio qui n'était autre qu'issu de l'opéra qu'elle avait créé (non, au cas où on se le demandait, elle n'avait rien imposé au programme, sinon elle aurait protesté contre sa deuxième chanson). C'était certes un peu risqué de proposer une scène qui intervenait en plein milieu d'un deuxième acte, mais sans doute que l'intensité de la musique avait séduit les organisateurs. Bref, elle était donc entrée en scène en prenant au final les traits de son propre rôle : une femme amoureuse condamnée à voir subir la torture de son amant. Pourtant, même si cela avait été une situation vécue, il aurait été certainement impossible de déduire cela : la qualité d'un artiste se mesure après tout à sa facilité à interpréter un personnage.
Après le trio, avait suivi un duo qu'elle avait dû apprendre pour le spectacle, car après tout, elle était cantatrice d'opéra, et non de musical...elle avait pesté un temps qu'on lui confie une tâche qu'elle jugeait moins dure (et moins digne, en tout snobisme) de la normale, avant de devoir s'y résoudre. Se résoudre à un rôle jamais jamais joué mais bien dans la lignée des personnages romantiques, d'une femme envoûtée par un autre chanteur et musicien...
Et finalement, presque vers la fin, elle était venue pour chanter son aria solitaire, probablement un des plus durs sur lesquels elle avait pu travailler : l'air de la Reine de la Nuit, qui différait totalement avec le romantisme des deux autres, puisque le visage pris ici était celui d'une mère maudissant sa fille. Sur quoi, elle s'était retirée, laissant la fin du récital aux autres...

En toute objectivité, c'était probablement à la deuxième chanson qu'elle avait été le moins assurée, puisque cela ne relevait pas de son domaine habituel. Mais le reste s'était bien passé...et il y avait quelque chose de magique à être ainsi sous les néons, une fois passé la pression d'avoir tous les yeux fixés sur soi. Cela, elle le supportait avec habitude, avec calme ; quand elle chantait, ce n'était plus elle qu'on regardait, c'était le personnage, après tout. La musique, la voix, faisaient le reste de l'illusion, la musique charmait et envoûtait, emportait vers une réalité plus fictionnelle, plus magnifiée peut-être...C'était bien le seul but qu'elle avait en chantant : que les spectateurs, pendant un temps, se croient complètement ailleurs. Et d'apprécier le silence de retour à la réalité, ces deux ou trois brèves secondes entre la fin de son chant et de leurs applaudissements.

Et une fois ces clapements de main éteints, une fois les lumières des projecteurs atténuées, une fois les saluts effectués, comme prévu, les artistes revinrent une dernière fois sur la scène pour s'asseoir tout au bord, et rencontrer ce public qu'ils ne voyaient d'habitude jamais après les représentations. Tout était fait pour que l'évènement paraisse plus humain, plus proche que d'habitude...La Tosca empila quatre bouquets de fleurs à côté d'elle, deux lettres, avant d'essuyer l'inévitable demande d'autographe ou de photos. Ce n'était pas qu'elle n'appréciait pas ce genre de rencontre, après tout, cela faisait partie du métier d'artiste, et elle s'y prêtait avec un sourire qu'elle n'avait pas d'habitude. Mais au fond, les applaudissements suffisaient, et elle ne demandait pas mieux que de retourner ensuite à la discrétion. Mais disons qu'il y manquait parfois une certaine chaleur, un certain éclat à ses yeux...la plupart de ces gens, elle ne les reverrait jamais, et c'était pourquoi les instants présents devaient être autant aimés. Mais cela prenait d'autant plus de sens quand on était mutant et immortel. Oui, ces gens-là ne feraient que comme tous les autres, passeraient aussi vite que la floraison d'un printemps, les voix et les visages s'évanouiraient comme les feuilles tombaient à chaque automne, et aucun ne reviendrait. Ce qui manquait le plus, c'était d'avoir un visage déjà connu, d'entendre un timbre familier...A cette joie des rencontres, au fond, il y avait l'amère peine de se dire que cela ne reviendrait jamais.

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Sam 08 Sep 2012, 16:56

J'ignorais si ma réaction lui avait fait éprouver quelque déception ou non. J'ignorais lequel de nous deux je devais maudire, de ce fait. Était-ce moi-même, pour l'avoir si lâchement abandonnée, ou bien elle, parce qu'elle s'en moquait ? Mais de quoi se moquerait-elle ? Il n'était après tout question de rien d'autre que d'une rencontre hasardeuse, plus ou moins marquée par l'influence du destin... Deux âmes qui se rencontrent et se sourient mais qui ne savent rien l'une de l'autre, et se perdent de vue à jamais... Cette issue m'était pourtant intolérable. Malgré les cris de ma raison, je me devais d'y remédier. Et c'est ainsi que je pris place, en hauteur, bien placé, pour assister au spectacle qu'elle m'avait vanté.
Malgré les lacunes dont avait été victime la publicité, des centaines de personnes étaient présentes. Ainsi, il ne fallait pas se laisser duper par l'ennui ou la paresse de leurs yeux. Malgré leurs préoccupations, ces gens avaient voulu se laisser porter par la musique, et oublier tout le reste, ne serait-ce qu'une soirée. Des jeunes et des moins jeunes, des personnes euphoriques et des "messieurs mélancoliques" ; malgré tout ce qui les opposait, chacun d'entre eux avait répondu à l'appel. Et quand les lumières s'éteignirent, mon cœur se serra... Le spectacle était tel qu'elle l'avait décrit ; à la hauteur de mes attentes. Et néanmoins, j'étais ennuyé, impatient, aux aguets. Elle n'avait tout de même pas eu un empêchement ? Pourquoi ne se montrait-elle pas ?
Une jeune femme, vêtue d'une robe aussi sombre que sa chevelure, monta sur scène, et les craintes s'apaisèrent. L'impression procurée fut marquante, viscérale. Je connaissais l'opéra italien dont cet air était tiré, partiellement, vaguement. Certaines scènes y étaient difficiles, à un niveau tant moral qu'artistique. Je ne me serais jamais attendu à ce que le visage rayonnant que j'avais croisé se transfigurât en ce masque d'effroi et d'horreur. Et cette voix... Je n'aurais pu la décrire. Je l'observai, mise à genoux, vulnérable, prononçant les paroles fatidiques : c'est elle qu'ils torturaient, en s'en prenant à son amant. Je me suis surpris à penser à ce qu'il s'était passé, ici, à New York, au cours des dix dernières années. Wilde avait peut-être raison... La vie imitait parfois bien plus l'art que le contraire... Le jeu de Tosca était partagé entre la colère et les larmes. Ses complaintes étaient parfois submergées de froide fureur; de soif de vengeance ; le jeu était réaliste, la technique maitrisée, tout au long de cette scène de torture.
La seconde scène à laquelle mon étonnante hôte participait, s'avéra plus surprenante. Le chant demeurait lyrique, mais l'ambiance s'opposait nettement à celle d'un opéra. J'ignorais d'où provenait cet air envoûtant, qui vous pénètre l'âme avec persistance... Un voisin me confia que la pièce n'était que fort peu représentée, et néanmoins admirée... Elle avait été écrite et composée par un homme plein de mystère... Un artiste qui ne se montrait jamais, ou si peu... Un artiste à la réputation obscure, qui croyait malgré tout, à en croire le titre de son œuvre, que l'amour ne meurt jamais... La représentation de cette chanson, à la fois tragique et romantique, au sens étymologique du terme, me perturba plus que je n'aurais su l'expliquer ou l'admettre. Les deux amants fictifs semblaient appartenir à des univers que tout opposait, et malgré tout, ils n'éprouvaient que nostalgie, à l'égard de la seule nuit qui leur avait été octroyée... Et malgré tout, ils s'aimaient. La performance de Tosca était tellement différente de la précédente. Elle était moins contrôlée, plus hésitante... Je l'ai trouvée plus sensible, plus... exceptionnelle encore.
Même si le concert se poursuivait, mon esprit restait focalisé sur la dernier chanson qu'elle avait donné... Le musicien et la cantatrice du spectacle étaient enfin réunis, et pourtant, leur histoire semblait vouée à l'échec. "There is no now", avait-elle dit... Mais comment cet être passionné, cette âme en peine pour qui elle était tout, aurait pu se satisfaire de cette réponse ? Il était dangereux de s'identifier à l'art, et pourtant, cela me paraissait inévitable.
Pour sa dernière chanson, Tosca se retrouva seule sur scène, pour la première fois. Elle parvint malgré tout à éblouir les spectateurs. Elle avait jusqu'ici été désespérée, inquiète, nostalgique, éperdument amoureuse quoiqu'il en soit... Elle était désormais impérieuse, accusatrice. Les prouesses vocales dont elle fit preuve, en harmonie avec l'orchestre, poussaient au respect. Qui n'avait jamais entendu les ascendances bien connues de cet air de la Reine de la Nuit ? L'interprétation de Tosca fut à la hauteur de tous les souvenirs que j'avais pu en préserver.
Je suis resté immobile, lorsque les dernières notes ont retenti et que les spectateurs se sont levés. Moi qui me croyais l'hiver, et tellement éloigné de la musique, je l'avais néanmoins intimement ressentie, et admirée. Tosca avait flotté au dessus de mon esprit, grâce aux notes faramineuses qu'elle créait, et loin de moi était l'idée de vouloir lui couper les ailes... Moi, pauvre mortel incapable de m'envoler vers la lueur ; destiné à ramper dans la noirceur... Elle avait raison. Pour un temps, j'avais malgré tout oublié tous les maux et tous les tourments. Et c'était exclusivement grâce à elle. Malgré tous les talents présents sur scène, je n'avais eu d'yeux que pour elle.
Je n'avais pas trouvé la volonté d'applaudir et j'étais descendu, si lentement... J'observai les auditeurs se ruer sur les artistes pour les complimenter, dérober une photographie, ou simplement un sourire. Ma silhouette évoquait toute la noirceur dont j'étais capable ; je restai en retrait, nullement ému par ces élans d'affection et cette vaine chaleur humaine. Je n'attendais qu'une seule chose : qu'ils disparaissent, qu'ils la libèrent. Mon regard vibrant était posé sur celle qui récoltait enlacements et fleurs.
Les fantômes se sont finalement dispersés et tandis qu'elle se redressait, j'osai enfin l'aborder et lui dire, sans chant, sans artifice, posément, sobrement, les paroles ardentes et désespérées que j'avais retenu du livret :


"And when it was done, before the sun could rise, ashamed of what I was, afraid to see your eyes ; I stood while you slept and whispered a 'good-bye'... And slipped into the dark... Beneath a moonless sky..."

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Dim 09 Sep 2012, 10:01

Roxas avait beau eu être en hauteur pendant tout le temps du spectacle, ses yeux fixés inlassablement sur la mutante, la Tosca ne pouvait pas prétendre avoir ressenti ce regard plus que les autres. De la scène, illuminée par les projecteurs, le public n’était que vague, plongé dans l’obscurité, la noirceur d’une soirée d’été où la lune n’était pourtant pas totalement absente, au gré et hasard des nuages…Et comment faire la différence entre le regard d’un inconnu (pourtant légèrement moins anonyme que les autres) et les autres centaines de regards qui observaient la scène avec fascination ? Au moins les efforts n’avaient pas été vains, et le spectacle, non pas donné pour juste une poignée de gens…La magie de la musique régnait toujours. Et si elle en jugeait par les gens venus pour échanger quelques mots avec elle à la fin, alors qu’elle était assise au bord de la scène, l’enchantement avait fonctionné sur les gens de tout âge, les hommes comme les femmes.

Et alors que Floria se tenait là, après qu’un dernier admirateur lui ait offert une fleur, elle contemplait pensivement les deux lettres apportées, se disant qu’elle les ouvrirait en rentrant le soir même. Sachant qu’elles rejoindraient les innombrables autres qu’elle avait eues depuis qu’elle avait commencé à chanter, des siècles auparavant, dans les profondeurs d’un coffret. Si elle avait assuré techniquement parlant, pas forcément autant quand il s’agissait de prendre aussi facilement tour à tour les traits et émotions de différents personnages, elle n’aurait su dire quelle chanson avait été la plus difficile ce soir-là.
Quelque part, elle savait qu’elle prenait un risque, à chaque fois qu’elle chantait son rôle sur scène, cet opéra créé juste après la fin de la guerre, une fois qu’elle avait eu assez de force pour passer le deuil de son ancien fiancé et le choc de savoir son ennemi juré mort, mais pas par sa main, cette fois. A moins que cela n’ait été une manière de passer outre tout cela, tout ce futur reproduit dans une fiction musicale, ce futur arrivé une fois mais qu’elle avait empêché de se produire à nouveau. Combien elle redoutait parfois les questions aussi simples que
« D’où avez-vous tiré ces idées ? Pourquoi avoir donné des noms réels aux personnages, et surtout le vôtre ? » En général, elle s’en tirait en répliquant que nombre d’artistes étaient bien nombrilistes au point d’user de noms réels et leur propre je dans leurs œuvres ; en disant que le côté politique de l’histoire n’était qu’un reflet de la propre guerre qui avait eu lieu ces dernières années. Et pourtant, chaque fois qu’elle allait pour chanter cela, c’était un peu du cauchemar qui recommençait, une sorte d’expiation aussi douloureuse que salvatrice, avec une appréhension au ventre dont elle se servait pour son jeu. Combien elle craignait parfois qu’on ne lui fasse remarquer que le masque suppliant, envahi de peur et de douleur qu’elle revêtait dans ce rôle, était trop authentique pour n’être que fiction…Il valait mieux que personne ne sache jamais la vérité, sur ce futur dont elle était la seule à se souvenir.
Mais puisqu’elle connaissait cela par cœur, mieux que quiconque, cela n’était pas le plus dur ce soir…Indubitablement, malgré l’exigence vocale et de souffle de l’air de la Reine de la Nuit, c’était la chanson censée être la plus simple, celle de la chanteuse amoureuse du musicien, qui avait été paradoxalement la plus difficile. Elle n’y était pas, il fallait le dire, préparée comme il fallait. Relativement récente, l’auteur de cette musique se faisait totalement discret, et rares, disait-on, étaient ses entretiens avec ceux jouant sa pièce – la Tosca n’y ayant pas eu droit, elle n’avait eu que le livret pour comprendre le rôle. Le mystère qui entourait l’auteur était un des mythes actuels du milieu de la musique. Et puis, ne se méfiait-elle pas de plus en plus des personnages par trop passionnés et destinés au sacrifice ? Qu’ils soient hommes ou femmes, il y avait là quelque chose d’effrayant, de trop semblable à la perte de contrôle, de trop près du vertige, cette sensation fragile, cette ivresse propre de tomber sans même tenter de se retenir - chose qu’elle redoutait, par peur de chuter, ou de trop s’y retrouver. D’où son hésitation, et son manque d’assurance par rapport aux deux autres chansons. L’amour ne mourrait jamais…en effet, les vrais amours étaient ceux qui n’avaient pas de fin. Et ce, qu’ils appartiennent au réel ou à l’imaginaire, la frontière étant si ténue entre les deux, si prompte à se briser par la moindre petite chose dérangeante. L’art n’était qu’un reflet de l’âme, et par conséquent, il y avait bien des intrigues, ou des personnages, qui nous hantaient inconsciemment et dont la découverte restait impossible à éviter…Aussi, disait-on parfois qu’on ne pouvait supporter une fiction, parce qu’on s’y reconnaissait trop.

Et toutes ces réflexions sur lesquelles elle avait déjà réfléchi, pendant certaines nuits sans sommeil ces dernières années, repassaient dans son esprit et flottaient en des mots qu’elle n’aurait su prononcer pour rendre la parfaite exactitude et signification de ces propos. Cela la faisait froncer le sourcil, mais personne n’était là pour le voir, le dernier admirateur parti…Toutefois, après quelques secondes, elle sentit comme un regard insistant peser sur elle ; elle releva la tête, se redressant, quasiment sûre de tomber sur un retardataire qui l’aurait fixée sans oser l’approcher, par timidité. Mais non. Quelle ne fut pas sa surprise en revoyant l’homme à l’air grave, la dernière pauvre victime à qui elle avait donné ce maudit flyer ; elle écarquilla les yeux, restant figée un instant, alors qu’il se rapprochait. Et il ouvrit la bouche avant qu’elle eût pu faire part de sa stupéfaction par un remerciement ou une remarque, la devançant :

"And when it was done, before the sun could rise, ashamed of what I was, afraid to see your eyes ; I stood while you slept and whispered a 'good-bye'... And slipped into the dark... Beneath a moonless sky..."

Floria reconnut immédiatement les paroles, bien qu’il les ait dites calmement et avec simplicité, et non chantées ; elle prit conscience que sans la musique pour embellir, les mots avaient peut-être plus de force, de beauté et de désespoir. Il n’y avait nulle mélodie pour tenter de dissimuler la douleur derrière les syllabes.
Encore une fois, elle fut prise au dépourvu, surprise et perplexe, comme à la question que cet homme avait posée pour lui parler la toute première fois ; cela était loin d’être un début de conversation dont elle avait l’habitude. Et comment interpréter cela ? C’était certes, mieux que s’il avait choisi des lignes de la première ou dernière chanson, mais…Pourquoi ? Pourquoi ces lignes en particulier, alors qu’il n’y avait rien de plus entre eux que la reconnaissance de deux étrangers croisés dans la rue ? En vérité, elle avait la crainte que cela n’avait pas été choisi par hasard, tout en se signalant à elle-même qu’il aurait pu difficilement placer quelque chose comme
« And I felt you, and I touched you » sans paraître carrément vulgaire…Mieux valait encore les lignes qu’il avait choisies, d’une certaine façon. Peut-être n’y en avait-il aucune autre qui convenait, ou tout simplement, peut-être se méfiait-elle trop à vouloir chercher l’implicite, et n’avait-il fait que répéter quelques mots qui l’avaient touché…Mais alors, pourquoi ces mots-là plus que d’autres ? Elle garda cette question en mémoire. Elle ne pouvait en tout cas y répondre par les paroles qui suivaient. Si l'homme les avait choisies par hasard, de son côté, elle ne pouvait prononcer la suite sans y voir un double sens. Cela, elle s'y refusait.
Et après tout, n’avait-il pas récité cela de manière sobre, sans y impliquer d’émotion particulière, du moins lui semblait-il ? Pourtant, elle hésitait encore sur quoi répondre ; il y avait quelque chose de magique et de particulièrement unique, dans le fait qu’il ait attendu que la foule s’écarte, qu’il ait attendu que les visages passagers disparaissent, pour revenir vers elle lui parler, alors qu’elle était sûre qu’il ne viendrait pas au spectacle…
« Même moi, qui n’y suis pour personne » avait-elle dit. Oui, d’habitude, elle n’y était pour personne, parce que personne ne suivait, parce que tous les visages chers et connus appartenaient à la mort entraînée par le temps humain, parce que Davos ne venait pas forcément toujours à ses représentations. Elle n’y était pour personne, parce que personne n’y était non plus ; parce qu’il n’y avait nulle face ou voix familière ensuite. Mais lui, il y était. Le seul depuis longtemps. (Elle ne lui avait donc pas fait peur, ni paru insupportable ?)

Floria remit son châle autour de ses épaules, pour être sûre qu’il ne tomberait pas dans son mouvement, et se laissa glisser à terre depuis la scène, afin de ne plus être légèrement surélevée par rapport à lui, et releva à nouveau la tête vers lui, plongeant le regard dans ses yeux turquoise. C'est en faisant cela qu'elle se rendit compte de sa taille ; il faisait bien une vingtaine de centimètres de plus qu'elle, de quoi la faire se sentir petite. Il y avait à la fois chez lui quelque chose qui attirait le regard tout en donnant parfois l'envie de se détourner ; peut-être la conséquence d'un charisme troublé par son air grave.

« Ne vous sentez pas obligé de disparaître tel un fantôme, s’il vous plaît… Je veux dire, vous n’êtes pas forcé de dire au revoir et de partir aussitôt, si vous le voulez…»

Elle eut une grimace intérieure, un regard d’excuse, devant la futilité de sa remarque, surtout face aux mots d’amour et de désespoir que représentaient l’extrait qu’il avait choisi, mais elle ne savait quoi dire d’autre ; elle était perplexe et intimidée à la fois. Toutefois, elle réussit à lui adresser un sourire, penchant la tête sur le côté, alors qu’elle dévisageait sa figure et sa silhouette, ses vêtements qui semblaient appeler sa noirceur, son allure qui semblait destinée à l’immobilité. Pourtant, tout cela contrastait étrangement avec la clarté vibrante de son regard, qui rendait vivant le reste de sa personne. Tosca observa ce décalage avec fascination une seconde, avant de prendre à nouveau la parole, un peu plus sûre :

« Merci d’être venu. Je pensais sincèrement vous avoir dégoûté et fait fuir…J’espère au moins que vous estimez ne pas avoir perdu votre soirée, à moins que ce soit pour une réclame que vous venez finalement me voir ! Vous pouvez être franc. »

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Lun 10 Sep 2012, 13:30

J'ignorai que j'avais en face de moi, l'auteur de la scène de torture qui m'avait fait si forte impression. Comment aurais-je pu deviner, à l'époque où je ne connaissais pas même son nom, qu'elle était bien plus qu'une actrice et cantatrice ? Qui aurait pu percevoir, par ailleurs, que son art était trop vrai pour ne pas être inspiré de la réalité ? Je m'entêtai à ne voir que lumière et espoir en elle ; il m'eut été difficile de tolérer cette vérité. L'aurai-je néanmoins comprise ? Peut-être... Qui sait ? Qui sait quel est le meilleur moyen d'expier ses fautes ? Certains se flagellent dans leur chair, d'autres se condamnent à vivre et revivre les mêmes atrocités. La catharsis fait-elle alors effet ? Se sent-on quelque peu libéré ? Ne vaut-il pas mieux délibérément et totalement oublier le passé, plutôt que de se laisser hanter par ses ombres et fantômes ? Je ne suis pas quelqu'un qui oublie. Je suis rancunier, tant vers autrui que vers moi-même ; pourquoi l'exigerais-je donc, de la part d'autrui ?
Chacune de ses performances m'avait fait forte impression, au demeurant, je ne parvenais pas à détourner mes pensées de l'air étrange, et pourtant envoutant, de la seconde chanson. Les paroles m'avaient touché plus que je n'aurais su le dire, et je brûlai d'ores-et-déjà d'en savoir d'avantage sur cette pièce, et son mystérieux auteur. Quoiqu'il en soit, le moment était mal choisi pour chercher à développer ma culture musicale. L'heure était consacrée à Tosca, à elle et à rien d'autre sur Terre. Nous étions seuls, me semblait-il, même si le mouvement et le bruit provoqués par l'équipe technique, derrière la scène, était percevable.
Comment aurai-je pu ne pas sembler grave ? La cantatrice n'avait pas masqué sa stupéfaction, en se tournant vers moi, et je ne pouvais que me demander s'il n'était pas déjà trop tard... Peut-être avais-je déjà tout gâché, bien malgré moi. Je ne savais pas quoi dire, je m'étais donc approprié les paroles d'un autre. Est-ce ma faute si un moment clé de la chanson s'était ancré dans mon esprit, de manière ô combien persistante ? J'avais répété ces paroles, sans y mettre le moindre état d'âme, tant cela m'était devenu un exercice difficile. Et pourtant, la beauté qui m'avait conquis, était perceptible, même sans le chant et l'orchestre. Une beauté composée de tristesse et de douleur... Je ne devrais pas m'identifier au musicien ; Tosca était loin d'être l'amour de ma vie, je ne la connaissais pas, et à priori, aucune attirance n'était née entre nous. Au demeurant, je me sentais forcé de la quitter, avant même de la connaitre, et cela me blessait, sans que je ne sache comment l'expliquer. Le musicien de la pièce était honteux de ce qu'il était, effrayé de voir Ses yeux... Ces lignes semblaient avoir été rédigées pour moi.
Je lisais à nouveau la surprise que j'avais fait naitre dans les yeux de Tosca. Allai-je la faire fuir, elle aussi ? Si elle m'avait demandé pourquoi j'avais choisi ces paroles, je me serais contenté d'évoquer le hasard, ou leur beauté, en affirmant qu'elles ne m'atteignaient pas plus que cela. C'eut été mentir, comme trop souvent... De toute façon, elle n'en fit rien. Elle continuait de me fixer, comme si elle cherchait à fouiller mes pensées. Je doutai qu'elle puisse y parvenir mais j'appréhendai grandement sa réaction. Elle se contenta de descendre, si calmement, de la scène :

"Ne vous sentez pas obligé de disparaître tel un fantôme, s’il vous plaît… Je veux dire, vous n’êtes pas forcé de dire au revoir et de partir aussitôt, si vous le voulez…"

Si le marbre de mon visage ne fut probablement pas ébranlé, mon regard lui sourit. Elle était plus réceptive à la citation choisie que je n'aurais pu l'espérer. Elle se dissimulait derrière l'humour, mais cela ne me semblait curieusement pas un mal. Il faut dire que ses paroles étaient parsemées d'espoir. J'étais gêné malgré tout. J'étais, on peut le dire, justement parti comme un fantôme, un peu plus tôt. Elle aurait pu m'en blâmer, néanmoins, l'effet de surprise semblait l'apaiser. Je me laissai subjuguer à nouveau par sa beauté et les contrastes qu'elle incarnait. Son regard était posé sur moi, partagé entre l'observation et l'appréhension. Elle ne me connaissait pas, peut-être était-elle intimidée, et malgré tout, elle demeurait à mes côtés. Mon cœur parut s'envoler lorsque j'aperçus un sourire éclairer son visage.

"Merci d’être venu. Je pensais sincèrement vous avoir dégoûté et fait fuir…"


Dégoûté et fait fuir ?

J'avais répété ces mots fatals, ni plus ni moins incompréhensif. Quel homme serait assez fou pour être dégoûté d'elle, et pour vouloir s'en échapper ? Je ne l'étais pas assez moi-même. Le peu de considération qu'elle semblait se porter, m'étonnait. Je concevais toutefois qu'elle ait pu croire une telle chose, après la façon dont j'avais agi avec elle.

Je suis navré de vous l'avoir fait croire, à tort.

"J’espère au moins que vous estimez ne pas avoir perdu votre soirée, à moins que ce soit pour une réclame que vous venez finalement me voir ! Vous pouvez être franc."

La soirée a été magnifique, en grande partie, grâce à vous...

Le ton était toujours sombre et calme, et malgré tout, je sentais que je me laissais emporter par mes émotions et mes paroles. C'était fort peu conseillé, bien entendu... J'allai ajouter quelque chose, n'importe quoi, pour tempérer mes propos, lorsque... Une rose s'infiltra entre nous. Elle était apparue, tout à coup, portée lentement par le vent, semblait-il, pour terminer sa course, sa danse, sur le sol. Je levai vainement les yeux au ciel, avant de reporter mon attention sur cette fleur, portée par la brise et venue de nulle part. Elle était noire, ce qui contribuait d'avantage encore à la rendre aussi fascinante qu'angoissante. Un bout de parchemin y était ficelé. Je ne m'en approchai pas, mais Tosca pourrait y lire :

Du Ciel,

Encore un peu d'efforts, et la performance sera admissible, Prima Donna.

Respectueusement vôtre,
Un Ange.


Et je suis resté silencieux, face à cet évènement aussi surnaturel et dérangeant que poétique.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Mer 12 Sep 2012, 11:04

D’ailleurs, nul n’avait besoin de savoir à quel point l’art s’entremêlait à la réalité ; en tout cas, pas les spectateurs. C’était quelque part une déjà assez lourde tâche à porter pour ceux qui chantaient et donnaient vie à ces œuvres flirtant entre le réel et l’imagination, entre la vie et la fiction. Sans doute ne pouvait-il y avoir d’exemple plus proche, sur le moment, que l’œuvre de Tosca, ou bien celle, bien plus mystérieuse et énigmatique encore, créée par cet inconnu dont nul ne savait le nom ou le visage, ou presque…Et pourtant, sans doute désiraient-ils la même chose : que ce qui avait été la souffrance de leur vie, puisse donner naissance à quelque chose de beau, pour ne plus avoir à tourner un regard amer sur le passé.

Floria entendait quelques personnes de l’équipe technique derrière la scène, qui commençaient à enlever tout le matériel coûteux, les projecteurs, les micros, les enceintes ; il restait encore quelques personnes du public, le plus souvent réparties en groupes bavardant, s’attardant dans la fraîcheur du soir, pour faire durer encore quelques instants de retrouvailles. Deux chanteurs discutaient ensemble, assis sur la scène, mais la plupart des autres avaient déjà commencé à s’éclipser pour rejoindre leur lit ou leur famille. Bientôt ne resteraient que les oiseaux de nuit…Et cet homme, là, devant elle, dont elle ne connaissait même pas le nom, l’inconnu croisé dans la rue, non pas remarqué pour un sourire héroïque qu’il aurait montré un bref instant, mais pour sa gravité, sa mélancolie. Pour le fait qu’il soit là, alors qu’il n’y avait aucune raison que quelqu’un restât ce soir. A cet instant, il était précisément un mystère parce qu’elle ne savait rien de lui, rien de plus que ce qu’elle ne pouvait deviner en l’observant (et c’était très peu, pour ne pas dire rien). Et par conséquent, il semblait aussi empli de tous les possibles : c’est l’inconnu qui effraie et fascine, parce qu’on ne sait quelle direction, quelle attitude prendre en y faisant face.

Il restait impassible, bien entendu ; quelque part elle n’appréciait pas cela, peut-être parce que cela lui rappelait Stannis, ou toute autre personne semblable à du marbre, dont il était impossible de déchiffrer les pensées, une personne contre laquelle on pouvait s’escrimer et se battre, sans la moindre réaction.
« Le spectacle le plus terrible qui soit, c’est de voir deux poupées de porcelaine aux visages figés se battre, et quand l’une des deux têtes se brise. » Malgré tout, elle se détendit légèrement : si ses traits restaient inexpressifs, il n’en allait pas de même pour son regard, qui lui souriait et remplaçait donc ainsi toute expression faciale. Elle n’avait pas prévu que le mot « fantôme » le fasse paraître gêné ; elle avait surtout pensé faire un écho aux mots récits, en utilisant cette parole. Puis elle s’était rappelée que rien dans le texte même ne précisait que le musicien fictif était surnommé le Fantôme…Peu importait, après tout. L’important était qu’il comprenne qu’elle ne lui en voulait pas, pour l’instant (elle se réservait le droit de critiquer cela plus tard, si cela lui revenait à l’esprit). En tout cas, le sourire qu’elle lui fit, était une réponse au sourire qui illuminait les yeux de l’homme austère, et ne le faisait plus paraître aussi grave sur le moment.

Dégoûté et fuir ?

Il ne semblait pas comprendre. Non pas qu’elle ne se portait pas de considération (au contraire, elle le faisait sans doute trop), mais elle se rappela aussi qu’il n’était pas donné à tout le monde de savoir que son caractère la rendait souvent insupportable à tout le monde. Elle se mettait trop les gens à dos à cause de ses mots jamais mâchés et parfois plus blessants qu’elle ne le pensait, pour ne pas s’attendre directement à subir des rebuffades dès qu’elle parlait. Question d’habitude.

Je suis navré de vous l’avoir fait croire, à tort.

Mais lui ne la connaissait pas. Pas encore. Chanceux. En tout cas, il s’excusait, d’une certaine façon, et indirectement, il s’excusait pour sa fuite du début de la soirée. Floria nota ainsi qu’elle n’aurait plus à revenir sur le sujet, et balaya ses mots d’un geste de main, comme pour signaler que ça n’avait aucune importance. Elle haussa les épaules, roulant des yeux.

« Je tape souvent sur les nerfs des gens, vous n’auriez été ni le premier, ni le dernier, voilà tout. »

La soirée a été magnifique, en grande partie, grâce à vous…

Elle le considéra à nouveau, presque de biais, l’œil méfiant pendant un fugace instant, avant de hocher la tête pour simplement le remercier du compliment. Si elle en concevait une certaine fierté, et aussi une certaine joie, de savoir qu’il ne regrettait pas d’être resté, elle ne pouvait que savoir, en elle-même, que sa deuxième performance avait été loin d’être la meilleure. Et pour elle, cela suffisait presque à gâcher le reste, même s’il avait été très bon. Exigeante envers elle-même, comme envers les autres. Peut-être que le fait de savoir qu’il était resté lui donnait ce soir davantage de satisfaction qu’un compliment. Elle s’apprêtait à le lui dire, à signaler que les autres chanteurs avaient été aussi impeccables, et qu’il fallait remercier les musiciens de l’orchestre, quand un objet non identifié se mit à descendre du ciel. Floria leva les yeux pour suivre la course de la rose noire jusqu’au sol, puis essaya de deviner d’où pouvait bien provenir cette fleur qui était comme gracieusement descendue du paradis, en vain. Elle recroisa le regard de l’inconnu en face d’elle en reportant son attention sur la rose ; il était apparemment aussi perplexe qu’elle. Un frémissement la parcourut soudain, alors qu’elle se souvenait, à l’opéra, d’avoir déjà vu une rose de ce style, pas pour elle, certes…les directeurs en avaient parfois sur leur bureau, quand elle allait les voir pour discuter travail. Elle ne sut comment interpréter ce signe, et surtout la noirceur de la rose, qui était de mauvais augure plus qu’autre chose. Son visage redevenant réservé, avec une pointe d’appréhension au ventre, elle se pencha pour saisir la fleur et son parchemin, avant de se redresser pour lire les mots écrits. Elle jeta un regard bref et perplexe à Roxas, qui s’était plongé dans le silence alors qu’il était, lui semblait-il, sur le point de parler ; enfin, elle lut dans sa tête les mots tracés sur le parchemin, d’une écriture fine qu’elle ne put s’empêcher de trouver jolie.

Ses lèvres se crispant, elle relut une deuxième fois le message ; ses mains se mirent à trembler légèrement sous l’effet de la colère. Elle ne savait pas ce qui l’agaçait le plus : la critique sur sa chanson (elle savait très bien laquelle) et donc sa performance, le « respectueusement vôtre » qui était forcément ironique, comme le surnom de Prima Donna, ou bien le fait que l’auteur ait osé signer « Un Ange », sans compter la localisation du Ciel. Elle se sentait à la fois blessée dans son orgueil et sa croyance chrétienne, sans compter que l’auteur du message, qui que ce soit, se moquait d’elle. Elle ne put s’empêcher de chiffonner le parchemin, une lueur noire dans l’œil, et considéra la rose comme si elle l’avait personnellement insultée. Noire, là où elle essayait, comme son père, de ne voir que la lumière dans le cœur des gens (tâche terriblement ardue)…Si elle avait eu l’auteur du mot à côté d’elle, elle lui aurait passé un savon.


« Encore un peu d’efforts, et la performance sera admissible ! » répéta-t-elle, avec dédain, ses lèvres faisant une moue. « Oui, la deuxième chanson, celle que vous avez a priori tant aimé, était loin d’être parfaite ! Mais c’est une chanson de musical, pas d’opéra, et je n’ai pas eu le temps de la répéter comme il fallait, sans compter que rares sont ceux qui l’avaient déjà entendue ! L’aria de la Reine de la Nuit était bien plus dur, mais peu importe, pas vrai ? Le jour où cet anonyme viendra me le dire en face, je l’écouterai ! »

Floria finit de triturer le papier, presque avec mauvaise humeur, et semblait même hésiter à le déchirer, avant de considérer la rose d’un œil indigné et incompréhensif. Puis elle choisit de cesser de torturer le message, pour aller le glisser avec sa fleur aux côtés d’un autre bouquet qu’elle avait reçu. Revenant vers son interlocuteur, elle soupira, ayant un mouvement d’excuse, sa main se tournant vers la rose noire, avant de retomber le long de sa hanche.

« Vous devinez maintenant que je suis assez susceptible – ce message était particulièrement moqueur et en plus, signé sans nom véritable. Cependant, la critique était juste, je suis obligée de l’admettre. Bref, » fit-elle, haussant à nouveau les épaules, toujours un peu crispé par l’évènement poétique et pourtant malvenu, « c’est sans doute sur la chanteuse la plus caractérielle de cette troupe sur qui vous avez eu l’honneur de tomber, mais je vous remercie vraiment de votre présence. Mon nom est Floria Tosca. »

Et elle lui tendit la main, son regard l’observant à nouveau, mais sans méchanceté ou arrière-pensée – par cette politesse toute relative qui était de ne pas fuir les yeux des gens.

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Jeu 13 Sep 2012, 14:52

Ceux qui créent la beauté à partir de leurs fléaux et leurs maux sont admirables, indéniablement ; hélas, tous les Hommes n'en sont pas capables. Au contraire, il en est qui ne peuvent qu'altérer et détruire, même ce qu'ils chérissent et convoitent. Un philosophe était d'avis que l'Homme est un loup pour l'Homme ; le phénomène de la mutation n'a rien changé à la donne. Certains ne supportent pas de voir les autres s'élever au dessus d'eux, par le biais de l'art ou la pensée, et font tout pour les ramener sur terre, et les y condamner. Bien que je m’efforçai d'admirer cette élite, et même de m'en inspirer, je ne pouvais que trop comprendre la haine qu'ils étaient susceptibles d'engendrer. Comment ne pas envier celui qui vous surpasse dans bien des domaines, même s'il a enduré des tourments incomparables aux vôtres... ? L'envie, l'incompréhension mènent à la frustration et la malveillance. Ceci est inévitable.
Les alentours n'étaient pas déserts, à proprement parler, ce qui ne m'empêchait pas de voir Tosca, et exclusivement Tosca, quoiqu'elle fût entourée de silhouettes confuses. J'ignorai combien je pouvais l'intriguer, l'effet n'était après tout pas recherché... L'on bâtit des murailles entre le monde et soi, à force de fréquenter des prédateurs. Il me paraissait, de toute façon, évident qu'elle n'apprécierait pas de savoir quel homme j'étais réellement. Quant à elle... Était-elle vraiment comme je me la figurais ? Le mystère demeurait entier, surtout qu'elle ajoutait :

"Je tape souvent sur les nerfs des gens, vous n’auriez été ni le premier, ni le dernier, voilà tout."

Je haussai brièvement les sourcils. Cette cantatrice sous-estimait mes capacités à supporter l'étrange et l'insupportable, justement, me semblait-il. Si cette femme délicieuse et éloquente était énervante, quel qualificatif aurait pu convenir à Arlathan et sa clique ? Je n'oubliai certes pas l'idée que nous portons des masques, chacun d'entre nous ; au demeurant, je me figurai que le mien devait être bien plus épais et trompeur que celui de Tosca. Je me suis donc contenté de réceptionner cela comme un léger trait d'humour, pour ne plus revenir dessus.
Le regard qu'elle me lança ensuite me heurta d'avantage. Elle m'avait, durant un instant fugace, considéré avec une telle méfiance et réserve. Ayant encore du mal à la remettre en question, je m'accusai intérieurement de m'être montré aussi rapidement exalté par elle. Je demeurai un parfait inconnu, son métier avait du lui apprendre à s'en méfier ; que me passait-il par l'esprit ? Son visage ne tarda -heureusement- pas à s'épanouir, à nouveau. Elle accepta le compliment, avec plus de confiance, et malgré tout, elle ne semblait pas tout à fait convaincue.
Je n'eus pas l'occasion de me questionner d'avantage à ce sujet, puisque la rose tombée du ciel accapara notre attention. J'ignorai d'où elle provenait ou ce qu'elle signifiait. Je ne pouvais toutefois m'empêcher de penser qu'elle était de mauvais augure, plus parce qu'elle interrompait brutalement notre conversation, qu'à cause de sa couleur singulière, il est vrai. Je pris toutefois mon mal en patience tandis que Tosca se penchait bien évidemment sur la fleur menaçante. Je ne la quittai pas des yeux, tandis que les siens parcouraient le petit morceau de parchemin. Son visage était si blême. Je ne masquai pas ma perplexité tandis que ses mains se mettaient à trembler et se crisper violemment sur le malheureux papier. Que pouvait bien contenir ce mot ? La cantatrice n'était-elle pas un tant soit peu... colérique ? Le volcan, qui menaçait d'exploser depuis quelques secondes, se déchaina enfin :

"Encore un peu d’efforts, et la performance sera admissible !" lut-elle.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le mystérieux critique ne mâchait pas ses mots. Son avis, enrobé de dédain, n'était pas particulièrement positif. Pourquoi avoir donc accordé tant de théâtralité à l'envoi de ce mot ? S'agissait-il d'un adversaire particulier de Tosca ? De quelle performance parlait-il précisément ?

"Oui, la deuxième chanson, celle que vous avez a priori tant aimé, était loin d’être parfaite ! Mais c’est une chanson de musical, pas d’opéra, et je n’ai pas eu le temps de la répéter comme il fallait, sans compter que rares sont ceux qui l’avaient déjà entendue !"

Ça y est, la fureur de Tosca se tournait contre moi, comme portée par le vent, elle aussi. Ainsi, c'est la performance que j'avais préféré, qui posait problème. Je ne pouvais m'empêcher de me demander si ce mot n'était donc pas tourné contre moi, de manière fort implicite, il est vrai. Mais peut-être étais-je encore en train de divaguer... La cantatrice semblait fort blessée, bien qu'elle tâchait de se justifier, de toutes les manières que ce soit. Je cherchai bien quelque chose à dire, pour la calmer, mais je n'avais, en toute franchise, pas le temps d'en placer une. Le masque de quelqu'un commençait déjà à se briser, vraisemblablement... Au moins avais-je été prévenu.

"L’aria de la Reine de la Nuit était bien plus dur, mais peu importe, pas vrai ? Le jour où cet anonyme viendra me le dire en face, je l’écouterai !"


C'est parce que la lettre est anonyme qu'elle vous met dans un tel état, ou bien... Vous avez -malgré tout- une idée de l'identité de son destinateur ?

J'essayai d'intervenir avec logique et calme, puisque je n'étais -de toute façon- pas d'accord avec la critique émise par la "rose". Bien sûr, si j'avais entièrement lu le message, et la provocation dont il était imprégné, peut-être aurais-je été d'avantage révolté. La Tosca décida finalement de se débarrasser du présent empoisonné ; chose curieuse, sans le déchirer en lambeaux. Peut-être projetait-elle de ramener le tout chez elle, afin de le brûler dans sa cheminée. Je tâchai de l'observer, sans la juger, tandis qu'elle esquissait un geste d'excuse. Ce n'était rien, bien entendu, mais mon air interdit trahissait ma perplexité. De toute évidence, il ne s'agissait pas d'une femme très maitresse de ses émotions, et c'était un euphémisme.

"Vous devinez maintenant que je suis assez susceptible – ce message était particulièrement moqueur et en plus, signé sans nom véritable. Cependant, la critique était juste, je suis obligée de l’admettre. Bref."

Nouvel haussement de sourcils. Elle reconnaissait que la critique était juste, et malgré tout, elle se mettait dans un tel état ? L'attitude était passablement contradictoire... Et pourtant... Je ne m'étais jamais senti aussi proche de Tosca, dont je ne détournai plus le regard.


La critique est trop sévère, m'entêtai-je.

"C’est sans doute sur la chanteuse la plus caractérielle de cette troupe sur qui vous avez eu l’honneur de tomber, mais je vous remercie vraiment de votre présence. Mon nom est Floria Tosca." Poursuivit-elle, en me tendant la main.

Un tel changement d'attitude est ce qu'on appelait communément le calme après la tempête... Pourquoi ses origines italiennes ne me surprenaient donc pas ? Mais j'étais d'avantage dérouté par son homonymie avec le personnage qu'elle venait d'incarner.


Tosca, un nom bien familier, me contentai-je de déclarer, dans l'espoir d'obtenir une explication quelconque.

Au même moment, ma main serra la sienne et bien que j'eusse souhaité prolonger le contact humain, je n'osai simplement pas oser. Elle était douce et chaleureuse, autant que j'étais froid et visiblement inabordable, et malgré tout, nous discutions, sereinement... Je l'observai encore un long moment, silencieux, avant de me rendre compte combien cette attitude pouvait paraitre décalée ou déplacée.


Accepteriez-vous... de consacrer votre soirée à un homme qui a trouvé la performance bien plus qu'admissible ?

L'idée de donner mon nom, en écho au sien, ne m'avait pas effleuré l'esprit. Si elle n'acceptait pas l'invitation, je ne voulais pas qu'elle sache quoique ce soit de l'inconnu qui avait eu l'impudence de vouloir l'enlever à son art.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Sam 15 Sep 2012, 00:56

Certains vivaient pour le mal, et d'autres pour le bien. Il était heureux, simplement, que le monde n'appartienne pas qu'aux premiers ; que parmi tous ces gens enviant les autres, il y en avait tout de même qui se servaient de cette inspiration pour devenir meilleurs. N'était-ce pas ce que devaient suggérer les meilleures histoires, celles dont on admirait les héros ? Et pourtant, il y en avait bel et bien qui venaient à les haïr, persuadés qu'ils ne pourraient jamais être comme eux, ou même s'en approcher. « Les gens ne sont des héros que quand ils ne peuvent pas faire autrement... » Oui, il fallait atteindre l'extrême, parfois le désespoir de savoir qu'il n'y avait aucune autre solution que d'être ainsi, pour en venir à faire le bien. Et certains le refusaient, malgré tout, s'en foutant, ou bien trop lâches, ou se considérant comme trop indignes.

Il était en tout cas évident que le mystère autour d'une Tosca ayant la capacité à être lumineuse n'allait guère tarder à se briser lamentablement, et très vite. Il n'était pas certain que Roxas se fasse un cadeau en se disant qu'il avait vu sans doute pire qu'elle ; après tout, chaque être avait son propre côté insupportable. Et il n’était pas obligé de le découvrir en Tosca, pour l’ajouter à nombre de ses autres maux quotidiens. Il n’avait pas besoin non plus de perdre si vite ses illusions sur elle, mais le caractère impulsif de la cantatrice en déciderait probablement autrement…Comme aurait dit l’autre :
« Ce n’est pas une coquette, méfiez-vous-en ! C’est une guerrière, une conquérante ! Il faut qu’elle subjugue et tyrannise, ou qu’elle se donne maladroitement comme une grande bête piaffante ! » Oui, c’était bien cela avec Tosca, d’une certaine façon : ou il fallait qu’on ait besoin d’elle, ou alors c’était à elle de tomber fascinée. Et peu importait si la première attitude la rendait trop démonstrative, capricieuse ou excessivement jalouse ; ou si la seconde l’entraînait à faire de mauvais choix. Bah, aucun des deux n’aurait écouté un quelconque sage conseil, chacun trop obstiné à leur manière. Et puis, là où l’un croyait désespérément en la fatalité, de la manière la plus malsaine et la plus obsessive, l’autre y était farouchement opposée, malgré sa croyance en Dieu.

En attendant, il aurait été plus sage pour la Tosca d’apprendre à se maîtriser, surtout en face d’une personne qu’elle connaissait à peine ; mais c’était une femme qui avait après tout le goût du spectacle, malgré sa réserve habituelle. Il y avait des fois où la colère ou la jalousie la saisissaient tellement, qu’elle se moquait pas mal d’éclater en public, du moment qu’elle avait vengeance. Et tant pis si les autres subissaient ces coups d’éclats (comme Roxas était en train de le faire, se demandant si oui ou non la lettre était aussi adressée à lui), ces subites violences sortant de son esprit ou de son cœur, ou bien alors, au contraire, ces gestes inexplicables, tenant de l’affection ou d’un sentiment plus inexplicable et plus profond. Même si elle revenait souvent s’excuser, deux minutes après, pour le tort et la gêne qu’elles avaient causés. Elle allait, elle venait, elle ne savait parfois pas ce qu’elle faisait, et malgré toutes les erreurs du passé, elle avait du mal à contrôler les mouvements soudains de son humeur. Et comme Roxas ne pouvait pas grand-chose contre ce flot à peine retenu (euphémisme), il ne pouvait que subir, tout en essayant de garder un avis raisonné et posé. De quoi contraster avec la femme qui tempêtait en face de lui, avec parfois une moue qui se révélait plutôt ardue à décrire, tenant à la fois du dédain adulte et du mouvement de lèvres hautain que pouvait faire un enfant capricieux.

C’est parce que la lettre est anonyme qu’elle vous met dans un tel état, ou bien…Vous avez –malgré tout- une idée de l’identité de son destinateur ?

« Et si c’était le cas, » répliqua-t-elle aussitôt, « ne serait-ce pas une raison de plus ? Un rival de l’opéra Salieri, je m’en doute bien, qui tient à son précieux anonymat de peur de m’affronter directement ?! Raison de plus pour me mettre dans un tel état ! Je le trouverai, et j’irai lui casser sa partition sur la figure ! »

Bien entendu, elle avait entendu des rumeurs sur l’Ange de la Musique. Celui qui semait des roses de diverses couleurs sur son passage, pour marquer son mécontentement, sa moquerie ou sa rare approbation…sans compter la façon, disait-on, qu’il avait d’influencer les directeurs pour remercier certains chanteurs. C’était une autre raison pour laquelle le message la mettait dans cet état : comment lutter contre un adversaire invisible, à la voix d’ange, influent, et qui jugeait si sévèrement les performances ? Ce fut pourquoi elle choisit de se maîtriser un bref instant, ce qui ne la fit pas déchirer le parchemin ou la rose comme elle l’aurait souhaité. Il valait mieux agir avec prudence, ou son caractère lui coûterait son travail (même si elle avait, au fond, un CV de quelques siècles en matière d’opéra). Le calme qu’elle entendait dans la voix de Roxas contribua à l’apaiser un peu, comme s’il lui indiquait que la marche à suivre était clairement celle de la raison, et non de l’impulsion du cœur.

D’ailleurs, l’air interdit qu’affichait l’homme, ainsi que son haussement de sourcils, montrait qu’elle était décidément allée trop loin dans l’expression de sa colère. Forcément, elle venait de reconnaître la critique comme juste, tout en s’en défendant. Qui n’aurait pas froncé les yeux devant son attitude paradoxale ? Néanmoins, étrangement, il ne détournait pas son regard d’elle d’un air gêné, comme pour dire
« c’est une folle, aidez-moi à m’éclipser… » Non, au contraire. Son regard se faisait bien plus appuyé, alors qu’il était déjà auparavant assez souvent fixé sur elle, comme pour élucider ses pensées.

La critique est trop sévère, insista-t-il.

« Oui, bon, ne vous vexez pas, mais vous êtes un profane et donc pas le meilleur en la matière pour juger. » lança-t-elle, presque sans y penser, sa franchise reprenant le dessus (et surtout son manque de réflexion avant de parler).

Sitôt les mots sortis de sa bouche, elle les regretta : qui que soit cet inconnu, il n’avait pas à subir ses sautes d’humeur ou son mauvais caractère, ou simplement la hargne née en elle à cause d’une fichue lettre anonyme, qui, il avait raison, après tout…était trop stricte. Elle baissa les yeux cette fois, contemplant l’herbe verte sombre dans l’obscurité, ayant un peu l’impression d’être dans ses petits souliers. Davos aurait eu honte d’elle, à cet instant, et ce fut pourquoi elle essaya de se rattraper. Mais elle désespérait de parvenir un jour à acquérir l’altruisme de son père, à croire que certains naissaient avec et d’autres non.

« Je vous demande pardon, » dit-elle doucement. « C’est…injuste de ma part, de dire ça. Pour vous. Je veux dire, ce n’est pas votre faute. »

Quelle que fut son expression, son acceptation de l’excuse ou non, sa rancune ou autre chose, l’inconnu enchaîna toutefois avec une autre parole, qui la fit relever le regard vers lui.

Tosca, un nom bien familier.

Ah, cette question sous-entendue, encore et toujours la même. Elle leva les yeux au ciel, comme si cela n’avait aucune importance, bien qu’insensiblement, elle se crispait. Malgré le nombre de fois où on l’avait interrogée sur l’homonymie des noms, elle ne parvenait pas à s’habituer. Des lambeaux de passé jamais advenu (sauf une fois et pour elle seule) repassaient devant ses yeux, et elle se demandait encore où elle trouvait la force de jouer parfois, soir après soir, le même cauchemar, le même évènement terrible, les mêmes morts. Tout était faux, bien sûr. Pourtant, pendant ces représentations-là, son cœur manquait souvent un battement sur deux, et pendant les entractes, elle était sans doute encore plus tendue que d’habitude, et sur scène, encore plus perfectionniste. Et il fallait toujours ressortir la même explication, avec le même sourire légèrement moqueur et désinvolte, le même regard qui disait « allons, l’explication est si simple, pourquoi n’en riez-vous pas ? »

« La Tosca est mon nom de scène. Et je suis la compositrice de cet opéra. C’est pour me moquer de tous ces auteurs si nombrilistes de nos jours, qui emploient leur vrai nom dans de la fiction pour faire du déballage de linge sale en public, que j’ai choisi de garder des noms réels. Et aussi pour interroger la frontière entre fiction et réalité, surtout celle de ces dernières années. »

Pendant qu’elle parlait et donnait cette explication, non sans sentir quelques papillons d’angoisser voleter dans son ventre, elle lui serrait la main. Le contraste la frappa pendant une fraction de seconde ; si la main de son interlocuteur était indéniablement ferme et solide, elle était étonnamment froide, à l’image de son attitude, mais non de la lueur vivante qui brûlait dans ses yeux. Le retour de ce contraste, de la différence de nuance de vie et de gravité, lui fit à nouveau plisser les yeux. Tout comme le long silence qui s’ensuivit, où il la dévisageait, sans rien dire, sans esquisser de mouvement. Toutefois, elle ne pouvait que cela la gênait, puisqu’elle s’en servait pour essayer de le définir, lui aussi ; pour essayer de voir qui il était, et de le comprendre. Car elle avait beau chercher et esquisser des hypothèses dans son esprit, elle n’aurait su le décrire comme autrement qu’austère, avec pourtant cette lumière étincelante dans les yeux. Comme si brûlait en lui une âme qui ne parvenait pas à illuminer et animer le reste de son être. Mais pourquoi ce silence, et ce long regard, qui tendaient plus à la rendre méfiante qu’autre chose ?

Accepteriez-vous…de consacrer votre soirée à un homme qui a trouvé la performance bien plus qu’admissible ?

C’était donc cela, songea-t-elle. Elle se demanda à partir de quel moment l’idée avait germé dans la tête de l’homme. Quand elle l’avait abordé au hasard, dans le parc, et qu’il était parti, ne disant pas s’il viendrait au concert ou non ? Pendant cette fameuse chanson ? Ou bien là, à un des moments de la conversation, allez savoir lequel ? Et puis, qu’entendait-il par soirée, cet homme-là ? Son regard dans le sien, elle aurait pu passer un long moment à le juger avant de se décider, probablement à refuser poliment, si une soudaine voix n’avait pas retenti derrière elle, la faisant tressaillir un instant. Un des autres chanteurs discutant encore à l’arrière, un brun aux cheveux bouclés à l’accent allemand, s’était approché, s’accroupissant au bord de la scène.

« Tosca, l’équipe technique s’en va, ils ont déjà fermé la tente. Je prends tes bouquets de fleurs et tes lettres pour les mettre dans ta loge, je repasse à l’opéra avant de terminer la soirée. Et j’ai sauvé ta veste et ton sac de la fermeture de nos coulisses provisoires ! Je te vois la semaine prochaine. »

Floria se retourna vers lui pour saisir la veste et le sac qu’il lui tendait, le remerciant d’un signe de tête. Il la salua une seconde fois, prenant la peine d’incliner légèrement la tête vers Roxas, et de lui adresser un léger sourire éloquent quand la cantatrice eut le dos tourné, avant de disparaître. Elle passa la veste autour de ses épaules, portant son sac à bout de bras. Le regard posé sur son interlocuteur, l’air neutre, elle finit par hausser les épaules, un sourire revenant brièvement éclairer son visage.

« Eh bien, le contexte, vos arguments jouent en votre faveur, et cela fait longtemps qu’on ne m’a fait telle proposition d’une manière aussi aimable. Alors je l’accepte, et je vous suis. » termina-t-elle, se rapprochant de quelques pas.

Qu’est-ce qui l’avait décidée, malgré la part de réserve qu’elle conservait et l’instant d’observation qu’elle avait encore accordé avant de parler, comme pour juger s’il était digne de cela ? Le souhait de s’excuser en partie pour sa réplique de tout à l’heure ? La simple politesse, ou le fait qu’il était vrai qu’elle sortait très rarement depuis la fin de la guerre ? Ou bien, de manière plus diffuse et chanceuse, le fait que le chanteur venu quelques instants plus tôt n’était autre que celui qui jouait le rôle de l’amant de Tosca, dans l’opéra. Comme un petit signe encourageant venu du passé, quand son fiancé vivait encore, et se moquait d’elle parce qu’elle se refusait toujours à aller quelque part sans lui.
Qui sait ?...

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Lun 17 Sep 2012, 12:30

Vivre pour le mal, vivre pour le bien ; j'ignorai si le monde était ainsi fait. Si tel était le cas, le mien était considérablement différent. Je tentais de vivre, voilà tout, ou même de survivre. Je me plaisais à croire que je n'avais pas toujours eu le choix d'agir, eh bien, en mal... D'ailleurs, l'ai-je jamais vraiment regretté ? J'avais eu plusieurs occasions de me faire passer pour un bienfaiteur bien pensant, cela n'avait guère changé les choses, ou si peu... Cela ne m'avait rien apporté. Le monde n'est pas dominé par des enfants de chœur. Ceux qui osent faire confiance à autrui, ceux qui espèrent, se font toujours trahir et détruire. J'en sais quelque chose ; j'ai longuement trompé les uns, trahi les autres. J'ai réduit à néant les espoirs que de rares personnes avaient fondé à mon égard. Je l'ai fait presque naturellement, comme les feuilles sont portées par le vent.
Mais ce soir-là, je cherchai une autre issue. J'avais conscience d'avoir trop profondément plongé dans le mal pour m'en extirper, aidé ou non. Au demeurant, ce n'est pas parce que j'étais marié à l'obscurité que je ne pouvais pas flirter avec le soleil et la lumière. Cette jeune femme, cette inconnue devait incarner ce soleil, tant que je le désirerais. Elle n'avait plus le choix désormais. Elle devait me faire oublier Fran, les Ombres, le Manoir Spencer, quel qu’en soit la durée. J'étais prêt à tout pour cela, car je doutai que cette rencontre soit le fruit du hasard. La raison en est simple : le hasard est un mythe.
Le grand drame humain est l'égoïsme. Tosca n'était pas la seule à vouloir devenir indispensable aux yeux des uns, ou d'admirer secrètement les autres. Elle avait réussi, en un sens. Ceux qui la contemplaient sur scène avaient besoin d'elle, peut-être avait-elle une multitude d'autres amis et proches qui n'aspiraient qu'à la combler. Mais la réciproque ne peut se vérifier. Être à tous, c'est n'être à personne. Il est mathématiquement impossible au passionné de se hisser à la hauteur de son égérie. Celle-ci, malgré tout, était capable d'être fascinée par de rares élus. Ceux-ci sont chanceux et bien souvent aveugles, ingrats. L'Homme était ainsi donc condamné à désirer l'inaccessible, et sans rien apprendre de ses maux et frustrations, il restait hermétique à ceux qui étaient à sa portée. Il était voué au malheur. Fran aurait pu tout obtenir de moi, que n'aurais-je pas fait pour elle ? Mais non, elle n'a jamais rien vu, elle est toujours restée sourde ; maudite soit-elle. Elle n'a d'yeux, parait-il, que pour un homme obscur, qui la traite parfois avec mépris. Un terroriste. Le monde était si mal fait et incompréhensif, c'en était à devenir fou. Tosca devait absolument me prouver le contraire de tout ce que j'avançai, sinon... Je ne sais pas, ce serait probablement terrible.
Il m'importait peu qu'elle soit colérique et impulsive. Les traits harmonieux de son visage formaient constamment une nouvelle expression, au gré de ses humeurs. Nous étions si différents... Mes colères n'éclataient pas aussi rapidement que les siennes, elles grandissaient lentement et prenaient le temps de murir. Elles n'en étaient peut-être que d'avantage durables, ardentes et surtout irrévocables. Mais au moins Tosca était-elle souvent libérée de ses contrariétés, avant qu'elles ne prennent trop d'ampleur. Moi, j'avais la nuit dans l'âme.

"Et si c’était le cas, ne serait-ce pas une raison de plus ? Un rival de l’opéra Salieri, je m’en doute bien, qui tient à son précieux anonymat de peur de m’affronter directement ?! Raison de plus pour me mettre dans un tel état ! Je le trouverai, et j’irai lui casser sa partition sur la figure !"

Il était donc question d'un homme... ? Intéressant... La fureur de Tosca avait presque quelque chose d'amusant, parce qu'enfantin. Je m'abstenais de tout commentaire ou tout sourire, bien entendu, au risque de prendre "une partition sur la figure", semblait-il, mais je me trouvai plus diverti que compatissant.


Il y a d'étranges rumeurs à propos de l'Opéra Salieri, me contentai-je de glisser, pour vaguement participer à la conversation.

J'essayai malgré tout de la calmer, avant que ses élans aient raison de ma propre patience. La tentative connut un amer échec :

"Oui, bon, ne vous vexez pas, mais vous êtes un profane et donc pas le meilleur en la matière pour juger."

De mieux en mieux. Je me permis un début de sourire empli d'ironie, à défaut de joie. C'était donc mon tour. Oh, peut-être était-ce mérité. Comment un amateur en matière de musique avait-il pu oser donner son avis ? Comment aurait-il pu rivaliser avec un ange et une fameuse cantatrice ? Mon regard alla machinalement vers la sortie et cela l'interpella peut-être. Je ne m'étais en effet pas attardé auprès de la scène pour amasser des reproches.

"Je vous demande pardon. C’est…injuste de ma part, de dire ça. Pour vous. Je veux dire, ce n’est pas votre faute." dit-elle finalement, fort gênée par sa propre attitude.


Ce n'est pas grave, la rassurai-je.

Ce n'était pas grave, du moins, tant qu'elle ne recommençait pas. Ma patience connaissait de grandes limites. Elle avait daigné présenter des excuses, après tout, elle qui semblait tant axée sur elle-même, au point de ne me poser aucune question en retour. Peut-être était-elle simplement intimidée, peut-être pas... Je ne savais pas pourquoi je me permettais autant de commentaires ironiques à son égard, et la laissai tomber du piédestal que je lui avais crée, de façon aussi radicale. Était-ce à cause de l'emportement dont elle avait fait preuve ? Elle était certes plus séduisante quand elle chantait que quand elle parlait... J'entretenais -malgré tout-, toujours les mêmes espérances à son sujet. Rien ne démontrait l'agacement qui avait commencé à me conquérir. Tosca n'avait pas besoin de le connaitre.

"La Tosca est mon nom de scène. Et je suis la compositrice de cet opéra. C’est pour me moquer de tous ces auteurs si nombrilistes de nos jours, qui emploient leur vrai nom dans de la fiction pour faire du déballage de linge sale en public, que j’ai choisi de garder des noms réels. Et aussi pour interroger la frontière entre fiction et réalité, surtout celle de ces dernières années."


L'opéra est donc simplement pensé avec philosophie. Vous ne vous y retrouvez jamais ? me suis-je permis d'insister.

Je ne détournai plus mon regard du sien, comme pour essayer de lire à travers elle. Aucun compositeur ne pouvait être si détaché de son œuvre, c'était du moins peu croyable. Peut-être avait-elle tenté de réaliser un rêve sur scène, ou d'exorciser une peur... Il semblait naturel qu'elle ne souhaite pas s'attarder sur ce sujet, quoiqu'il en soit.
Je lui avais de toute façon demandé de me consacrer sa soirée. La réponse fut tardive. Elle semblait hésiter ou chercher une explication à cette invitation. C'est à cet instant, empli de doutes et d'appréhension, qu'une tierce personne se manifesta :

"Tosca, l’équipe technique s’en va, ils ont déjà fermé la tente. Je prends tes bouquets de fleurs et tes lettres pour les mettre dans ta loge, je repasse à l’opéra avant de terminer la soirée. Et j’ai sauvé ta veste et ton sac de la fermeture de nos coulisses provisoires ! Je te vois la semaine prochaine."

Il donna ses affaires à Tosca avant de s'éclipser. Quel homme avenant, talentueux et fort attentionné... Il était si cordial qu'il m'accorda un dernier sourire, une fois que mon interlocutrice lui eut tourné le dos. Je l'ai regardé partir, sans le lui rendre. Il est des gens pour qui l'on éprouve tout à coup une antipathie profonde, sans aucune raison valable, et sans pouvoir l'expliquer. Je ne revenais toutefois que rarement sur mes premières impressions. Qui était cet homme ? Ou plutôt, que représentait-il aux yeux de Tosca ?

"Eh bien, le contexte, vos arguments jouent en votre faveur, et cela fait longtemps qu’on ne m’a fait telle proposition d’une manière aussi aimable. Alors je l’accepte, et je vous suis." dit-elle finalement.

Je me tournai vers elle, un peu pris au dépourvu. Dans mon esprit, il semblait évident qu'elle allait refuser la proposition, pour suivre cet allemand qui avait joué son amant, et pourtant, le contraire s'était produit. Je cherchai inlassablement pourquoi, plutôt que de me réjouir de la nouvelle.


Vous n'êtes attendue nulle part ? demandai-je, comme si j'attendais qu'elle change d'avis, malheureusement.

Je me questionnai surtout au sujet de son entourage. Une telle femme ne pouvait pas être seule au point d'accueillir l'invitation d'un parfait inconnu, avec enthousiasme. Me trompais-je ?
Et malgré tout ce qu'il s'était passé, nous nous retrouvions déjà à plusieurs mètres de la scène, seuls, ensemble. Nos pas semblaient nous menaient plus ou moins consciemment vers Central Park. Je n'osai pas débuter une nouvelle conversation, de crainte de tout faire flancher. Peut-être n'avais-je pas encore réalisé que la soirée m'était acquise. Tout en longeant les rues, éclairées de manière artificielle, je m'allumai une cigarette pour lutter contre mon anxiété. J'eus la délicatesse de ne pas lui en proposer, c'eut été déplacé, me semblait-il, auprès d'une cantatrice de ce niveau. D'ailleurs, peut-être ne supportait-elle pas même la fumée... Je passai outre cette supposition avant de relever machinalement les yeux vers le ciel. Les néons de la ville ne trompaient personne ; la nuit était noire et le ciel sans lune...

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Jeu 20 Sep 2012, 20:46

Les questions de qui faisait le bien, qui faisait le mal, étaient parfois aussi mystérieuses que les notions l’étaient elles-mêmes. Aux yeux d’un Autre, après tout, quelqu’un ferait toujours et le bien, et le mal, ou bien tout ne serait qu’une complexe nuance de gris avec diverses subtilités…Personne n’était véritablement un ange, comme personne n’était véritablement un démon. Même les natures extrêmes ont leur propre faiblesse, leur propre innocence, et leur propre degré dans le crime. Si Tosca était loin de pouvoir se prétendre aussi altruiste que son père Davos, il n’empêchait qu’autant que possible, elle veillait à aider ceux qui pouvaient souffrir autour d’elle, et à ne pas provoquer de douleur causée par ses actions ou au contraire, son absence d’actes, par les actes manqués.
Et paradoxalement, cela ne l’avait pas empêchée de devenir assassin, directement et indirectement, à un moment de son existence, sans pour autant le regretter, puisqu’elle l’avait fait dans le but de sauver d’autres personnes. Mais était-ce pour autant que, parce que certains actes ne sont pas faits, ou faits pour d’autres, on ne sentait pas le poids de ces gestes fatals et la pesante réalité qu’ils entraînaient, la sourde angoisse de la culpabilité, l’impossibilité de revenir en arrière, et les longues nuits d’insomnie ? Un acte mauvais n’en effaçait pas un bon ; même la volupté de la vengeance ne menait à rien, si ce n’était à un rire immobile.

Et pourtant, malgré cette conscience qu’elle avait des choses, de la noirceur et de la lumière possibles en l’être humain, Floria était loin de se douter des pensées de Roxas, de ses motivations pour l’inviter ce soir-là. Loin d’imaginer que dans l’esprit de cet homme, elle devenait synonyme de soleil, d’oubli envers tout ce qui l’avait frustré ou déçu auparavant. Il y avait des espoirs qu’on plaçait en certains, et qu’il ne valait mieux pas révéler ; cela en faisait partie. Nul doute que la Tosca aurait sans doute fui si elle s’était doutée de quoique ce soit ; à moins que dans un inexplicable geste de l’âme, venu sans prévenir de la capacité que l’on avait parfois à lire clairement les consciences humaines mises à nu, elle ne se soit malgré tout arrêtée, continuant à le regarder du fond des yeux avec une limpidité claire que Roxas n’aurait sans doute plus jamais, et qu’elle soit ainsi restée là, à ses côtés.
Parfois un être se reconnaît dans l’Autre, sans que l’on sache pourquoi, ni même que l’on puisse l’expliquer. Et peut-être était-ce de cette manière qu’on parvenait ensuite à vaincre l’égoïsme inhérent en chacun. En acceptant que tout ne soit pas à soi, et parfois encore moins ceux que l’on désire. Ce qui permettait alors…une autre évolution, une autre existence, une autre raison d’être. En ayant sur le monde un regard sans haine.
Et alors, pour de brefs moments, on était ce qu’on était véritablement ; ces instants fugaces, elle les vivait parfois sur scène, quand la lumière était sur elle, que tout le reste n’était pas aussi vivement éclairé ; il n’y avait pas de frontière alors entre elle et ce qu’elle devait être pour le besoin de la représentation. « Mais il est terrible, n’est-ce pas, d’être sur scène, ce que nous ne pouvons être dans la vie, alors qu’il s’agit là de nous, de notre essence profonde. Mais c’est ainsi, et pour beaucoup, je le crains. » Qui se souvenait encore des quelques perles personnelles de vérité d’un autre artiste de scène ? Probablement pas Tosca, qui, trop longtemps, n’avait considéré son monde que comme un cercle fermé, où seuls pouvaient avoir l’honneur de circuler de rares personnes : Davos, Angelo, Zexion, quelques collègues de l’opéra, et puis…les Initiés. Et c’était un peu près tout. Avec ces autres êtres qui la fascinaient, mais dont elle ne dirait jamais le nom pour certains. Il y a des mystères et des secrets qui n’appartenaient qu’à elle-même. Mais elle saisissait cela ; l’incompréhension, la frustration de l’inaccessible, de ce que l’on n’arrivait pas à atteindre. Zexion ne faisait-il pas partie de ce genre d’êtres ? Impossibles à toucher, impossibles à comprendre, qu’on craignait peut-être justement parce qu’ils étaient l’impossible. Non, en vérité, le monde était bien composé d’inaccessible, et c’était l’inaccessible même qui rendait compte des intermédiaires, pour tant soit peu qui en étaient en quête ouvraient les yeux…comme le faisait Roxas. La pire ironie dans tout cela, bien sûr, était que Fran était la mère (fait encore inconnu) de Tosca, et que Roxas tombait sur cette dernière…sans compter que le terroriste que l’homme détestait tant, était aussi celui que Tosca supportait de façon très limite par moments. Oui, le monde était à la fois tout petit, mal fait et…complètement fou.


Il y a d’étranges rumeurs à propos de l’opéra Salieri, commenta l’interlocuteur de Tosca, à un moment, pour toute réponse à son élan puéril de colère.

Elle haussa les épaules, sans rien répondre. Tant que les rumeurs ne l’atteignaient pas, elle s’en moquait en partie…même si après tout, elle faisait partie de ceux qui les écoutaient sans se faire voir, intrigués malgré eux, de vivre dans un monde qu’ils ne comprenaient pas tout à fait…la vie n’était-elle pas parsemée de mystère, après tout ?
En tout cas, son interlocuteur avait une grande qualité, voire deux : il gardait son calme, et sa patience, face aux éclats passagers de la cantatrice. Rares étaient ceux qui auraient tenu jusque-là…si elle était loin de n’avoir que des ténèbres dans l’âme, on ne pouvait dire autant du fait qu’elle n’aurait pas été centrée surtout sur elle, par l’habitude d’un long passé où elle était habituée à avoir ce qu’elle voulait. Le sourire ironique qu’il eut, lorsqu’elle lui lança une pique blessante, lui rappela cela : le monde n’était pas à ses pieds, toute prima donna qu’elle était. Surtout les inconnus, qui avaient cependant assez de gentillesse pour ne pas la planter là en voyant son caractère. Bien entendu, qu’elle regrettait ses paroles. Mais comme d’habitude, elle aurait dû apprendre à tourner sept fois sa pensée dans sa tête, avant de parler. Quelque soit la sincérité dont elle se vantait, d’ailleurs. C’était incorrect, voilà tout, et elle aurait dû davantage apprendre à se contrôler. Où était passée la Tosca qui était presque timide et effrayée par un Zexion sur une plage, ce qui ne l’avait certes pas empêchée de le considérer avec dédain ? Du temps avait passé depuis. Des morts, des guerres, des pertes aussi. Non pas intimidée, mais en tout cas peu emplie de tact ou de prévenance. Peut-être parce qu’elle se disait que le seul homme avec qui elle avait été vraiment heureuse au point que cela changeait complètement son caractère, était parti depuis trois ans, un peu plus désormais. Ou parce que depuis ces dernières années, elle avait tendance à se méfier des hommes, bien plus qu’auparavant. Voilà pourquoi elle n’aventurait aucune question pour l’instant…L’observation lui suffisait. Garder un regard attentif aux moindres mouvements, expressions de l’homme en face d’elle, voilà ce qu’elle se contentait d’arborer sur l’instant. Il était déjà remarquable par sa patience, après tout…


L’opéra est donc simplement pensé avec philosophie. Vous ne vous y retrouvez jamais ? insista l’homme sans nom, sans détacher son regard de celui de Tosca.

Allons donc….pour une fois que ce n’était pas elle qui faisait détourner la tête aux gens, tant elle les regardait ! Qu’essayait-il de deviner, cet homme-là, de découvrir ? Voir son âme, lire en elle ? Ou bien trouver, comme tous ces critiques ou journalistes, les liens ayant véritablement existé entre l’opéra et la vie réelle, et à quel point elle en avait été affectée ? Il y avait pourtant de ces eaux qu’il ne fallait pas trop remuer…Et pourtant, voilà…Le regard turquoise, froid et chaud à la fois de l’homme, s’attardait, attendant toujours une réponse. Floria finit par détourner le regard, arrangeant sa veste sur ses épaules, ne supportant plus la perquisition qu’elle sentait dans ces yeux-là, redevenant méfiante.


« A quoi servirait une œuvre d’art si on ne s’y retrouvait pas…l’art existe pour nous toucher, et pour qu’on s’y reconnaisse. Tout art n’est qu’un miroir de nous-mêmes. » répondit-elle, avec le plus de détachement possible, comme si elle appliquait cela à tous les opéras, et non pas le sien en particulier. Il fallait une réponse banale, passe-partout, pourvu qu’il cesse ses interrogations là-dessus.

Puis il lui avait demandé de passer la soirée avec lui. Si elle avait répondu avec sincérité, quoiqu’elle ne l’aurait certainement pas fait sans l’intervention de son collègue de chant, cela ne semblait pas suffisant. Il fallait dire qu’elle avait pris son temps avant de répondre. Roxas n’avait eu aucune réaction particulière devant l’intervention de l’homme, mais cette absence d’attitude, ainsi que peut-être sa surprise et sa question, furent ce qui mit la puce à l’oreille de la Tosca. Après tout, quand une femme disait oui, qu’y avait-il à se demander davantage ? Et pourtant, lui le faisait, comme s’il espérait secrètement qu’elle finisse par dire non (ce qui aurait été sans doute salvateur pour elle) ou au contraire, qu’elle insiste avec détermination. Elle plissa les yeux, passant son sac autour de son épaule, gardant la gravité de son visage apparente.

« Eh bien, il y a une soirée à l’Opéra, ou devrais-je dire, une petite fête, entre tous les chanteurs de ce soir…tout à l’heure, dans deux heures, parmi lesquels ce monsieur de tout à l’heure. Histoire de fêter la fin du concert, de boire un verre, et plus si affinités… » expliqua-t-elle. « Je peux vous y introduire, si vous voulez. Cela ne gênera personne… »

Elle laissa sa phrase finir dans le vague de l’air autour d’eux, alors qu’ils marchaient vers Central Park. Il était là, à ses côtés, et allumait une cigarette, geste qu’elle nota à nouveau…Elle-même ne fumait que très peu, plus lors d’occasions comme des fêtes ou quand elle était véritablement irritée, principalement pour protéger sa voix. Et l’alcool entrait dans la même catégorie, quoiqu’à un niveau moins haut. S’il ne lui en proposa pas, ce qu’elle supposa comme une politesse, elle se contenta de respirer l’odeur qui montait vers le ciel, qui était loin de lui être déplaisante. Il ne disait rien, et fumait…Autant de signes d’une certaine appréhension, d’un certain malaise, en tout cas. Certes, la nuit était noire (mais non pas pleine de terreurs, pensa-t-elle en retenant un rire, mordant l’intérieur de sa joue sans parvenir à ôter le sourire ou la lueur de malice qui lui traversaient brièvement le visage) mais elle était propice aux simples soirées inconnues, dont on ne savait pas trop quel serait le déroulement, simplement suivant l’inspiration du moment. Floria le regarda de biais une seconde, avant de reprendre :

« Oui, en tout cas, vous pouvez tout à fait venir si vous voulez ! Monsieur… ? »

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Sam 22 Sep 2012, 16:58

Comment dissocier l'incarnation du mal, du bien ? A ses aptitudes ? A ses actes ? Il ne suffit pas de tuer pour se damner. Il est des êtres qui commettent ce péché suprême, par mégarde ou accident. Il en est qui tuent délibérément, mais qui le regrettent toute leur vie durant. Non, un damné éprouve quelque satisfaction à faire le mal, et à s'y enfoncer. Je parle en fin connaisseur. Pendant des années, j'ai cherché à me défaire du fol espoir de repentance qui me rongeait, ou des regrets qui me dévoraient. Le doute avait longuement été mon seul moteur. Mais maintenant ? Un point culminant avait été dépassé, me semble-t-il. En le brûlant vif, lui, Linderman, j'ai éliminé une partie de moi-même. Je n'oublierai jamais les convulsions de son corps meurtri ou l'horreur de ses cris, qui n'avait d'égale que le parfum repoussant et abject de ce qui est brûlé. C'était si grotesque. J'en avais ri. Le souvenir est à la fois précis et confus ; comme si un autre avait agi à ma place. Pourquoi avais-je fait cela ? Il y avait plus d'une raison, mais c'était essentiellement en réponse à ce qu'il avait fait subir à Fran. Fran, qui ne m'était plus rien, malgré tout l'amour que je continuais de lui porter. Tout cela avait été vain. Tout cela était irréparable. Et maintenant ? Je me demandais simplement si j'avais enfin atteint les extrémités du mal tant convoitées... Les délires de joie qu'elles auraient du susciter restaient toutefois fortement dissimulées...
J'étais fortement avancé dans cette pente, il m'était désormais impossible de la remonter. M'était-il encore possible de chuter ? J'apercevais quoiqu'il en soit encore quelques lueurs, dans cette obscurité. Tosca était l'une d'entre elle. Ces lueurs me permettaient de respirer et espérer. Mais si elles devenaient dérangeantes, il n'y aurait -hélas !- d'autre solution que de les éteindre, de gré ou de force. Je devrais avoir avoir des remords pour ainsi songer à l'exploiter ? Je devrais avoir des remords. Tel est ce que je pensais, avec l'indifférence la plus totale, car lesdits remords ne se présentaient pas.
Tosca représentait l'inaccessible. N'était-elle pas aussi belle et spirituelle que Fran ? C'est pourquoi il me semblait si impossible à croire qu'elle puisse me consacrer une soirée, ne serait-ce qu'une soirée. C'était bien plus que Fran ne l'avait jamais fait, y compris sur ce toit, où j'ai cru -l'espace d'un instant- qu'elle allait se donner à moi. Mais non ! Ce n'était qu'une petite marchande d'illusions. Qu'elle aille au Diable ! Un jour, nous nous retrouverons en Enfer, et elle ne pourra plus m'échapper. Le plus ironique réside sans doute dans le fait que je sois devenu tout à fait inabordable et hermétique envers les autres, au nom de cette fatale enchanteresse. Je les ai tous abandonnés. Mes enfants, leurs mères... C'était une déception de plus pour pouvoir me plaindre, mais j'ai conscience d'être la seule véritable déception, ici.
J'avais abordé les problèmes auxquels était sujet l'opéra Salieri mais Tosca n'y fut guère réceptive. Nous n'osions évoquer le spectre auquel nous pensions, puisque nous portions nous-mêmes des masques. Nous étions avenants, voire souriants. Mais les regards ne trompent personne ; nous nous méfions l'un de l'autre, et nous avions nos raisons. C'était simple : quand je ne détournai pas les yeux, c'est elle qui s'y employait :

"A quoi servirait une œuvre d’art si on ne s’y retrouvait pas…l’art existe pour nous toucher, et pour qu’on s’y reconnaisse. Tout art n’est qu’un miroir de nous-mêmes."


Bien sûr...

J'avais acquiescé sans ironie mais je n'étais pas fin comédien au point de dissimuler mon peu de conviction. Ainsi, Tosca avouait qu'elle n'était pas si différente des artistes "nombrilistes" dont elle prétendait se moquer. Personne n'est dénué d'égoïsme, de toute façon. Certains l'assument, d'autres se complaisent dans l'hypocrisie, voilà tout. Je savais que cela était dangereux, au demeurant, je ne pouvais m'empêcher de tenter d'imaginer quels pouvaient être les points communs entre la Tosca de la pièce, et celle que j'avais en face de moi.
La réponse positive de Tosca m'avait surpris, sans aucun doute. Pousserais-je le vice jusqu'à admettre qu'une part de mon être avait espéré un "non", bien que cela fût totalement contradictoire ? Qui sait ? Peut-être... Elle semblait toutefois déterminée à me suivre. Quelle idée stupide ! Quelle idée de me faire confiance... !

"Eh bien, il y a une soirée à l’Opéra, ou devrais-je dire, une petite fête, entre tous les chanteurs de ce soir…tout à l’heure, dans deux heures, parmi lesquels ce monsieur de tout à l’heure. Histoire de fêter la fin du concert, de boire un verre, et plus si affinités Je peux vous y introduire, si vous voulez. Cela ne gênera personne…"


Un profane ne gênera aucun musicien, vraiment ?

Étais-je susceptible au point de répéter ses mots maladroits, de la sorte ? Me contentais-je de la taquiner ? Libre à elle de penser ce qu'elle souhaitait. J'avais simplement évité ce sujet fâcheux, du moins pour un temps. Non, je n'avais pas envie de me mêler à ces inconnus alors que je pouvais porter tout mon intérêt sur Tosca, et réciproquement. Les foules et les plaisirs anodins de la vie ne m'attiraient pas. Qui plus est, son amant fictif était de la partie et sa présence me serait probablement insupportable.
Le silence s'était ensuite installé entre nous, tandis que nous marchions, à travers la nuit. Si mon attention semblait portée sur la seule cigarette, ce n'était pas véritablement le cas, et je m'étonnai intérieurement des sourires incompréhensibles qu'elle semblait parfois retenir. Jusqu'où ses pensées la menaient ?

"Oui, en tout cas, vous pouvez tout à fait venir si vous voulez ! Monsieur… ?" insista-elle finalement.


Baldwin.

Et ce fut tout. Je me suis arrêté de marcher pour la considérer à nouveau. Tenait-elle vraiment à se rendre à cette soirée avec moi, ou n'était-ce qu'une idée proposée dans le vent ? Elle n'avait pourtant pas semblé regretter de les abandonner, tout à l'heure. Qu'en était-il à présent ? Leur présence la rassurerait-elle ? Je ne pouvais qu'émettre des suppositions, et ces doutes me tourmentaient trop. Il fallait les étouffer ; aussi ai-je décidé de ne plus y aller par quatre chemins. Laisse les fantômes ! Il n'y a que toi et moi ! Avais-je envie de lui hurler, la nuit qui nous entourait confirmant mes propos. Mais le ton que j'employai était plus raisonnable, quoique plein de conviction.

Ces gens ne m’intéressent pas. Je vous ai aperçue, aujourd'hui, avant même que vous m'abordiez. Vous m'avez marqué mais vous n'étiez qu'un visage. Maintenant, j'ai un nom, et même une chanson dans l'esprit. Je commence à vous connaitre et je ne veux pas que ces importuns nous dérangent. Je ne sais pas comment cette soirée se terminera. Je ne sais pas quand vous allez prendre la décision de fuir. Mais voilà ; quand ce sera terminé, j'aimerais pouvoir formuler une phrase simple d'apparence, mais qui ne nous est pas souvent donné de déclarer : "Maintenant, je peux dire que j'ai été heureux." Il ne tient qu'à vous d'en décider.

Le ton se voulait détaché mais mon débit de paroles trahissait une part d'espoir sincère, quoique fou. Éprouvais-je de l'amour pour cette femme ? Non. Il était clair que non. Mais pour la première fois, je me surprenais à suivre l'un des conseils d'Arlathan. L'oublier. Voir ailleurs. Laisser la douleur s'évanouir... Étais-je trop hâtif ? Peut-être. Il me semblait quoiqu'il en soit avoir fait des efforts puisque ma réplique aurait du se terminer, dans mon esprit, par une seule et unique phrase : Je ferais tout pour que vous m'aimiez.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Jeu 04 Oct 2012, 19:16

Il était, en vérité, des gens qui tuaient – le dernier des dix commandements, l’ultime, le plus grave – mais qui ne le regrettaient pas, sans pour autant obtenir cette volupté du mal qu’un tel acte était censé amener. Il y avait des gestes dont on pouvait porter le poids toute sa vie, de deux manières différentes, bien qu’au fond, le résultat soit le même : des mains souillées de sang. Oui, on pouvait en porter le poids toute sa vie, comme une expiation qui finirait par dévorer votre dernier souffle et votre dernière pensée, avec le regret comme compagnon lancinant des nuits et des jours. Ou bien en garder le poids présent à l’esprit, dans une boîte de souvenirs à ne jamais ouvrir, un recoin dans le cœur et l’âme, près des sombres ténèbres qui parcouraient l’être humain, en se disant « Oui, c’est fait ! C’est enfin fait ! », sans pensée de repentir ou regret, car cela devait être fait. Sans doute, également. Ne lui avait-elle pas souhaité, à Scarpia, de s’étouffer dans son sang en contemplant la femme qui l’avait tué, en ignorant les spasmes de douleur et de derniers souffles qui le parcouraient, en lui ordonnant dans une espèce de rage folle de mourir ? Et il était mort dans ses bras, dans l’étreinte qu’il avait commencée. Et puis – elle ne comprenait toujours pas, elle ne cherchait pas à comprendre, elle cherchait à oublier ce qui avait été fait, en sachant qu’elle l’aurait refait mille fois s’il l’avait fallu – elle lui avait pardonné, une fois mort.
Telle était sa différence avec Roxas, si on ne comptait pas encore le doute : si lui avait pu rire du meurtre atroce qui l’avait fait atteindre le point de non-retour, Floria n’en avait pas ri. Bien qu’ils aient alors atteint les extrémités du mal qui faisaient de tout un simple délire, une simple ivresse ardente, puisque ces scènes étaient aussi claires qu’un cauchemar et pourtant, tout aussi lointaines qu’un rêve dont on s’éveillait le matin en ouvrant les yeux. Bien qu’au fond, leurs motifs aient été les mêmes : venger ou protéger la personne qu’ils aimaient. En vain, désormais, certes…Tout cela était des motifs secrets, qu’ils ne pouvaient deviner simplement en croisant leurs yeux, lui avec son regard turquoise, elle avec ses prunelles bleues. Pourtant, ils auraient pu s’y reconnaître, et peut-être était-ce inconsciemment cela, le poids partagé du même péché, qui avait attiré Roxas vers elle, sans qu’il s’en rende compte.

Malgré tout, leur vision des choses était inversée ; le monde sombre, parcouru de scintillements, de Roxas, était l’inverse du sien. Non, elle n’était probablement pas heureuse, pas pleinement ; mais elle n’avait rien dans l’avenir dont elle devait s’inquiéter, sauf en ce qui concernait l’insulte de terrorisme sur les Initiés. Le monde paraissait encore brillant, sauf les fois où y planait l’ombre du passé ; mais ce passé-là, elle seule le connaissait. Et craignait pourtant qu’on le découvre, sous le masque qu’elle arborait ; elle craignait trop qu’un autre lui dise, de nouveau
« Quelle flamme dans vos mots ! Auriez-vous peur de vous trahir ? » D’où sa froideur, sa réserve, son choix de porter ce masque qu’elle n’avait pas, quatre ans plus tôt. En se méfiant d’elle-même et de ce qui pouvait la trahir, elle se méfiait aussi des autres, naturellement. Au risque de paraître hypocrite ou contradictoire, par moments. La guerre était finie, mais qui pouvait prétendre que la tension, le qui-vive qu’elle entraînait, ne durerait pas encore longtemps ? D’autre part, elle ne voulait pas évoquer le mystérieux Ange, l’auteur anonyme (plus ou moins) du message. Si elle avait bien son idée sur qui il pouvait être – elle n’en avait aucune preuve. Aucune certitude. Et elle n’était pas sûre de vouloir risquer sa carrière pour un soupçon mal placé, et d’ailleurs, elle avait sûrement déjà bien assez d’ennemis à l’opéra comme ça…

« Bien sûr… »

Il n’était pas ironique, mais ne semblait pas tellement convaincu non plus. Elle se retint à temps de se mordiller la lèvre inférieure, s’abstenant de répondre. Qu’important ce qu’il pensait là-dessus, sur l’Ange ? Elle-même n’était sûre de rien. Quant au reflet de l’art, oh, il ne serait pas le premier à avoir des soupçons. Mais il lui avait été impossible de changer les noms – comme si elle offensait la mémoire de tous ceux qui avaient agi dans la réalité, et dont elle n’avait fait que retranscrire les actes et paroles en chant et musique. Et elle n’était pas assez hypocrite pour ne pas être fidèle aux mémoires de ces gens-là. Tosca garda donc simplement le silence. Quant aux différences entre la Tosca soi-disant fictive, et la réelle, la réponse était bien simple : il n’y en avait aucune. Et elle savait que si son opéra parvenait à toucher tant de gens, c’était bel et bien parce que c’était la vérité et la sincérité qui en ressortaient, puisque tout était arrivé réellement.
Et alors qu’elle ignorait les sombres réflexions qui passaient dans l’esprit de Roxas, au sujet des remords, du fait qu’elle n’était là que parce qu’elle éclipsait pour un temps la lumière fascinante de Fran, de l’hypocrisie ou encore du tort qu’elle avait de lui faire confiance, il répétait ses paroles, comme sceptique, véritablement.


« Un profane ne gênera aucun musicien, vraiment ? »

Elle releva le regard vers lui, le visage fermé. Elle ne savait s’il prononçait ces paroles dans le but de se moquer de ce qu’elle avait dit un moment plus tôt, ou s’il ne croyait pas un mot de ce qu’elle disait, pensant qu’elle lui tendait un piège. Le silence qui tombait ensuite entre eux deux semblait confirmer qu’il était vraiment sceptique, voire…blessé ou vexé. C’est bien, tu es contente ? songea-t-elle en pensée, se réprimandant elle-même. Tu es arrivée à ce que tu voulais ! Le poison fait son œuvre ! Elle ne savait comment se rattraper. La tentative qu’elle fit pour insister, ne récolta qu’un seul mot, vraisemblablement sec et plus froid que le faux ton taquin de tout à l’heure, ou l’air souriant qu’il avait pu avoir.

« Baldwin. »

Il s’arrêta, tenant sa cigarette à la main – attendait-il qu’elle dise quelque chose ? Qu’elle insiste pour savoir son prénom ? Ou bien son arrêt signifiait-il qu’elle devait prendre congé, qu’il avait été suffisamment remercié comme cela et qu’il ne voulait plus la voir désormais ? Elle stoppa sa marche, face à lui, alors qu’il la fixait. Quelles pensées passaient dans l’esprit de cet homme-là, redevenu imperturbable ? Quels tourments pouvaient donner naissance à la tristesse qui imprégnait son visage, cette sensation qu’il portait comme le poids du monde – de son monde, en tout cas – sur ses épaules ? Elle n’était pas effrayée, mais elle était mal à l’aise, honteuse d’elle-même. Elle prenait conscience qu’à force de prudence, elle en était venue à le blesser – qu’elle avait mal joué, qu’il n’était pas dupe face à son masque. Il savait qu’elle était factice. Elle avait l’impression de pouvoir lire cela dans le regard froid de Baldwin, ou n’était-ce que sa propre imagination ? Et puis, avant qu’elle n’ait pu songer à formuler correctement sa pensée, il se mit à parler, débitant plus de paroles qu’il n’en avait encore dit jusque-là, sur un ton a priori négligeant, mais qui respirait une sorte de sincérité, sincérité hésitante, comme s’il sentait que tout ce qu’il disait n’aurait aucun sens pour elle et qu’elle allait le rejeter.

« Ces gens ne m’intéressent pas. Je vous ai aperçue, aujourd'hui, avant même que vous m'abordiez. Vous m'avez marqué mais vous n'étiez qu'un visage. Maintenant, j'ai un nom, et même une chanson dans l'esprit. Je commence à vous connaitre et je ne veux pas que ces importuns nous dérangent. Je ne sais pas comment cette soirée se terminera. Je ne sais pas quand vous allez prendre la décision de fuir. Mais voilà ; quand ce sera terminé, j'aimerais pouvoir formuler une phrase simple d'apparence, mais qui ne nous est pas souvent donné de déclarer : "Maintenant, je peux dire que j'ai été heureux." Il ne tient qu'à vous d'en décider. »

Il aurait été vain de vouloir suivre toutes les questions qui passèrent à la vitesse d’un éclair dans l’esprit de Tosca. D’abord, que voulait-il dire par le fait de commencer à la connaître ? Depuis combien de temps l’avait-il observée, avant qu’elle ne lui propose ce stupide flyer ? Pourquoi diable s’obstinait-il tant sur la chanson qu’elle avait le moins bien maîtrisé, sur laquelle elle avait témoigné le plus de faiblesse ? En quoi diable pouvait-il bien la trouver si intéressante alors qu’il l’avait vue se mettre en colère comme une gamine pour un mot anonyme ? Et Dieu, pourquoi disait-il d’un ton si impressionnant – parce que la phrase en elle-même trahissait son espoir, sa gravité, l’importance qu’il attachait à ce moment, une importance complètement folle, il ne la connaissait que depuis ce soir ! – qu’il pourrait dire que ces instants avec elle le rendraient heureux ? Pendant l’espace d’un instant, elle eut peur, en effet. Peur de ce qu’elle ne comprenait pas, de tous ces mots sortis avec une telle empreinte d’espoir. Il était effrayant de se dire qu’il lui portait ce genre d’attente, elle, l’inconnue qu’il avait juste vue chanter…Pourquoi me demander cela ? Vous m’en demandez trop, je ne suis pas celle que vous croyez ! C’est la mort qui me suit, et pas le bonheur !
Et puis il y avait le poids du choix ; elle détestait les choix. Elle avait toujours pris de travers les plus importants, lui semblait-il. Elle le regardait en silence, immobile, presque pâle, ne sachant que dire, avant de se rendre compte que sa blancheur, si elle était due à un frémissement de peur, n’était pas tant à cause du discours, même si cela en faisait partie. Mais parce que le poison faisait son œuvre, le poison qu’elle avait elle-même semé, et qu’elle voyait très bien l’effet que cela lui faisait. Elle se surprenait à penser qu’elle n’aurait peut-être pas réagi si différemment de lui - et n’était-ce pas ce qu’elle avait escompté, voulu voir ? Pour confirmer ce soupçon qui était devenue une quasi-certitude, maintenant ? Elle se disait, mentalement, c’est lui ! Mais c’est aussi moi. L’impression de tout à l’heure se confirmait : elle le reconnaissait, parce qu’il était un peu comme elle, sans le connaître pourtant…Floria n’aurait pu nier qu’elle aurait pu dire certaines paroles : les autres qui étaient inopportuns, inintéressants, la marque que pouvait laisser un visage, et l’intérêt éprouvé alors envers lui, qu’on le connaisse bien ou mal, au point d’être jaloux s’il en venait à se tourner vers d’autres…Comme il était facile de s’emparer du cœur de quelqu’un, et d’y glisser du venin par de simples mots !
Elle était embarrassée ; elle ne savait pas où se mettre, et sa verve habituelle semblait l’avoir lâchée. Que pouvait-elle répondre à de telles paroles ? Que pouvait-elle répondre à la question sous-jacente qui imprégnait les phrases de Roxas – celle impliquée par sa pensée secrète, la parole finale qu’il n’avait pas dite ?


« Je suis désolée, » finit-elle par lâcher, doucement, et sa voix était vraiment emplie d’un regret franc.

Elle regarda un instant le ciel sombre qui ne la faisait plus rire, ses doigts passant nerveusement dans sa chevelure. Puis elle se rapprocha d’un pas de Baldwin, le fixant cette fois dans les yeux, mais avec toujours la même sincérité, de ce regard qui ne jugeait pas, mais ne prenait pas en pitié non plus ; qui incitait seulement à une confession qu’elle ne condamnerait pas.


« …Je ne comprenais pas qui vous étiez, ce que vous vouliez, et donc comment je devais être avec vous. Je ne m’attendais pas à cela ! » (Elle réprima une grimace ; elle sentait qu’il allait mal prendre la phrase suivante, mais elle devait être directe, sans masque cette fois.) « Je ne faisais pas attention à vous, car je vous respecte, je ne voulais pas être coquette avec vous ! Ca ne m’aurait pas été agréable que vous pensiez que j’accepte les invitations des premiers inconnus qui passent ! Mais vous êtes…singulier. »

Et comme la culpabilité lui rongeait toujours le cœur – et la pensée, un bref instant, d’avoir été comme Scarpia, cet ennemi juré, mort, enterré, d’utiliser ses armes ! – elle ajouta, honteusement :

« J’ai menti… Je voulais voir votre réaction…Pour essayer de comprendre ce que vous vouliez. Il n’y a aucune fête, personne qui m’attend, d’une façon ou d’une autre, et même s’il y avait une fête, je n’irai pas…je vous l’ai dit, je n’y suis pour personne en général…Et je vous ai accordé ma soirée, je ne trahis pas ma parole. Je la trahirai encore moins, » assura-t-elle, « si je sais que ma présence vous fait plaisir et vous rend heureux – si toutefois vous pouvez encore l’être après ce que je viens d’avouer. Je ne veux pas vous faire de mal. »

Que Baldwin se félicite ; il venait, sans certainement le prévoir ou même le manigancer, d’enlever le premier masque de Tosca, celui qui la rendait froide et inaccessible, qui la faisait circuler dans un monde de vanité et de brillance, accentué surtout par son métier et sa suspicion. Elle fit à nouveau un pas vers lui, se rapprochant de lui de quelques centimètres : il n’y avait entre eux deux que la distance habituelle qui séparait des gens se rencontrant pour la première fois. Elle releva le regard, continuant à le fixer en face, sans se défiler comme un moment auparavant, un air à la fois doux et déterminé sur le visage.

« Et ne croyez pas que je vais fuir ; je ne le ferai pas. »

Elle ne savait pas pourquoi – bienheureuse ! – elle l’aurait fui, en effet.

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Sam 06 Oct 2012, 16:32

Certes, qu'y-a-t-il de plus terrible que de devoir tuer, sans en éprouver de la satisfaction, ou du moins, un semblant de justice ? L'on abat cet homme, sans en avoir eu véritablement le choix au préalable... Son ombre plane au dessus de vous, comme une épée de Damoclès, toute votre vie durant... Vous êtes à jamais séparé des rangs de l'humanité, sans que les autres puissent le comprendre, ou même savoir pourquoi. Non, il n'y a rien de plus épouvantable que la culpabilité, si ce n'est peut-être l'indifférence. Vivre au jour le jour, ou devrais-je dire se contenter d'exister, sans subir la moindre saveur ou le moindre tourment. Voilà un fléau qui avait le mérite de m'épargner. Mes émotions me gouvernaient trop souvent, j'étais parfaitement incapable de leur échapper. Je me contentais de les dissimuler autant que possible, ce qui se concluait le plus souvent par un désastre. Quand je haïssais, c'était d'une façon irrémédiable et absolue, il en allait de même pour l'affection. Dans quelle catégorie se rangerait cette cantatrice dans l'avenir ? Il m'était hélas, difficile de classer les gens dans un entre-deux.
Et je l'observais, sans qu'elle puisse se douter quelle question cruciale je me posais... Vais-je vous servir ou vous meurtrir ? Il ne tient qu'à vous d'en décider. Allez vous me sauver ou me rejeter ? Curieusement, je restai parfaitement calme en me demandant cela, comme si c'était uniquement à la fatalité d'en décider. J'agirais en conséquences, quoiqu'un rejet de Tosca me faisait frémir d'avance. Pauvre inconsciente qui ignorait dans quelle toile d'araignée elle s'était emprisonnée d'elle-même !
Il y a deux théories à l'égard des bourreaux. D'aucuns prétendent qu'ils sont semblables au commun des mortels et qu'on les trouve précisément là où on s'y attend le moins... Comment continueraient-ils de sévir sinon ? D'autres affirment que le poids du péché se dessine infailliblement sur le visage et les yeux. Nul n'agit de la sorte sans en éprouver des séquelles. Qui avait raison ? Qui se trompait ? Il ne s'agissait après tout que de deux manières différentes de percevoir le monde, de se fier aux gens, à leur apparence,... Une illustre inconnue, un peu naïve je dois l'avouer, m'avait déjà complimenté en m'affirmant que "l'on me donnerait le bon Dieu sans confession". J'avais rarement vu quelqu'un se méprendre de la sorte. Et pourtant, j'étais moi-même incapable de dissocier le bien du mal, même si certains mutants avaient le don de me glacer le sang. Cette femme, Tosca, n'était que luminosité et pureté à mes yeux. Elle était l'innocence et la jeunesse incarnées. Elle était tout ce que je n'étais pas. Comment aurais-je pu deviner, ce soir-là, que nous n'avions pas été attirés l'un par l'autre par le destin, mais par quelque crime ou péché commun ? Parfois, des âmes se reconnaissent sans que l'esprit n'en ait conscience.
Je devais toutefois admettre que cette femme ne manquait pas de tempérament. Son visage n'était parfois que froideur et méfiance, bien qu'elle ne craignait pas de me suivre. Quant à un élan de colère, elle l'avait déjà démontré. Nous avions terminé notre fausse course aux abords de Central Park. Un inexplicable sentiment de malaise, ou du moins de froideur, s'était installé entre nous. M'étais-je montré trop sec lorsqu'elle avait demandé mon nom ? Mon regard cherchait-il trop à lire son âme ? Quant à elle, malgré toutes les certitudes que je portais à son égard, il m'arrivait parfois de la trouver tout à fait insondable... Cela n'altérait pas son charme, bien au contraire.
J'avais fini par me lancer. Tout était peut-être bon à dire pour rompre ce silence détestable. J'ai osé avouer tout ce que j'osais attendre d'elle, sans pour autant lui énoncer le pourquoi du comment. Je faisais probablement un piètre orateur, au demeurant, elle m'écouta avec un silence quasiment religieux. Était-ce une preuve de respect ou d'envie de fuite ? Malgré mes appréhensions, je n'aurais interrompu ma tirade pour rien au monde. La balle était désormais dans le camp de Tosca. Je lui avais donné un choix, avant le petit jour.

"Je suis désolée." fut tout ce qu'elle répondit.

Je l'ai observée, probablement avec mélancolie, quoique cette réponse était attendue. N'était-elle pas en train de poliment formuler un refus ? Comment aurait-il pu en être autrement ? J'étais désolé pour moi, mais soulagé pour elle. En s'éloignant d'ores-et-déjà, elle avait probablement fait le bon choix. Je n'étais capable de procréer que peine et désolation autour de moi. Je m'attendais à la voir tourner les talons à tout moment, et toutefois, elle préféra s'approcher. Je suis resté immobile et patient... Je suis resté une statue.

"…Je ne comprenais pas qui vous étiez, ce que vous vouliez, et donc comment je devais être avec vous. Je ne m’attendais pas à cela !"

Et maintenant, elle se jugeait forcée de se justifier. Je hochai négativement la tête, de manière presque imperceptible. Ce n'était pas vraiment nécessaire qu'elle fasse durer ce supplice, pour fournir des explications dont je me moquais, en définitive. Qu'elle disparaisse tout de suite. Une fois encore, elle eut le don de me surprendre et de me contredire :

"Je ne faisais pas attention à vous, car je vous respecte, je ne voulais pas être coquette avec vous ! Ca ne m’aurait pas été agréable que vous pensiez que j’accepte les invitations des premiers inconnus qui passent ! Mais vous êtes…singulier."

Je fronçai légèrement les sourcils, peu certain de suivre le cheminement de ses pensées, ou du moins de comprendre où elle voulait en venir. La seule certitude acquise, me semblait-il, c'est que l'esprit de cette femme était totalement dénué de logique. Et pourtant, je n'étais pas moi-même un exemple de rationalité. Ainsi donc, elle préférait "rejeter" les gens qu'elle désirait connaitre. Devais-je en déduire qu'elle se montrait agréable avec ceux dont elle se moquait ? Je ne pouvais pas tant lui en vouloir. Il est après tout difficile d'identifier et gérer des émotions. L'on se surprend parfois à haïr ceux que l'on aurait du aimer... J'avais moi-même admiré des personnes qui auraient du me faire horreur. La seule constante dans mon existence était peut-être le mépris que je me vouais à moi-même. Je notai toutefois le compliment qu'elle m'avait fait, songeant que je ne me serais pas permis de la juger comme elle le craignait. Ou peut-être que si, mais tant que cela allait dans mon sens, à quoi bon l'en blâmer ? Quant au terme "singulier", il demeurait un mystère. Mais encore ? Tel est ce que j'aurais volontiers ajouté, mais elle ne m'en laissa pas le temps.

"J’ai menti… Je voulais voir votre réaction…Pour essayer de comprendre ce que vous vouliez. Il n’y a aucune fête, personne qui m’attend, d’une façon ou d’une autre, et même s’il y avait une fête, je n’irai pas…je vous l’ai dit, je n’y suis pour personne en général…"

Ses révélations me poussaient de plus en plus à me questionner sur les facultés à raisonner de Tosca. Non pas que je doutais de son intelligence, mais, je l'admets, peut-être commençait-elle à me paraitre de moins en moins raisonnable. Ou normale. Décidément, malgré tous mes efforts, et tous les propos insensés que j'avais pu tenir moi-même par le passé, je ne parvenais pas à la suivre.


Et si j'avais insisté pour y aller, qu'est-ce que vous auriez fait ?

C'était triste à admettre, mais c'était la seule interrogation qu'il m'avait été donné de formuler. La cantatrice était fort chanceuse que je sois un être parfaitement associable, sans quoi, elle se serait probablement couverte de ridicule. L'aveu de son mensonge avait d'ailleurs un je ne sais quoi d'absurde, quoiqu'il paraissait également touchant.

"Et je vous ai accordé ma soirée, je ne trahis pas ma parole. Je la trahirai encore moins, si je sais que ma présence vous fait plaisir et vous rend heureux – si toutefois vous pouvez encore l’être après ce que je viens d’avouer. Je ne veux pas vous faire de mal."

J'esquissai un léger sourire, qu'elle pouvait interpréter comme un acquiescement, un remerciement, ou ce qu'elle voulait. Pour ma part, je savais qu'il était ironique. Croyait-elle pouvoir me faire souffrir aussi aisément ? Je craignais d'avoir connu des situations autrement plus difficiles et démoralisantes. L'idée de me faire du mal la débectait donc. Que c'était affable de sa part ; si seulement autrui pouvait prendre exemple sur elle ! De nous deux, je doutais toutefois qu'elle soit la plus susceptible de faire souffrir l'autre. Malgré tout, le fait qu'elle ait pu douter d'elle-même à ce point, et redouter cela, n'était pas sans me désorienter. A vrai dire, j'étais peut-être d'ores-et-déjà en train de me demander si j'avais fait le bon choix, en me liant à cette femme.


Cet aveu est-il un test, à l'instar de votre mensonge ?

La question était relativement rhétorique. Si c'était vrai, comment oserait-elle l'admettre, quoique sa franchise ne semblait souffrir d'aucune limite... ? Je ne pouvais m'empêcher de réaliser que la plupart des mes répliques avaient pour seul but de la prendre au dépourvu. Je n'y pouvais rien, c'était plus fort que moi. Au lieu de la faire fuir, cela semblait mystérieusement provoquer l'effet inverse chez elle. Je n'osai faire un mouvement, tandis qu'elle se rapprochait à nouveau, quasiment à pas de loup. A quoi Diable était-elle en train de jouer ?!

"Et ne croyez pas que je vais fuir ; je ne le ferai pas." conclut-elle.

Elle ne fuirait pas, voilà qui était bien noté. Encore que je ne connaissais qu'une seule façon de vérifier si sa promesse serait tenue, ou si nous pensions de la même manière, elle et moi. J'ai supprimé le peu de distance qui nous séparait. Je l'ai embrassée.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Jeu 11 Oct 2012, 01:47

C'est la pleine lune, quand le coeur se grise du parfum nocturne des fleurs.
La nuit murmure ses mille chansons d'amour
Et ses conseils perfides pour adoucir et séduire le coeur.
Et le désir flotte sous la voûte étoilée,
Et le sang de Tosca brûle d'un amour fou !


Acte I, Tosca, Puccini.


Où se trouvait Baldwin, à cet instant, dans les pensées de Tosca ? Il fallait dire qu’elle n’était pas femme à catégoriser les gens, en tout cas pas à la première rencontre. Il n’y avait qu’une catégorie établie dans son esprit, les gens comme Scarpia, les psychopathes libertins, peut-être pire : ceux qui sous un sourire cordial et un ton compatissant, n’étaient que des grands séducteurs extrêmes…Baldwin oscillait quelque part entre la rencontre étrange, et…quoi d’autre ? Elle ne le savait pas vraiment. Elle l’acceptait tel qu’il venait, après tout. Comment aurait-elle pu se douter qu’il se posait en ce moment même la question de s’il allait la blesser ou lui être bénéfique ? Comme si quelqu’un pouvait prétendre deviner que l’interlocuteur en face de vous pensait cela ! Etait-ce le genre de choses auxquelles on pensait en discutant ? Pour Roxas, oui, certainement, dû à son passé de traître. Pour Tosca, non…elle était à des lieux d’imaginer tout cela, surtout que le visage de l’homme restait impassible, nullement agité par ses remous extérieurs. Et elle, nullement effrayée du piège dans lequel elle tombait sans s’en apercevoir, mais en y progressant au contraire à chaque seconde qui y passait. On creuse parfois son propre tombeau, sans s’en apercevoir, on provoque l’échec propre à offrir notre chute.
Si Tosca, néanmoins, n’incarnait que la beauté et l’éclat auprès de Roxas, c’était donc qu’elle était assez douée pour que son propre péché ne se dessine pas sur son visage…Eternel masque, perpétuelle hypocrisie, celle de faire comme si rien n’était arrivé, et ressasser en silence dans les heures de la nuit, le crime qui n’avait désormais que virtuellement existé…Elle était tout ce qu’il n’était pas, parce qu’elle effleurait la lumière des Initiés, peut-être parce qu’elle avait encore de l’espoir malgré tout, refusant que la nuit entre dans son âme, refusant que le noir poison de son crime la noie complètement, refusant de se complaire, certes, dans le chemin du mal. Toutefois, craignant qu’on l’atteigne, la lumière se teintait parfois – souvent – d’un verre épais, celui de la méfiance et de la distance...car il y a des lumières chaudes, et des lumières froides. Tout comme l’ombre peut rassurer, ou bien engloutir. La distance intrigue et attire, également…

Tout comme cela avait été le cas pour Roxas. Et finalement, il s’était révélé, en quelque sorte ; puisqu’il s’était confessé sur les véritables raisons de l’invitation donnée à Floria. Cet aveu avait, en vérité, quelque chose d’effrayant. Il est parfois terrible de s’entendre dire à quel point on attend de soi, à quel point les espoirs se fondent vite, de peur de les briser, même sans le vouloir. Elle l’avait écouté en silence, le regard attentif et à la fois presque ardent. Par respect…parce qu’elle avait, après tout, essayé de le tromper. Et puis ne voulait-elle pas savoir ce qu’il voulait vraiment, cet homme-là, énigmatique, et dans lequel elle se reconnaissait pourtant ? Il lui avait donné une part de son espérance, une part de son âme. Elle tenait cela entre ses mains, comme un fragile cœur prêt à se briser. On ne se rend pas compte à quel point un cœur peut être lourd à porter. Il est comme un vase plein qui pourrait être prêt à déborder ; il peut se casser, et alors en perdant son contenu, il est impossible de le récupérer, uniquement de le remplir avec une nouvelle eau qui ne sera jamais la même.

Puis le regard de Baldwin s’était fait mélancolique, comme s’il attendait sa réponse, comme s’il avait déjà subi cette excuse des dizaines de fois, comme s’il attendait qu’elle fuie…Mais ce n’était pas son genre. Quant au refus, elle l’aurait exprimé directement, sans prendre de pincettes. Il restait de marbre, comme prêt à essuyer un reproche, un affront…Rien de tout cela n’était sorti de la bouche de la cantatrice. C’était à elle de s’excuser. A elle de fournir des explications. A elle, de donner une part de sa pensée, en réponse à ce qu’il venait de déclarer…car il est inhumain de rester insensible à ce qui sort de l’intérieur de soi. On sent cela comme un choc qui vous touche, un mouvement dans le corps, un battement en plus dans le cœur. Elle devait se justifier, expliquer qu’elle ne voulait pas lui faire de mal ; que tout était confus en elle, qu’elle se méfiait des hommes, encore et toujours, qu’elle ne savait pas si elle en guérirait ; elle aurait voulu dire qu’elle n’était pas insensible ou frigide comme son apparence le laissait paraître ; mais que la méfiance, la prudence, l’emportaient sur tout le reste…Elle aurait voulu qu’il comprenne qu’elle ne voulait laisser aucune chance de croire à une séduction de sa part en acceptant l’invitation du soir ; et sa pensée était sortie, confuse, et il haussait les sourcils, ne la suivant pas. Comment aurait-il pu comprendre ce qu’elle-même avait du mal à formuler, elle qui craignait que ses gestes ou paroles soient toujours mal interprétées, elle qui se tenait toujours sur ses gardes à cause de cela ? Elle ne voulait pas disparaître, elle ne voulait pas le fuir ou le décevoir ; seulement expliquer...mais elle le voyait dans son regard, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas, et comment aurait-elle pu lui en vouloir ? Stannis disait bien qu’elle était incompréhensible, seul Davos la connaissait comme un mouchoir de poche, certainement…
Non, ceux dont elle se moquait, elle n’était nullement agréable avec eux. Et avec ceux qu’elle désirait connaître, elle était…simplement elle, ce qui était déjà bien assez déroutant. Et on aime parfois ceux qui nous font aussi horreur…
Que voulait-elle dire par singulier ? Probablement la définition même du mot. Vous n’êtes pas comme les autres. Je vous ai reconnu parmi la foule ; vous n’êtes pas un visage anonyme parmi d’autres. Et plus encore, il l’intriguait. Il avait fait un discours ardent et il craignait de se faire refouler. Il agissait comme si elle allait forcément le rejeter la seconde d’après. Il avançait comme s’il n’avait rien à perdre, comme si l’espoir qu’il formulait en elle devait forcément être déçu. Telle est l’attitude de ceux qui se méprisent, et qui, par conséquent, pensent que l’attention des autres ne sera jamais tournée vers eux. On creuse son propre échec, en croyant qu’on n’est qu’ombre, or il arrive que l’ombre retienne le regard et même qu’on lui trouve quelque beauté, voire plus.
Mais il doutait, malgré ses explications (confuses, certes, à moitié implicites, certes). Il la croyait folle. Bizarrement, ce n’était pas le premier à le penser, mais elle détestait ce regard-là sur elle. C’était si facile, pour les autres, de la croire folle ! Ils n’avaient jamais vécu ce qu’elle avait vécu, ce basculement de vie en à peine vingt-quatre heures ! Elle avait ses blessures comme tout le monde, mais parce qu’elle avait fait les mauvais choix, parce qu’elle était extrême en un sens, jalouse et tourmentée, devait-elle être folle ?! Comme s’ils n’auraient pas fait pareil, à sa place ! Je parie que vous auriez fait la même chose ! C’était un meurtre, mais pas un crime !


« Et si j’avais insisté pour y aller, qu’est-ce que vous auriez fait ? »

Voilà quelque chose qui la laissa stupéfaite. Il ne tempêtait pas…ne lui jetait pas un regard de haine ou de colère…ne s’en allait pas en la plantant là…non, il continuait à poser des questions, comme si telle attitude de sa part était parfaitement naturelle. Comme si elle avait eu raison de faire ce mensonge, comme s’il l’acceptait, le comprenait. Elle en resta silencieuse une seconde immense, avant de répondre, hésitante :

« Je…j’aurais dit qu’elle était annulée…certainement…je veux dire…j’étais presque sûre que vous ne réagiriez pas de façon positive… »

Oui, elle avait pensé le voir jaloux, quand il avait parlé de la fête, quand il n’avait pas réagi de façon autre que glaciale à l’ami chanteur qui avait ramené sa veste et son sec…Elle connaissait bien cette attitude, après tout, jalouse comme elle l’était elle-même. Elle aurait eu la même réaction, et avait voulu le vérifier. Car jalousie impliquait une affection telle que les inconnus n’ont pas l’un envers l’autre, au bout d’une demi-heure de connaissance.
Et elle continuait à s’expliquer, malgré tout. Comment pouvait-il encore l’écouter sans mépris, mais au contraire avec un sourire approbateur ? Au moins, comprenait-il (à défaut de saisir tout le reste) qu’elle voulait bien de lui pour cette soirée, qu’elle ne tenait pas à le voir décamper, non, au contraire. Elle n’y était pour personne, auparavant ; mais là, elle était présente pour quelqu’un.


« Cet aveu est-il un test, à l’instar de votre mensonge ? »

Encore une fois, cela la déconcerta grandement. Elle fut perplexe, restant immobile, bien que près de lui. Au passage, si elle s’était rapprochée, c’était simplement parce qu’elle n’avait pas le droit, par exemple, de toucher l’épaule de Roxas en signe d’approbation de ce qu’elle disait, pour renforcer son discours, le convaincre. Il ne l’avait pas touchée, sauf pour lui serrer la main ; cela n’autorisait donc pas plus de contact physique (si elle savait seulement ce qui allait advenir vingt secondes plus tard), mais se rapprocher était un moyen de l’assurer qu’elle ne lui mentait pas. Oui, les questions de Baldwin était décalées, inattendues…que cherchait-il ? Que voulait-il ? S’il cherchait le bâton pour se faire battre, cela avait l’effet inverse.
Elle ne jouait pas. Elle ne fuyait pas, n’éludait pas. Elle était dans la réalité, pas sur scène. Et bien que la Tosca fictive et la Tosca réelle soient identiques, il l’ignorait encore, que la femme réelle était aussi vraie et passionnée que celle vue sur scène. Il allait bientôt l’apprendre à ses dépens. « Bientôt » arriva d’ailleurs trois secondes après qu’il eût posé ses lèvres sur les siennes pour l’embrasser. Une seconde pour comprendre ce qui arrivait, une seconde pour que le visage de la cantatrice s’empourpre, une seconde pour lui mettre une gifle. Elle recula vivement de deux pas, le regard flamboyant.


« Voilà ! Voilà ! Vous n’avez rien compris ! » Elle dut s’interrompre pour trouver les mots, dans un mélange d’exaspération et de désolation. « Je ne voulais pas être coquette avec vous ! Je n’ai pas accepté votre invitation parce que je voulais vous séduire ! »

Elle s’écarta, marchant comme une lionne en cage, jetant des regards brefs à Roxas, avant de revenir vers lui, se tenant malgré tout à bonne distance.

« Ne recommencez jamais ça sans mon autorisation, sinon… »

Sinon quoi ? Elle s’arrêta encore dans ses mots, le fixant péniblement, le regard lancinant, presque déçue. Sinon, je vous poignarderai comme le dernier qui a fait ça ? Peut-être n'aurait-elle pas dit non à avoir un couteau sous la main, certes. Allons, elle était folle, complètement folle. Baldwin ne savait rien. Il n’était pas comme l’autre. Néanmoins, elle était hantée par cette pensée, elle la redoutait, elle en avait la peur au ventre. Mais devait-elle s’en prendre à lui ? Plutôt à elle-même. Allait-elle vivre comme ça toute sa vie, se tenir sur ses gardes dès qu’elle voyait un homme inconnu qui lui manifesterait un intérêt amical ou amoureux ? Son ancien fiancé lui en aurait profondément voulu, certainement. Il savait qu’il mourrait bien avant elle. Et n’aurait pas voulu qu’elle gâche sa vie pour son souvenir. Elle écarta les bras, à la fois désolée pour lui, et aussi furieuse contre elle-même.

« Je m’excuse, » dit-elle, la gorge serrée. « Je suis veuve, monsieur Baldwin. J’ai perdu mon fiancé lors de la Guerre de ces dernières années. Vous ne pouviez pas savoir. Je veux bien passer la soirée avec vous, mais je ne suis pas libre de cette manière. Vous ne pouviez pas savoir, » répéta-t-elle, pour le convaincre, le sang bouillant encore dans ses veines, comme l’élan de fureur qui l’avait invitée à le gifler.

Il ne pouvait pas savoir, en effet, le léger trouble né en son cœur à l’instant où ses lèvres avaient porté le baiser ; le fragile tremblement qui avait parcouru son âme pendant la deuxième seconde ; ce n'était sans doute pas conscient, car si cela n'avait été brutal, elle aurait volontiers dit sans détour "navrée, mais je n'ai pas eu de coup de foudre pour vous !". Car évidemment, pour elle, on ne pouvait embrasser sans avoir une part d’affection ; et cela faisait trois ans qu’elle avait oublié la sensation que cela faisait d’être aimée.


_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Dim 14 Oct 2012, 22:44

Mon péché, mon obsession, désir fou qui me tourmente
Qui me tourne en dérision, qui me déchire et me hante...
Petite marchande d'illusions, je ne vis que dans l'attente
De voir voler ton jupon et que tu danses et tu chantes !

Tu vas me détruire -- Luc Plamondon
Un cœur brisé et dédaigné peut-il se réparer ? C'est toute la question. Comment accorder une once de confiance à celui ou celle qui vous a trahi ? Comment oublier le passé, lorsqu'il est jonché de déceptions et de contrariétés ? A priori, je doutais que mon cœur puisse encore être capable de faillir ; non pas que je fus marmoréen et inébranlable, mais simplement parce que j'avais trop vécu. Mon cœur, comme bien d'autres, avait été malmené et contraint à saigner nombre de fois. A chaque larme versée, une pellicule de calcaire se déposait sur ce cœur, bientôt aride et de pierre encerclé. Ce n'était pas ma faute. Bien sûr, il arrivait à la pierre de trembler, quand elle se devait de contenir un élan trop prodigieux de passion. Vous n'imaginez pas la souffrance alors éprouvée... Au demeurant, l'altération était irrémédiable. Elle en venait même, plus d'une fois, à relativiser toute l'affection que je pouvais vouer à Fran. Cette femme, je l'avais longuement haïe et idolâtrée, sans savoir vers quel sentiment je devais définitivement me tourner. Mais après tout ce qui avait été tu et ce qui avait été fait... Après toutes ces paroles méprisantes et venimeuses qu'elle s'était permise de prononcer ; je n'étais plus sûr de rien. Certes, je n’avais pas renoncé à elle. Comment le pourrais-je ? Qui sait, peut-être serait-elle un jour mienne ? Cependant, si cela devait ne jamais arriver, je ne voyais pas pourquoi je la laisserais goûter à un bonheur dont j'étais privé. J'avais eu vent de l'homme qu'elle admirait et qui osait la souiller, dès lors que l'envie l'en prenait. Lannister m'était insupportable. J'avais prononcé des paroles, jadis, qui ne cessaient d'arpenter mon esprit : elle n'est pas mienne, soit... Personne ne l'aura. J'aurais pu me frapper seul la tête contre un mur, en vérité. Contemplez par vous-même la bêtise humaine. Je faisais face à une cantatrice sublime qui ne me fuyait pas, et je ne trouvais qu'une chose à faire... La dérouter, l'inciter à revenir sur sa décision, tout en m'apitoyant intérieurement sur mon sort, en songeant à Fran. Fran... A jamais.

"Je…j’aurais dit qu’elle était annulée…certainement…je veux dire…j’étais presque sûre que vous ne réagiriez pas de façon positive…"


Pourquoi ? osai-je demander, comme si la réponse ne me paraissait pas parfaitement évidente.

Peu importe, après tout. Au diable tous les soupçons, tous les doutes et ce trouble jeu inconsistant. Si je brûlai de la connaitre d'avantage, j'étais également attisé par une toute autre flamme. Une flamme pleine de saveurs et de dangers... Il ne tenait qu'à moi de m'approcher pour la frôler, pour cueillir cette fleur et me plonger dans ces yeux céruléens... Malheureusement, les roses les plus belles sont parfois les plus épineuses. A peine nos lèvres se furent-elles caressées que la fleur s’empourpra, s'écarta, me gifla.
Je me suis reculé, nettement refroidi par cette fille de rien qui n'y était pas allée de main morte. Pour la suite... Que voulez-vous que je vous dise ? Comment vous sentiriez-vous, vous, si une femme vous baffait, avec toute l'ardeur dont elle était capable, après que vous ayez tenté de l'embrasser ? J'éprouvai un sordide mélange de colère, de frustration et malgré tout de honte, envers ce qu'il venait de se passer.

"Voilà ! Voilà ! Vous n’avez rien compris ! Je ne voulais pas être coquette avec vous ! Je n’ai pas accepté votre invitation parce que je voulais vous séduire !" s'époumona-t-elle.

Eh bien... ! Si l'expéditeur anonyme de la rose noire avait eu le don de malmener ses nerfs, je crois que je venais littéralement de les faire exploser. Très bien. Elle n'avait pas accepté l'invitation pour ce que je projetais... Alors, à quoi bon ? En connaissait-elle beaucoup des hommes qui consacraient leur soirée à une inconnue, dans le seul but de bavarder au sujet de la pluie et du beau temps ? Était-elle naïve à ce point ? Que cherchait-elle ? Que voulait-elle ?!
Nos deux silhouettes, noires et mal dessinées dans la nuit qui nous enveloppait, s'opposaient radicalement. Elle était fulminante, agitée, voilà qu'elle tournait autour de moi, comme une prédatrice fiévreuse de hargne. Moi, je demeurai immobile, presque inerte, pale comme la mort. J'étais pris en faute, et pris au dépourvu, d'ailleurs, face à tant de colérique passion. Mon regard était probablement la seule chose qui continuait de vivre.

"Ne recommencez jamais ça sans mon autorisation, sinon…"

Sinon ? Pourquoi Diable ne terminait-elle pas sa phrase ? Je n'avais qu'une envie, lui répéter, lui crier ce "sinon" dont elle avait usé pour me menacer. Jusqu'où serait-elle prête à aller ? Ou plutôt, que serait-elle capable de faire, avant que j'use moi-même de menaces ?! Je l'écoutai, je l'observai, je l'écoutai... Inlassablement... L'instant qui précédait, si doux, si porteur d'espoir, était anéanti à jamais. Tout semblait brouillé maintenant que le sang battait mes veines. La colère s'emparait progressivement de mon être tandis que mes yeux suivaient cette femme qui m'inspirait tout à coup le mépris le plus complet. Je voyais de tout dans ses yeux à elle. De la fureur, bien évidemment, mais également du regret... Qu'elle ne s'avise pas d'éprouver de la pitié à mon égard...

"Je m’excuse. Je suis veuve, monsieur Baldwin. J’ai perdu mon fiancé lors de la Guerre de ces dernières années. Vous ne pouviez pas savoir. Je veux bien passer la soirée avec vous, mais je ne suis pas libre de cette manière. Vous ne pouviez pas savoir." enchaîna-t-elle, légèrement calmée.


Vous croyez être la seule âme endeuillée de cette foutue ville ?

Croyait-elle donc que j'allais compatir à son destin regrettable, après l'humiliation qu'elle m'avait infligé ? Croyait-elle que j'allais pleurer un amant perdu dont je ne savais rien, et que je n'avais jamais connu ? Je n'avais que faire de son excuse ou de son chagrin ! L'effort de courtoisie et d'élégance que je m'étais imposé, en sa présence, s'était brutalement effondré. Un masque de plus était tombé. Le mien. Mon premier. Comment aurais-je pu dissimuler la haine et la colère qu'elle m'inspirait ? Les poings crispés, je l'observai, tentant vainement de lutter contre le démon qui me jurait de crier vengeance. Mais vengeance pour quoi ? Pour un geste inconscient, fruit de la peur et la méfiance plus ou moins rationnelles d'une femme ? Certes non. Ce regard bleu, vibrant, empli de déception, qu'elle venait de me lançait... Je l'avais déjà rencontré... Il était alors à la fois si différent et si similaire... L'espace d'une seconde, j'avais cru revoir Fran, et les paroles sèches, méprisantes, qu'elle m'avait lancé, la dernière fois que je la vis... Sans doute n'était-ce que le fruit de mon imagination, et pourtant, les faits étaient là. Je n'inspirai que dégoût à Tosca. Peut-être étais-je condamné à cela auprès de toutes celles qui auraient pu me sauver. Pourquoi... Pourquoi la fatalité devait-elle indéfiniment m'écarter des rangs de l'humanité ?! Pourquoi ne pouvais-je pas entretenir ne serait-ce que l'ombre d'un espoir, au sujet d'une femme que j'étais incapable de ne pas aimer ? Fran... Même lorsque nous étions amis, je mettais l'infini dans des minutes qui n'étaient rien pour elle. Il en allait, ce soir, de même pour Tosca... Fou ! Fou ! Mais quel raisonnement nous préserverait de cette insupportable douleur, lorsque l'être adoré dont l'approche est nécessaire à notre vie même physique, se résigne d'un cœur indifférent (satisfait peut-être), à notre absence éternelle ? Nous ne sommes rien pour celle qui nous est tout.
Je me suis approché de l'objet de tous mes tourments, j'ai aussitôt reculé. De quoi étais-je capable dans l'état où je me trouvai ? Valait-il la peine de se damner d'avantage, au nom d'une petite sotte qui ignorait quels volcans endormis elle avait éveillé ? Malgré ma pâleur et ma retenue, si les yeux sont effectivement les miroirs de l'âme ; mon regard devait être abject et terrible. Toutes ces pensées folles s'étaient emparées de moi et m'avaient dominé, de manière infaillible, sans que je puisse lutter contre. Je n'étais qu'un pécheur, un damné qui s'était trop profondément plongé dans les ténèbres. J'aurais pu ne reculer face à rien... Au demeurant, toute cette monstruosité n'était pas dénuée de souffrance et de désespoir. Fran m'était inaccessible. Pourquoi devais-je retrouver ses regards ou ses traits, dans les visages de celles qui lui étaient étrangères ? Et puisqu'elle était inaccessible, cette fatale enchanteresse, peut-être était-ce ses larmes, que toute ma vie, je devrais faire couler sur des figures étrangères. Oui, peut-être Tosca devrait-elle pleurer pour un crime qu'une autre avait commis.


Alors ? Que feriez-vous s'il me venait l'idée de recommencer ? insistai-je.

Je m'enflammai, je commençai à perdre la raison. Il fallait me reprendre, avant de tout gâcher. Qui sait ? Peut-être ne l'avais-je pas perdue à jamais, malgré la démence qui m'avait infiltré. Elle n'avait rien à voir avec Fran, voilà tout ce que je me répétai, malgré ce qu'il s'était passé. Après tout, elle aussi, ne pouvait pas savoir... J'ai levé brièvement les mains en l'air, comme pour lui prouver que j'étais désarmé de cette arme imaginaire que l'on appelle la folie. C'était un signe de résignation et de renoncement, ainsi que de calme reconquis. Allez savoir ce qu'elle avait pu imaginer, lorsque je me suis égaré ? M'aurait-elle cru capable de la violenter ou la forcer à quoique ce soit ? Cela ne m'avait-il vraiment pas traversé l'esprit, l'espace de quelques secondes ? Ce ne serait certes pas la meilleure carte à jouer... Plus posé et serein, j'enchaînai :


Vous étiez souriante tout à l'heure. Vous êtes plus belle quand vous êtes heureuse. C'est à moi de m'excuser, pour l'affront dont je suis l'auteur, et la grossièreté dont j'ai fait preuve... Mais il me semble que vous ne devriez pas tout gâcher ou vous priver d'un bonheur que chacun convoite, au nom d'un fantôme... Dites-moi que vous avez détesté ce baiser et que je vous fais horreur, et je partirai. Vous avez ma parole.

Allais-je réagir aussi bien que je le promettais, en cas de nouveau rejet ? Rien n'était moins certain, mais un nouveau masque était placé.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Mer 17 Oct 2012, 02:10

Un cœur trahi peut-il encore accorder la confiance à celui qui l’a blessé ? Une âme peut-elle encore croire les mots d’une personne qui a menti ? Quelqu’un avait dit que les vraies amours n’avaient jamais de fin. Si telle était là la réponse, alors la Tosca y adhérait certainement. Elle savait bien la douleur que cela provoquait, la souffrance endurée. Plût à Dieu que Roxas jamais ne se repose la question de savoir si la vraie Tosca ressemblait à celle fictive, car alors il saurait tout – et peut-être que c’était inévitable quelque part. Il avait sans doute vu la crispation (plus ou moins réelle) s’inscrire sur son visage, comme la peine dans ses yeux, lorsque le fictif amant, comme le vrai, lui avait lancé « Sois maudite ! Tu m’as trahi ! » et puis, ne l’avait-elle pas par la suite mené à la mort, involontairement ? C’était donc cela, la perte d’un cœur trahi ; une spirale qui ne cesse de se dérouler, pour ne finir que dans la mort. Et cela, même si les amours ne finissaient en vérité jamais…
Si un autre point devait les rapprocher, elle et Roxas, c’était que, insensés qu’ils étaient, ils se perdaient trop souvent dans le souvenir de la personne qu’ils aimaient ou avaient aimé, bien que toutes deux soient inaccessibles, pour l’un comme pour l’autre, bien que pour des raisons différentes. Ils se parlaient et se regardaient, et au fond de leur tête, c’était toujours la même pensée fixe, comme si en apparence ils y étaient ; mais l’esprit était ailleurs, tourné vers le passé, toujours vers un passé qu’ils ne faisaient que ressasser sans jamais aller de l’avant, vers les mêmes obsessions. La rencontre de ces deux êtres qui avaient par moments le même fonctionnement de pensée, les mêmes attitudes, était-elle un pas vers un salut que tous deux ne recherchaient pourtant pas, trop égoïstes pour voir autour d’eux ? Ou bien, encore une fois, ce qui pouvait les sauver ne ferait-il que les détruire tous deux ? L’histoire se répète sans fin…


« Pourquoi ? » interrogea Roxas, comme s’il ne comprenait pas sa précédente réponse.

Floria releva les yeux vers lui, l’air un peu perdu. Ne saisissait-il pas ce qu’elle voulait pourtant dire ? La réaction de Roxas n’avait-elle pas été suffisante ? Ou s’était-elle trompée à ce point sur lui ? Déstabilisée, elle essaya d’écarter le doute de son esprit. Elle était pourtant tellement sûre de l’attitude de Roxas ; elle avait tellement assimilé l’absence d’expression, son discours de tout à l’heure, aux conséquences d’un caractère jaloux. Un caractère comme le sien.


« Parce que vous avez eu la réaction d’un homme jaloux, et je l’ai reconnu, même si je n’étais avec vous que depuis quelques minutes. Parce que j’aurais réagi comme vous, » avoua-t-elle, avec ce que cela impliquait – le fait qu’ils se ressemblaient, qu’il était comme elle, ou qu’elle était comme lui…

La flamme qu’il ressentait, il aurait été faux de dire qu’elle la ressentait. Certes, Floria éprouvait de la curiosité à l’égard de cet homme si sombre et qui portait comme le poids du monde sur ses épaules, et les rêves des autres, sans jamais pouvoir atteindre le sien. Quant à un quelconque autre feu…son côté froid le lui permettait-elle seulement, ou bien était-elle encore trop hantée par le visage de cet humain qu’elle avait aimé, de cet humain qui lui répétait qu’il disparaîtrait avant elle, et dont elle taisait les mots en l’embrassant ? La mort n’était cruelle qu’en pensant à lui…Etait-ce parce que les humains, pour les immortels, n’étaient que des fantômes en devenir, qu’il fallait pour autant les chasser du jour au lendemain, quand ils pouvaient tant apporter, vous faire vivre ? Ou bien vous blesser et vous rendre hésitants et coléreux, comme venait de le faire Roxas à l’instant, en l’embrassant.
Elle se dit qu’elle aurait dû regretter son geste, mais aucune excuse ne serait sortie de ses lèvres. Pour autant qu’elle sache, elle n’avait pourtant laissé aucun signe paraître, pouvant signaler qu’elle était libre de cette manière…ou bien avait-il trop bien interprété son
« je n’y suis pour personne, je n’attends personne ce soir » de manière bien trop libre ? Elle s’en serait mordue les lèvres, ou giflée elle-même. En attendant, c’était à lui qu’elle avait décroché une claque – et pourtant, il n’y était pour rien. Mais est-ce que ça se faisait d’embrasser ainsi une femme qu’on ne connaît que depuis un moment ? Et dont on ignore les sentiments ? En mal ou en bien, Tosca avait malheureusement des idées encore diablement romantiques, plus vraiment d’actualité. Dieu savait qu’elle n’avait pas voulu le séduire ou l’induire en erreur ! Une gifle était la réponse la plus tranchante, trop peut-être…Elle le regrettait un peu.

Elle s’était écartée de lui, et ne pouvait désormais que constater avec des yeux écarquillés, la rage qui semblait l’animer, parsemée d’éclats de culpabilité et de honte, qu’il semblait incapable de contrôler. Elle n’avait encore jamais vu tel mélange d’états d’âme sur le visage d’un homme, et elle recula d’un pas. Naïve à ce point, peut-être ? Qui sait ? Elle avait simplement l’espoir que tous les hommes ne cherchaient pas la même chose. Elle ne voulait pas d’un monde où n’existaient que des Scarpia, mais aussi des Davos, des Angelo, des Stannis…le monde ne pouvait être réduit toujours aux mêmes catégories, au même type d’homme à toujours craindre, tant qu’on ne savait pas ses intentions. Furieuse et quelque peu blessée à l’idée qu’il ait pu la croire « facile », elle tournait autour de lui, sans s’en rendre compte, ses pensées cogitant dans sa tête et son cœur battant à grands coups dans sa poitrine, sans que la raison parvienne à reprendre le dessus sur son émotion. Sans quoi, elle aurait simplement interrompu le baiser en reculant d’un pas, avec tact. Mais non, il avait fallu qu’elle réagisse violemment, toujours à l’extrême.
Et il restait à nouveau immobile, comme si sa gifle ne l’avait pas atteint, physiquement du moins ; la seule preuve de son émotivité brûlait à l’intérieur de ses yeux, ses prunelles étant comme la seule animation de son visage pâle et immuable. Comme une statue dont seuls les yeux trahissaient la vie, la colère et la frustration. Plus elle croisait son regard, plus elle sentait sa propre colère se liquéfier et se glacer, car il lui semblait que ce n’était rien face à celle de Baldwin. Il envahissait l’espace autour d’eux, semblait tout dévorer, paradoxalement, par son attitude figée, et pourtant, c’était la fièvre de son regard qui semblait tout consumer et la figer sur place. Cela provoquait un effroi fasciné, qui n’était pas totalement inconnu.
Pourtant, les yeux glacés de Baldwin semblaient l’avertir que la limite était proche ; mais quelle limite ? Il était dangereux d’avoir de la pitié, semblait-il la prévenir. Dangereux de revenir sur ce qu’elle venait de faire, en le prenant pour vulnérable…Mais elle n’avait pas ce type de regard ; elle avait un regard dans lequel il ne se lisait ni pitié, ni jugement, seulement l’attente.


« Vous croyez être la seule âme endeuillée de cette foutue ville ? »

L’emploi de « foutue » la fit tressaillir, tout comme le terme de deuil l’avait fait baisser le regard. N’était-elle qu’égoïste, au fond ? Elle n’était pas la seule à avoir perdu un amant, un frère, un père, un ami, ou n’importe quelle autre relation ; cela avait été le destin de centaines de gens durant la guerre. Comment ses plates excuses pouvaient-elles donner lieu à quelque compréhension, quand tout le monde était plongé dans le même gouffre ? Et pourtant, les gens continuaient à vivre, les uns pour les autres. Ils continuaient à vivre malgré les pertes. Roxas avait-il raison d’être aussi en colère ? Peut-être bien. Ses poings se crispaient et elle pouvait lire la haine et la rage sur son visage. Oui, un autre masque était tombé. Il n’avait plus rien de l’homme bienveillant quoiqu’un peu triste, plus rien de la courtoisie polie mêlée d’un certain charme mystérieux. Ses sentiments se lisaient nus sur ses traits, et intérieurement il devait crier vengeance, la traiter d’elle ne savait-quoi, lui en vouloir…
Comment aurait-elle pu savoir à nouveau que sous le masque d’élégance polie, il y avait un nouvel homme qui se dissimulait, cette fois formé par la colère et le ressentiment ? Les monstres intérieurs ou extérieurs se cachaient sous des masques d’apparence nacrée et pure, pour mieux dissimuler leurs penchants ou les violences de leurs sentiments.

Quand il s’approcha d’elle, le tourment de ses émotions contradictoires brûlant toujours dans ses yeux, elle recula de nouveau, mais il s’éloigna, revenant en arrière dans une distance de sécurité, entre lui et elle. Elle ne fuyait pas, peut-être parce qu’elle l’avait promis ; ou bien que parce que Baldwin semblait bel et bien dévorer l’espace qui l’entourait, l’écraser de sa présence créée par la confusion de son âme, et qu’il ne semblait pas y avoir d’issue. Et quelque part, elle n’était pas non plus femme à trembler devant lui, ou à fuir. Pourtant, le masque d’humanité qu’il avait eu disparaissait sous l’acuité violente de son regard ; s’il était devenu fou, cela ne l’aurait pas étonnée. Et quelque chose de nouveau passa dans son regard, comme une vague glacée de compréhension, de pensées étrangères ; elle eut un bref instant la sensation qu’il ne la voyait pas telle qu’elle était, mais que tous les sentiments qu’il éprouvait comme une vague déferlante depuis tout à l’heure appartenaient à la haine de quelque d’autre, ne vivaient que pour quelqu’un dont elle n’avait pris la place que par le plus pur des hasards…


« Alors ? » reprit-il, voyant qu’elle ne répondait pas. « Que feriez-vous s’il me venait l’idée de recommencer ? »

Elle secoua la tête, portant brièvement la main à son front, ne sachant que répondre devant la violence dont était encore imprégné le ton de Baldwin. L’instinct de survie lui criait sans doute de fuir mais elle n’écoutait pas ; si elle le faisait, qui savait ce qui arriverait, à nouveau ?

« Je ne sais pas, » parvint-elle à dire – elle ignorait où se trouvaient ses limites ; elle en avait atteint certaines par le passé ; Tosca n’a jamais été aussi tragique sur scène que dans la vie réelle ! « Mais ce serait terrible ! » acheva-t-elle, difficilement, comme répugnant à dire ce qui lui sortait du cœur.

Il leva alors les mains en l’air, comme vulnérable ; mais quel être pouvait être vulnérable quand autant de mal avait ruisselé de ses prunelles ? Elle ne savait pas ce qu’il aurait fait, certes, et c’était cet inconnu qui la faisait frémir – qui sait ce qui aurait pu être ? Elle l’ignorait ; elle savait juste en effet, que cela aurait été terrible. Et cependant une attitude calme revenait sur son visage, comme s’il parvenait enfin à se maîtriser, comme s’il comprenait qu’il avait fait une erreur. Foutaises ! Elle se tenait sur ses gardes, car on ne pouvait être aussi passionné et ardent pendant un instant, pour redevenir de glace ensuite…n’est-ce pas ? L’explosion allait rejaillir d’un moment à un autre, et cette fois, tout brûler, tout détruire. Pourquoi s’engageait-elle à faire des promesses qui ne menaient qu’à une fin qui ne pouvait être graciée ?


« Vous étiez souriante tout à l’heure », dit-il alors, calmement. « Vous êtes plus belle quand vous êtes heureuse. C’est à moi de m’excuser, pour l’affront dont je suis l’auteur, et la grossièreté dont j’ai fait preuve… »

Elle releva la tête, osant braver son regard qui n’était plus de lave, mais était redevenu comme le calme d’un lac après la tempête. Elle la jaugea, comme pour voir si ce revirement était sincère ; elle ne savait qu’en décider. Elle avait envie de fuir, mais elle le refusait. Elle ne tournerait plus le dos à ce qui pouvait arriver ; elle l’affronterait en face, comme la dernière fois. La cantatrice ne fit que répondre, directement :

« Et si le sourire est un masque, autant que votre élégance en était un ? Si nous sommes tous deux nus face à face et que nous nous révélons autres ou trop sembables ? Que feriez-vous ? Our feelings bared, beneath a moonless sky ? »

Son ton avait quelque chose d’à la fois déterminé et froid ; comme un défi, comme une bravade, une question dont dépendrait peut-être tout le reste.

« Mais il me semble que vous ne devriez pas tout gâcher ou vous priver d’un bonheur que chacun convoite, au nom d’un fantôme…Dites-moi que vous avez détesté ce baiser et que je vous fais horreur, et je partirai. Vous avez ma parole. »

Sa parole ? Mais que valait la parole d’un homme blessé ? Guère plus que celle d’une femme blessée. C’est quand le poison frappe qu’on se sent le plus volontaire à agir contre son propre intérêt, simplement pour s’en débarrasser, pour ôter ce qui ronge le corps et l’âme. Quant au bonheur que chacune convoitait, elle aurait pu en sourire. Tel bonheur avait existé avec son fiancé. Comment pouvait-il être sûr qu’il renaîtrait avec un autre ? Comment pouvait-il y croire…quand elle-même n’y croyait pas ?
Néanmoins, il avait raison, soufflait la voix de celui qu’elle avait aimé dans son esprit. N’avait-il pas raison ? Il avait été poussière et y était retourné bien avant elle. Et elle gâchait tout pour un homme qui ne reviendrait jamais, mais lui avait fait jurer qu’elle devait être heureuse après lui. Elle bafouait les derniers vœux d’un mort, n’est-ce pas ? Mais donner une chance à un autre, n’est-ce pas trahir celui qui avait partagé sa vie pendant des années ?
Et il lui avait posé une question sans en avoir l’air ; avait-il deviné la franchise qui était l’un des principes les plus profonds qu’elle avait ? Avait-il eu le temps de sentir le frémissement qui l’avait parcourue, pendant ces courtes secondes où il l’avait embrassée ? Elle ferma les yeux, profondément, et les mots étaient dans sa tête, les mots de cette soirée –
And I heard those ravishing refrains : the music of your pulse – the singing in your veins. Elle rouvrit les yeux ; elle ne pouvait se résoudre à mentir, quand bien même cela la condamnait.

« Je ne vous ai pas détesté. »

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Dim 21 Oct 2012, 21:23

Au fond, même si certaines âmes étaient particulièrement inexpugnables, je me figurais que chaque individu était le souverain de sa propre forteresse. Qu'est-ce qu'était une relation ? Un pont fébrile bâti entre deux bastions. Il est des hommes qui prenaient les forteresses d'assaut, d'autres qui avançaient lentement, doucement, pour être accueillis en amis, et peut-être étaient-ils les plus déroutants. Il ne tenait -selon moi- à rien avant que les jonctions ne soient brisées et ensevelies par ces despotes. Il parait tellement aisé de rompre tout lien avec celui qui vous a trahi, sans aucun doute plus qu'avec celui qui vous a déçu... Une désertion, une traitrise, c'était le néant de l'âme, c'était contempler ce vide abyssal qui tenait en lieu et place du viaduc qui vous avait permis de rire et aimer. L'autre n'était plus qu'un point obscur, perdu dans l'horizon et tout à fait inaccessible. Et malgré tout, il est des fous qui tentaient de recoller les morceaux. Pardonner, oublier, créer un nouveau lien, était-ce seulement plausible ? Une reconstruction ne pouvait égaler l'édifice original, et menaçait même plus dangereusement que jamais de s'écrouler sous vos pieds.
Je ne savais -hélas !- comment définir ma relation avec Fran, peut-être parce qu'il n'y en avait aucune... Elle n'était plus qu'une ombre et une pensée... Il en était à se demander si je n'avais pas crée de toutes pièces cette obscure passion, cet amour -ou devrais-je dire ce cauchemar- insensé. Je marchais, aveuglément, dans le vide et les ténèbres, en quête d'une femme qui s'était habituée à mon absence, et pire, s'en était contentée. J'avais tout fait pour elle ; non pas le meilleur, mais le pire. Je portais encore les stigmates, tant physiques que moraux, des trahisons que j'avais du lui infliger, et pour lesquelles je m'étais flagellé, pour ainsi dire. Mais toutes mes tentatives, tous mes abandons, toutes mes insensées déclarations n'avaient fait que m'enfoncer plus en avant dans le regret, sans jamais m'accorder ne serait-ce qu'un soupçon d'espoir. Elle était à un autre. Je la détestais pour cela. J'étais incapable de renoncer à elle, au demeurant, il fallait que je m'affranchisse de cette obsession.
La moindre de mes interventions semblait surprendre, ou du moins prendre au dépourvu, cette cantatrice dont je ne savais rien, et qui me connaissait encore moins. Et pourtant, nous étions là, à nous considérer et nous évaluer l'un, l'autre, tout aussi incapables de comprendre cette hystérèse que de s'en échapper.

"Parce que vous avez eu la réaction d’un homme jaloux, et je l’ai reconnu, même si je n’étais avec vous que depuis quelques minutes. Parce que j’aurais réagi comme vous." me confia-t-elle.

Je l'ai observée, respectant l'un de ces silences qui disent tellement plus que les mots. Oui, elle avait raison. Peut-être parvenait-elle, malgré tout, à lire en moi comme dans un livre ouvert, tout en se voilant la face, dès lors que les révélations lui paraissaient trop démentes. J'ignorai, à ce moment précis, s'il fallait me contenter d'avoir rencontré une telle femme, ou en être peiné. Son pressentiment ne trompait pas son jugement parce qu'elle était similaire. Certaines personnes ne paraissaient perspicaces, qu'à tort. Trop souvent, on ne reconnait chez les autres, que ce qui est enfoui au plus profond de nous. La jalousie, non pas celle du luxe matériel ou du bonheur, mais celle de la présence, de la possession de l'autre, lorsqu'elle était poussée à l'extrême, pouvait aisément exclure de toute société ; voilà une chose dont je n'aurais pu douter. Et malgré tous nos malentendus, malgré toutes nos imprécations, suite à ce baiser nocif dont je ne regrettais rien, il arrivait que nos pensées se rencontrent et s'épousent. Je l'ignorais encore cette nuit-là, mais peut-être vouions-nous la même aversion à l'égard de la mortalité. J'avais l'intime conviction que le plus grand fléau de ce monde était le passager, le temporaire.
L'éphémère.
Sur le moment, je suppose que je n'avais effectivement pas l'ombre d'un contrôle sur ce que j'étais capable d'accomplir ou de ne pas faire (à savoir la laisser partir). L'affabilité, la neutralité n'étaient qu'un masque de cire qu'un éclat de colère et d'affliction pouvait réduire au néant. J'étais probablement terrible, incapable que j'étais d'être remué par le moindre sentiment de désintéressement, d'abnégation ou simplement de compassion. Et pourtant, ne semblait-elle pas aussi terrible que moi ? Son regard était parfois désorienté et apeuré, mais ses pas étaient moins incertains. Je n'étais pas seulement la menace, mais également la proie. En l'embrassant, j'avais franchi ce seuil intime et parfois inaccessible du jardin d'une femme, sans y avoir été invité. Elle pouvait m'en chasser, m'empêcher d'y revenir, mais le mal était fait. J'avais entrevu de quoi cette antre était composée. Peut-être ne me le pardonnerait-elle jamais, tout comme j'avais refusé d'entendre ses excuses.
Tandis que l'atmosphère s'apaisait (dans la mesure du possible), je restai immobile. Qui sait ? Peut-être qu'un pas, un mouvement, eut été l'élément déclencheur d'un mécanisme irrévocable et infernal ? Je ne pouvais pas courir un tel risque. Et puis d'ailleurs, j'étais sidéré par les fantômes qui nous entouraient. "Vous croyez être la seule âme endeuillée de cette foutue ville ?" Voilà ce que j'avais osé lui rétorquer. Et pourtant, les autres m'importaient si peu. Je m'étais dissimulé derrière eux, alors que mes pensées allaient purement et exclusivement vers mes propres fantômes. Certains ne reviendraient jamais... Je n'avais rien fait pour les sauver... Aucun parent ne devrait avoir à perdre son enfant. Le plus ironique demeure sans doute dans le fait que j'allais bientôt me montrer hypocrite même dans un sujet qui me tenait tellement à cœur, parce qu'il me tyrannisait. J'allais oser lui demander de passer outre tous ses fantômes, simplement parce que la vie continuait. J'aurais été incapable de suivre mon propre conseil, d'ailleurs, je ne le désirais pas. Peut-être étais-je un peu spectre moi-même. Un spectre qui ne s'animait parfois qu'au nom du désir, de la haine et de la passion.

"Je ne sais pas. Mais ce serait terrible !" avait-elle répondu.

Qu'aurais-je pu faire ? J'ai reculé à mon tour, plus blême et égaré que jamais. Quel homme n'a jamais reculé devant son propre reflet ? Ces paroles cruciales, fatidiques, je les avais si souvent pensées. Ne les avais-je pas prononcées à quelque âme en peine ? Hélas ! L'on ne mesure l'ampleur de cette menace, que lorsqu'on l'a proférée soi-même. Je n'avais d'autre choix que de croire Tosca sur parole. J'eus l'intime conviction qu'elle ignorait elle-même jusqu'où elle serait capable d'aller. Bien sûr, nous avions des limites. Des limites que nous n'hésitions plus à franchir, lorsque le destin nous emportait. Et nous muait en monstre. Avez-vous déjà rencontré un écho, un tel doublon ? Cette cantatrice était la dernière personne que j'aurais cru capable d'exprimer de telles paroles. Et pourtant, maintenant que je réalisai quelle étrange similarité nous rassemblait, je ne savais plus si je devais en être angoissé ou exalté.
C'est peut-être pour cette raison que mon renoncement fut si hâtif. Oh, peut-être était-il factice et mensonger, au demeurant, j'avais été foudroyé par l'attitude de Tosca. Je savais qu'aucun de nous deux n'était capable de véritable abnégation, que la confrontation pouvait être infinie, fatale. Il me fallait plier le genou, ne serait-ce que pour un temps. Je possédais au moins un atout dont la cantatrice était privée : l'hypocrisie la plus totale. Et puis, au fond, peut-être avais-je malgré tout l'envie folle d'épargner Floria Tosca... Bien entendu, celle-ci n'était pas dupe.

"Et si le sourire est un masque, autant que votre élégance en était un ?" rétorqua-t-elle.


Vous savez ce que disait Wilde ? L'homme est moins lui-même quand il est sincère, donnez-lui un masque et il dira la vérité, me suis-je contenté de répliquer, posément.

Cette citation, comme tous les énoncés de philosophes et d'intellectuels, était probablement plus destinée à troubler les esprits qu'à proclamer la vérité. Au demeurant, il était à supposer qu'elle n'en était pas dénuée. Et puis, peu importe. Mieux valait tout dire que corroborer les propos de Tosca. Bien entendu, il en fallait d'avantage pour tuer ses soupçons.

"Si nous sommes tous deux nus face à face et que nous nous révélons autres ou trop semblables ? Que feriez-vous ? Our feelings bared, beneath a moonless sky ?"

Je savais précisément ce que je ferais si jamais nous nous retrouvions tous les deux nus, face à face. Je doutai quoiqu'il en soit qu'elle puisse goûter à cette plaisanterie, qui n'en était pas vraiment une, d'ailleurs. Hélas ! Était-ce ma faute si cette femme n'était capable de procréer qu'attraction et volupté dans son sillage ? Son apparente froideur ne faisait que fortifier son charme. Nous ne provoquons que trop souvent l'émotion inverse à celle que nous cherchons à engendrer. Voyez, moi, je n'avais tenté que de me faire aimer d'elle, jusqu'ici. Ces choses étant dites, la dernière interrogation de Tosca, qui avait osé cité cette chanson, me laissait relativement muet.


N'est-ce pas déjà un peu le cas ? demandai-je. Voyez par vous-même... Je ne vous ai pas attaquée, et je ne vous fuis pas.

Je n'étais pas aveugle au point de nier le fait qu'un seul faux pas supplémentaire de ma part, pouvait tout gâcher. Elle me testait. Elle me lançait des questions qui s'apparentaient à des ultimatums. Quel mot serait plus approprié ? Elle me lançait ses dernières conditions, sous menace de guerre, et il ne tenait peut-être qu'à moi de maintenir le semblant de paix, ou au contraire, de le rompre. La tension était palpable ; il me fallait pourtant conserver mon calme.

"Je ne vous ai pas détesté." confessa-t-elle finalement.

J'ai aussitôt détourné le regard. Malgré mes folles espérances, je n'avais pas cru qu'elle ait pu apprécier cela. Malgré la franchise qui la caractérisait, comment aurais-je pu deviner qu'elle ne nierait pas une chose pareille ? Six mots. Elle avait prononcé six mots capables de bouleverser nos destinées. Et tout à coup, j'étais assailli de doutes. J'espérais désespérément obtenir une telle réponse, et pourtant, était-ce heureux ? Je n'en étais plus si sûr... Je n'étais capable que de répandre désolation et désordre autour de moi. Avais-je le droit de choisir d'ébranler d'avantage encore l'existence de cette femme, que je ne pouvais finir que par détruire, parce que j'en aimais une autre ?! Il me semblait que la fatalité me laissait un choix bien cruel, un dilemme, qui aurait du ne m'inspirer qu'effroi. Et pourtant, je me suis surpris à apprécier ce sentiment de contrôle, d'importance. Je serai peut-être -sans doute- celui qui détruirait la vie de cette cantatrice talentueuse. Notez l'aspect fascinant de la chose. J'en ai esquissé un sourire léger, mais sincère, cette fois-ci. Pauvre chanteuse qui croyait provoquer le soulagement par une confession, alors que je ne faisais que me réjouir de devenir son futur bourreau. Rien n'est plus impitoyable qu'un homme blessé.


Alors laissez-moi une chance... ! J'ai conscience d'avoir quelque peu... ruiné la soirée, mais permettez-moi de vous revoir. Concédez-moi cela au risque de me voir assister infailliblement à la moindre de vos représentations.

La dernière phrase avait l'apparence, la musicalité d'une plaisanterie, et pourtant, Dieu sait que j'aurais été capable de mener cette menace à exécution.

Je ne vous demande pas de me promettre quoique ce soit. Mais laissez-moi me racheter, vous prouver que je ne suis pas qu'un homme solitaire qui s'élance sur les femmes, sans leur autorisation, continuai-je, en abusant peut-être du ton léger de l'ironie.

S'il-vous-plait, conclus-je, en osant m'approcher à nouveau.

Coule-moi, coule-moi au fond de toi... Coule-moi, que je vois le feu qui brûle en toi...

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Mar 06 Nov 2012, 18:14

Souverain de sa propre forteresse, bien sûr. On choisissait de laisser la porte ouverte ou de donner les clefs, pour mieux s’en réjouir ou pleurer plus tard. Un risque calculé, pour quelque chose dont on ne savait quels seraient les aboutissants. Pour souffrir ou sourire. Il n’y avait que quelques lettres de différences entre ces deux mots, après tout. Pourtant, ils en valaient la peine, n’est-ce pas ? Ils en valaient la peine. Tosca voulait peut-être quelque chose de plus que le simple bonheur ou le simple sourire. Quelque chose de plus grand, de plus profond, de plus riche. Elle était consciente qu’on ne pouvait avoir le rire sans les larmes. La majesté sans avoir touché le fond. Au fond, elle savait qu’elle ne serait pas heureuse éternellement. Si d’ailleurs on pouvait appeler heureux, l’état dans lequel elle était en ce moment. C’était une question qu’elle évitait soigneusement de se poser, se contentant de l’écoulement de la vie de tous les jours. Et puis, comme avait dit Roxas, qu’importait si on devait souffrir, si on pouvait à un moment déclarer cette phrase si simple « Je pourrais dire que j’ai été heureux » ? Il avait eu raison. Combien de fois les gens avaient-ils eu l’occasion de dire cela, au moins une fois dans leur vie ? Autant que l’occasion de dire aux gens à quel point ils comptaient pour eux, avant que le vide de leur absence ne finisse par remplacer le naturel avec lequel ils s’étaient nichés dans votre vie, les rendant comme une part de vous-même – rendant le lien avec eux, ineffable, irremplaçable, avec l’angoisse et le sentiment empli de chaleur que cela entraînait.
Mais le pire était bien entendu pour ceux qui se créaient de ces liens, qui dès le début, ne permettaient aucun espoir, et malgré tout, ils continuaient à s’accrocher, même s’ils devaient en perdre la raison, voire la vie…Et ce sans le moindre regret ; le prix d’une passion semble être insignifiant, tant que cela ne suffit pas pour la consommer, alors même qu’on souffre déjà du plus profond de son âme. Rien ne paraît suffisant. Surtout dans les pires cas, où cela ne suffira jamais. Là était le piège dans lequel se débattait Roxas, pris dans l’obsession d’une femme qui ne serait jamais sienne, à part dans ses rêves.

Il y eut un silence entre Floria et Rafael. Un de ces silences où l’absence de mots, les regards, suffisent pour exprimer plus que ce que les paroles pouvaient dire. Un de ces silences qui se rencontrent et se mélangent, s’accordent mieux que les notes d’une mélodie, où il paraissait si facile de lire dans le regard l’un de l’autre, tant leurs esprits se ressemblaient. Elle l’apprécia pour ce qu’il était, en même temps que cela l’effrayait. Il y avait pire de comprendre l’autre parce qu’il était complètement différent de vous, c’était de le comprendre parce qu’il était un reflet de vous-même. Tout en refusant, néanmoins, d’être totalement comme lui alors que les preuves sont là, évidentes, que votre esprit vous le crie et que vous faites taire cette voix intérieure, qui dit que vous faites face à un reflet…Elle ne savait seulement pas si elle souhaitait plonger dans cette fascination, dans cette vision éveillée, ou si elle souhaitait s’en détourner pour fuir. Pendant plusieurs années elle avait essayé d’agir comme si seul le devoir et la raison comptaient, avant de céder. Et là, il aurait fallu écouter ces voix du cœur qui lui murmuraient que telle situation était unique ? Qu’elle ignorait encore tout de Baldwin mais le connaissait malgré tout ? Cela ressemblait comme aux dilemmes où le cœur nous indiquait la direction à suivre, où on le sait pertinemment, mais où on ne l’écoute pas. Elle se reconnaissait bien plus en Baldwin qu’elle ne s’était jamais rencontrée avec Angelo. Cela avait quelque chose de déroutant et de fascinant. Elle ne savait pas à quoi s’en tenir, tout en en ayant une idée. Comme un non-dit dont elle n’avait aucune difficulté à lire l’implicite.
Et pourtant, l’avertissement revenait dans sa tête, la pensée de la souffrance à peine dépassée
– il est humain, comme l’autre l’a été aussi. Même si je lui donnais une chance, il ne durera pas – le bonheur ne durera pas. Je serais encore condamnée à le voir disparaître, peut-être de manière aussi prématurée. Et pourtant…

Si les pensées de Tosca étaient aussi désorientées, passant d’un extrême à l’autre, il fallait pourtant dire que cela ne se reflétait pas forcément dans ses mouvements. Son regard peut-être. Mais il y avait des gestes qui en disaient plus que les mots, et toute hésitante, toute effrayée ou coléreuse qu’elle était, il y avait ce raidissement dans son corps qui indiquait qu’elle ne céderait pas si facilement. Quand Roxas l’avait embrassé, il s’était lié à elle ; finie, la figure anonyme d’un admirateur parmi d’autre, d’un homme peut-être simplement un peu plus étrange que la plupart, mais également vite oublié ; il avait passé le point où l’inconnu laisse place à quelqu’un qui vous a touché, au sens physique comme au sens figuré. Il avait déclenché à la fois sa colère et son hésitation, il avait ramené des questions qu’elle ne se posait plus à la surface, il avait redonné naissance à la possibilité d’un autre futur que celui qu’elle avait pensé voir s’étendre jusqu’à présent. Il avait commis un acte qu’elle n’acceptait pas, mais il avait aussi soulevé de nouveaux éclairages à la vie qui se présentait. Il s’était inscrit dans son présent, et il ne semblait désormais plus si facile qu’il en disparaisse. Comme tous ces fantômes, ces ombres, ces obsessions qui erraient autour d’eux et dont ils ne gardaient qu’une conscience lancinante, au lieu de vivre et d’aimer, afin qu’ils disparaissent. A quoi fallait-il donc laisser place ? A ce qui était inaccessible et reflétait le bonheur ou le malheur, ou à tout un présent qui était à construire ?
Roxas demeurait encore prudent ; il avait raison. S’il avait insisté de la même manière qu’auparavant, cela aurait fait fuir la cantatrice, plus qu’autre chose. Toute âgée qu’elle soit, elle conservait encore une certaine naïveté. C’était cela qui permettait l’espérance, après tout.

Il avait reculé à sa réplique ; blêmissant brutalement…Elle ne le comprit pas, tout d’abord ; comment telle phrase, dite simplement sous l’effet de l’incertitude et de la colère, pouvait-elle avoir un tel effet pour lui ? La croyait-il terrible à ce point ? Il n’avait sans doute pas tort, certes. On n’était des héros que quand on ne pouvait pas faire autrement. On n’était extrême, capables du pire comme du meilleur, que quand on était complètement acculé et qu’on n’avait pas d’autre choix. Mais la Tosca, si elle était parfois encore naïve, n’était pas dénuée d’intelligence, toutefois. Si Baldwin avait tellement pâli à sa phrase, c’était parce qu’elle avait eu un écho en lui…et commençant à mieux distinguer le reflet d’elle en lui, elle se surprit à penser que c’était peut-être, une autre de ses réflexions qui épousaient les siennes…Le reflet avait donc de la profondeur. De mieux en mieux, ou de pire en pire. Elle ne savait pas si elle devait s’en réjouir, ou prendre la tangente. Elle savait qu’elle pouvait être terrible ; elle savait donc aussi à quel point lui, devait être extrême.
Pourtant, si Tosca n’avait pas tort dans le reflet des échos, elle n’avait sans doute pas raison de supposer que Roxas était forcément comme elle. Elle n’était pas douée d’hypocrisie ou de mensonge ; elle pouvait être insupportable et capricieuse, mais elle n’était pas douée de la même capacité à trahir, illusionner et faire le mal. Non, elle n’était pas dupe, et pourtant, il y avait peut-être cette racine d’espoir qui creusait dans son cœur, qui commençait à aveugler tout le reste.


« Vous savez ce que disait Wilde ? L’homme est moins lui-même quand il est sincère, donnez-lui un masque et il dira la vérité. »

Il avait parlé si tranquillement, comme s’il avait réponse à tout. Les traits de Floria se crispèrent, alors qu’elle recroquevillait ses bras autour d’elle, le considérant avec une attention aigue, douloureuse. Donnez-lui un masque, et il vous dira la vérité…Donnez-moi mon masque de fiction, songea-t-elle, et ne voyez-vous pas que je me dévoile ainsi bien plus que je ne le devrais ? Avait-il deviné cela ? Perturber les esprits, voilà qui était réussi, en vérité. Son regard s’était troublé, sans qu’elle s’en rende compte, mais elle n’avait pour autant pas cessé ses questions. Elle n’avait pas mis tant de temps à construire une barrière de froideur entre le monde et elle, pour s’arrêter si facilement en chemin ! Et pourtant, cela ne suffisait pas…comme si cela créait l’effet inverse. Elle donnait les arguments pour qu’on ne l’approche pas, et c’était pire que lors du temps où elle vivait sans masque ? Que fallait-il donc faire ?

« N’est-ce pas déjà un peu le cas ? » interrogea-t-il, néanmoins. « Voyez par vous-même…je ne vous ai pas attaqué, et je ne vous fuis pas. »

« Pas plus que moi, » rétorqua-t-elle, sa voix cinglante, mais ce fut tout.

La situation restait tendue, et pourtant, il ne répondait pas directement à ses questions, au contraire…il ne faisait qu’en poser des nouvelles. Il jouait l’innocent après avoir été si impulsif, si violent dans son regard, quand toute sa tension s’était ressentie dans la contraction de son corps immobile et immuable. Pourtant, elle devait le reconnaître, il n’avait rien tenté qui pourrait la mener à être terrible…pour l’instant. Il ne l’avait pas non plus fui, et elle devait l’admettre : il y avait à cela quelque chose d’étrangement réconfortant. Elle aurait dû fuir en le voyant commencer à perdre son masque de politesse ; il aurait dû fuir en voyant à quel point elle était simplement lunatique. Lequel était le pire des deux ? Il ne se démontait toutefois pas. Il fallait lui reconnaître un certain courage. Et le fait qu’il se tenait prudent, ne recommençant pas un geste aussi aberrant que le baiser de l’instant précédent.

Ses mots finals, elle ne pouvait dire si elle regrettait de les avoir prononcés ou non, quand il détourna le regard, le jugement étant tombé. Quoi, ne pouvait-il donc supporter la vérité à ce point ? Fallait-il mentir pour l'assurer de sa sincérité ? Elle demeura silencieuse, le même regard obstiné et pénétrant posé sur lui. Comment aurait-elle pu se douter qu’elle venait de se condamner aussi sûrement que si elle avait mis son droit de vie et de mort, entre les mains de Roxas ? Elle le contemplait de cet air si particulier qui n'appartenait qu'à elle, où il n'y avait ni jugement, ni pitié ; le regard, disait son père, qui semblait laisser croire qu'on pouvait tout lui confesser. Immobile, elle n'avançait ni ne reculait ; elle était d'un autre temps, et dans cet autre temps où elle avait été éduquée, on lui avait appris que c'était à l'homme de faire le premier pas. Comme quoi, elle pouvait être parfois aussi arriérée que l'était Stannis, à sa manière. Elle n'était pas non plus totalement certaine de ce qu'elle faisait, il fallait le dire. Roxas eut un sourire, franc, mais comment aurait-elle pu également se douter des sombres pensées qui l'animaient ?
« Bourreau. » « Et me mettre à quoi ? Sous la torture, peut-être ? » « Jusqu'à ce que vous m'aimiez. » « Bah ! S'il ne faut que cela... »

« Alors laissez-moi une chance...! » reprit Roxas, comme s'il devinait l'hésitation et le reste de méfiance dans l'esprit de la Tosca. « J'ai conscience d'avoir quelque peu...ruiné la soirée... »

« Vous pouvez le dire », ajouta-t-elle, avec ironie.

« Mais permettez-moi de vous revoir. Concédez-moi cela au risque de me voir assister infailliblement à la moindre de vos représentations. »

Elle eut presque un sourire. A cause de l'apparence de la plaisanterie, ou bien de la menace que cela sous-entendait ? Elle aurait voulu pouvoir dire, si cela avait été correct, qu'elle n'avait pas eu de coup de foudre pour lui, contrairement à lui (il ne lui semblait pas voir d'autre explication, pour l'instant, à cette histoire qui lui tombait du ciel). Quelque part, il était effrayant de se dire que si elle refusait, elle pouvait effectivement s'attendre à revoir cet homme à chaque spectacle qu'elle produirait. Elle détestait un côté aussi fanatique, tout autant qu'elle le comprenait. Que voulez-vous, il y avait de ces êtres comme Floria et Rafael, qui étaient composés de purs paradoxes. Et s'en portaient comme des charmes, c'était cela le pire...

« Cela risquerait de coûter cher à votre portefeuille, » se contenta-t-elle de répondre, mais il y avait l'écho d'un sourire amusé dans son timbre.

Elle n'était pourtant pas de ces femmes que cela ravissait, de voir des hommes leur courir après. Bien au contraire.


« Je ne vous demande pas de me promettre quoique ce soit. Mais laissez-moi me racheter, vous prouver que je ne suis pas qu'un homme solitaire qui s'élance sur les femmes, sans leur autorisation, » continua-t-il, sur un ton un plus léger, qui aurait pu mal passer, compte tenu des incidents précédents. « S'il vous plaît. » finit-il par dire, en s'avançant vers elle.

Elle surveilla le rapprochement de Roxas d'un oeil critique, sans toutefois reculer ou fuir. Puis elle releva lentement la tête vers lui, croisant son regard dans le silence entre eux deux. Elle respirait plus calmement, mais ne pouvait s'empêcher de rester tendue. Il fallait après tout qu'elle outrepasse un vieux démon du passé et une promesse jadis faite...Pourquoi la soirée n'aurait-elle donc pu pas s'écouler simplement ? Comme tous les autres soirs, qui étaient certes parfois d'un monotone à faire frémir ? Mais Roxas avait quelque chose pour lui : consciemment ou non, il avait appuyé sur les boutons qu'il fallait. Au lieu de faire une erreur qui aurait brisé toute la situation et aurait définitivement fait tourner les talons à la cantatrice, il avait tout joué admirablement.


« Je ne peux en effet rien vous promettre, » prévint-elle, ses yeux ne cessant de fixer ceux de l'homme en face d'elle. « Si ce n'est que donner une seconde chance, en essayant de faire abstraction du jugement précédent, est quelque chose que je ferai volontiers pour vous, comme pour tout autre. »

Elle se tint une autre seconde silencieuse, comme hésitant sur l’attitude à prendre. Il fallait dire qu’elle était un peu perdue, pour l’instant…si extérieurement elle paraissait assurée, elle ne pouvait mentir sur le fait qu’à l’intérieur, elle était plus déstabilisée qu’autre chose. Il était vrai donc, que la peur était toujours présente, quand on était sur le point de changer sa vie, que ce soit pour toujours, ou seulement une certaine période…Cette même crainte qui faisait trembler, autant devant l’inconnu que devant la pensée de croire que c’était le début de quelque chose de tout nouveau, et qui sait, de merveilleux ou d’effroyable…
Tosca fouilla l’une des poches de son sac, en contrôlant le peu du tremblement qui pouvait apparaître à travers ses mains ; elle en tira une petite carte de visite, et elle s’approcha de Roxas, lui glissant la carte contenant ses coordonnées dans la main gauche.


« Vous n’aurez qu’à m’appeler, » dit-elle. « Et voilà la preuve que je ne vous ferai pas faux bond, ni ne vous fuirai, comme vous semblez tant le redouter. »

Ses doigts, qui n’avaient pas quitté la main de Baldwin en lui donnant la carte, se resserrèrent sur sa peau ; elle leva la tête pour poser ses lèvres sur celles de l’homme, l’espace d’un instant. Il n’était pas certain qu’il soit encore totalement représentatif de la chaleur qui se dissimulait derrière la distance de Tosca, mais il était en tout cas doux. Et elle ne le faisait pas non plus par quelque esprit rancunier de vengeance ; c’était plutôt la promesse qu’elle le reverrait, un jour ou l’autre, parce qu’elle lui laissait une chance. La cantatrice se recula, baissant les paupières avant de relever le regard, ses yeux dans ceux du turquoise si singulier de Roxas ; elle hésita une seconde, avant de finir par déclarer :

« Je ne peux en revanche pas vous laisser partir, sans que vous m’ayez dit votre prénom. »

_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca




Messages : 534
Date d'inscription : 17/07/2012
Identité : Rafael Baldwin
Dons : Guérison + Métamorphose

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Ven 16 Nov 2012, 16:39

"C'était une loi de sa nature de ne pouvoir atteindre ceux qu'il chérissait."
Souffrir ou sourire. Telles étaient les grandes extrémités de l'existence, et d'ailleurs, y avait-il véritablement quelque chose de valable, dans l'entre-deux ? Se contenter de respirer, sans crainte certes, mais sans espérance, n'est pas l'idée que j'avais de la vie. Combien étaient-ils, ces Autres, ces Anonymes, ces Fantômes, qui ne s'interrogeaient à propos de rien et qui ne faisaient jamais que survivre ? Ils se faisaient écraser par le poids de la fatalité et de menaces dont ils n'avaient pas même idée. Ils appliquaient avec ferveur la politique de l'autruche. Je n'avais jamais supporté cette attitude ; bien qu'il me semblât impossible de lutter contre la destinée. J'avais souvent agi en mal, j'avais souvent emprunté la direction opposée à celle que m'indiquait mon devoir ou ma conscience, mais l'on ne pouvait pas me reprocher d'être resté inactif. Et c'est ainsi, en parcourant un chemin semé d'embuches que je ne saurais retrouver, que j'avais été lié à Ascheriit, le commandeur des Ombres. Le danger public par excellence. Le Diable en personne, puisqu'il avait réussi le tour si particulier de faire croire à sa disparition. La frustration et la peine étaient mon lot quotidien, au demeurant, je n'étais pas tellement sûr de regretter ce qui était arrivé... Si c'était à refaire, je ne recommencerais certes pas tout, mais il avait fallu ces péripéties pour que je vienne à rencontrer les femmes qui sont devenues les moteurs de mon cheminement. Parmi toutes, elles n'ont finalement peut-être été que deux à enflammer ma mémoire. Ellie... Et bien sûr Fran. Je suis parvenu à décevoir et trahir la première ; et à me faire haïr, mépriser de la seconde. Jamais deux sans trois, dit-on. Aussi, les espoirs que j'entretenais à l'égard de Floria étaient guère enthousiastes.
Souffrir ou sourire. Gagner ou mourir.
L'univers offrait parfois si peu de possibilités. L'idée d'un monde dirigé par les Ombres me faisait horreur, et j'abhorrais le fait de contribuer, malgré moi, à cette éventuelle fin. Mais avais-je le choix ? Il était dans mon intérêt que des mutants tels que Ascheriit ou Arlathan, l'emportent ou aient un tant soit peu besoin de moi. Hélas ! Je ne savais que trop bien ce que les fidèles de Stannis Lannister, ou même les X-Men, réservaient aux traitres, après une telle guerre.
S'il est une chose que les gens cherchaient, sans exception, c'était le bonheur, la joie de vivre. Malheureusement, aussi commun et banal cet objectif soit-il, peu parviennent à l'atteindre. Moi ? J'y avais probablement renoncé depuis longtemps. D'ailleurs, c'est une chose bien mystérieuse et difficile à identifier, la gaieté. Comment savoir si l'on ne passe pas à côté ? Qui serait capable de la définir ? Certes, certaines choses ne s'expliquent pas ; on les ressent, voilà tout. Et c'est pour cela qu'elles sont si précieuses. C'est pourquoi ceux qui recherchent les preuves de l'existence de Dieu se fourvoient totalement.
Les regards que j'échangeai avec cette presqu'inconnue, dans le silence, étaient ineffables. Malgré tous les malentendus et les malaises que nous avions pu engendrer, il me paraissait que nous étions capables de nous comprendre et de nous entendre, sans mot dire. J'avais conscience -bien entendu- de m'être imposé dans la vie de cette cantatrice. Elle aurait beau le nier ou le mépriser, je l'avais embrassée, et il n'en fallait jamais plus pour s'ancrer dans la mémoire d'une femme. Restait à savoir si c'était en bien ou en mal... Elle pouvait agir de je ne sais quelle façon, disait-elle, tant que ce serait terrible. Et sans doute lut-elle l'écho que cette menace eut en moi. Un écho ou une crainte. Traitez-moi de lâche, si vous voulez, au demeurant, j'avais mes raisons d'être prudent. Autant qu'elle avait les siennes... Il en fallait pourtant plus pour me déstabiliser. Je n'avais que trop longtemps fréquenté des loups ou des requins, dans des circonstances périlleuses où la méfiance et la rouerie étaient de rigueur. La citation que je m'étais permis de dérober à Wilde était à double-tranchant, voire plus encore, mais que Tosca ne me parle plus jamais des masques que je portais...

"Pas plus que moi", rétorqua-t-elle.

Je suis resté silencieux, et même perplexe. Pourquoi était-elle tellement sur la défensive ? Pourquoi chercher à prouver sa bravoure de la sorte ou maintenir cette attitude de défi ? Se croyait-elle en danger ? C'était probablement vrai. Je n'agissais pas toujours de manière particulièrement innocente, et malgré tout, rien d'irrémédiable ne s'était passé, n'est-ce pas ? Je ne la croyais pas naïve au point de ne pas du tout soupçonner l'impulsivité dont j'étais capable, et malgré tout, elle tenait à me faire face. Sa froideur, ses sarcasmes ne me décourageaient pas, pour la simple raison que les femmes fuient, lorsqu'elles ont peur ou ne sont pas intéressées.
J'ignore encore si je jouais véritablement l'innocent. Certes, mes intentions n'étaient pas très louables, mais j'avais clairement regagné mon calme, dans le seul but de ne pas agir de manière inconsidérée. Le problème avec les personnes qui ont la réputation d'être coupables, c'est qu'elles continuent à avoir l'air suspect, même quand leurs mauvaises intentions se sont effondrées. D'ailleurs, elle m'avoua -avec la franchise qui lui était tant caractéristique- combien j'avais gâché sa soirée. Typiquement le genre de propos qui visent directement le cœur et l'amour propre, du moins lorsqu'on est pas habitué à les entendre.
J'avais déjà osé émettre une plaisanterie sur le sujet. Je devais reconnaitre que je n'étais pas quelqu'un de particulièrement plaisantin ou jovial ; les traits d'esprit que je me permettais étaient parfois dotés d'humour, certes, mais rarement accompagnés d'un sourire. Tout le monde n'était pas apte à comprendre, et toutefois, Floria y parvint. Elle ne se formalisa pas du ton que je prenais ou de la menace sous-jacente. Car oui, l'humour ne sert jamais qu'à dissimuler grossièrement le malheur ou la laideur. Tosca se permit même de sourire. Elle était ainsi tellement plus belle...

"Cela risquerait de coûter cher à votre portefeuille", ajouta-t-elle.


Certaines choses n'ont pas de prix...

Mon ton avait déjà considérablement regagné en sérieux, tandis que j'osai m'approcher. Curieusement, elle ne recula pas ou ne se crispa pas d'avantage. Je dois bien admettre qu'il eut sans doute été difficile pour elle, de paraitre plus tendue, à l'heure actuelle. J'étais en train de jouer mes dernières cartes, le succès n'était pas sûr, et pourtant, je ne pouvais m'empêcher d'être confiant. Les gens francs et honnêtes ; ce sont ceux-là les plus faciles à tromper et à faire douter.

"Je ne peux en effet rien vous promettre. Si ce n'est que donner une seconde chance, en essayant de faire abstraction du jugement précédent, est quelque chose que je ferai volontiers pour vous, comme pour tout autre."

Je l'observai, presque solennellement, non pas pour me moquer de sa réponse -je n'y pensai même pas- mais pour tenter de la comprendre, de la cerner, de capter l'insaisissable. J'ignore pourquoi, mais j'avais toujours été quelque peu mal à l'aise, quand il s'agissait de regarder les gens dans les yeux. Ce soir, la règle semblait avoir trouvé son exception. Le regard clair, à la fois bon et énigmatique de Tosca, ne me laissait pas indifférent. De toute évidence, le baiser que je lui avait dérobé était quasiment un crime, selon elle. Et pourtant, elle ne voulait pas me dire Adieu.


C'est généreux de votre part, merci, me suis-je contenté de répondre.

La neutralité que j'employai était-elle trahie par mon peu de conviction ? Je ne doutai pas qu'elle souhaitât m'accorder une seconde chance, en revanche, il me paraissait étrange qu'elle offrît cela à n'importe qui. Mes soupçons furent rapidement confirmés. La jeune femme retira anxieusement une carte de visite de son sac, avant de me la remettre. Ainsi donc... J'étais parvenu à mes fins. En toute franchise, je m'étonnai moi-même ; c'était inespéré. Si Arlathan venait à le savoir, il ne manquerait sans doute pas de me lancer un regard exorbité, avant de bondir sur place, alors que rien n'était fait. Je gardai toutefois à l'esprit qu'il y a un an, quelques mois tout au plus, j'aurais été bien incapable de m'attirer la sympathie d'une telle femme. Avais-je tant évolué ou Tosca était-elle si différente des autres ? C'est pourquoi j'ai longuement observé cette carte, simple mais symbolique pour moi.

"Vous n’aurez qu’à m’appeler. Et voilà la preuve que je ne vous ferai pas faux bond, ni ne vous fuirai, comme vous semblez tant le redouter."

Elle me dérouta, à son tour... Ses lèvres se lièrent aux miennes, une nouvelle fois, et malgré la brièveté, la pudeur de cet instant, je ne pus m'empêcher de penser qu'elle y ajouta cette fois-ci son cœur. Je me suis laissé faire, jusqu'à ce qu'elle reprenne sa position, face à moi. J'étais perturbé, et c'était peu de le dire. Il en fallait parfois peu pour attiser ma colère ou au contraire, toute mon affection, mais cet instant me parut particulièrement singulier. Parce que c'était elle. Parce que c'était moi... Je crois que j'aurais préféré mourir sur l'heure, que vivre des millénaires sans jamais l'avoir rencontrée. Ce n'était que du vent, et je n'ai cru penser tout cela que quelques minutes, tout au plus ; au demeurant, je le n'oublierai jamais. A vrai dire, j'avais du mal à croire à ce qui était en train de se passer, ou de naître. Je ne savais même plus très bien comment réagir. L'hésitation et la réserve qui me caractérisaient reprenaient subitement le dessus.

"Je ne peux en revanche pas vous laisser partir, sans que vous m’ayez dit votre prénom."


Rafael. Appelez-moi Rafael.

"Ce qu'il avait eu ne comptait pas; rien n'avait de prix que ce qu'il n'aurait jamais."

Spoiler:
 

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t609-roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t39-roxas-fou?highlight=roxashttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t54-zexion-roxas-axel-algernon-benedict-judsen#139http://xmh-the-after-years.forumotion.com/t1404-roxas#27123




Messages : 480
Date d'inscription : 04/09/2012
Identité : Floria Ysé Tosca
Dons : Immortalité - Connaissance instinctive de la vérité historique - Retour dans le temps

MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas] Mer 09 Jan 2013, 19:35

« Parle-moi encore comme tu me parlais tout à l’heure », c'est-à-dire : par la magie des mots, fais-moi rêver, je n’ai plus que quelques instants à vivre, qu’ils soient rendus sublimes par l’évocation de notre idéal. (Michele Courtin)


Les deux êtres qu’ils étaient n’avaient-ils pas toutefois atteint leur part de souffrance, pour oser prétendre à quelque bonheur ? Fallait-il croire forcément qu’à un moment ou un autre de leur vie, ils avaient goûté à la douceur d’un quelconque fruit paradisiaque, et qu’ils allaient devoir pour toujours sentir ces morceaux de fruit se transformer en cendre ? Hélas, la vie est souvent bien cruelle, et on ne sait jamais ce qui se cache derrière le tournant a priori heureux d’un destin. Et puis il est parfois de ces futurs parsemés d’autant d’amer que de doux. Ils ne faisaient en tout cas pas partie de ces êtres, les fantômes qui dansaient autour d’eux – « des masques qui dansent ; des fantômes dont on n’est jamais sûr de la réalité, les Autres » - et qui se contentaient d’espérer et d’attendre, en vain…sans jamais agir, en tout cas. Tout comme il y avait de ces êtres qui choisissaient d’affronter leur destin et voir de provoquer leur mort, plutôt que de la subir. Sans que cela mène pour autant à une fin véritablement enviable…ni qu’on la choisisse forcément par devoir, mais plutôt par passion.

Car on ne se dirigeait pas après tout vers la mort, quand on avait le choix, mais vers la vie. Le bonheur, comme dirait l’autre. Une notion certes abstraite, appartenant au passé pour Floria, aux choses renoncées depuis longtemps pour Rafael. Pourtant, il arrivait que parfois, le destin qui se veut d’ordinaire perfide, permette d’y accéder, par un chemin auquel on ne s’attend pas, certes…même si ce chemin esquissé devant eux deux, au milieu de leurs méfiances et réserves respectives, ne cachait en vérité qu’un horrible piège, puisque Roxas appartenait aux Ombres, et Tosca aux Initiés. Vous comprenez le dilemme qui se poserait à eux, si jamais ils l’apprenaient, et ne l’apprendraient-ils forcément pas, par un mot glissé au hasard, un geste quelconque, une allusion ? Et pourtant malgré cela, il semblait y avoir quelques parcelles de lumière dans l’obscurité, et peut-être que si on s’en rapprochait assez, alors ces rais pourraient donner accès à bien plus…On est parfois trop loin, pour vraiment comprendre que le détail qu’on ne remarque pas qu’à peine, est celui qui nous a manqué. Il y avait des choses qui se comprenaient parce qu’elles se ressentaient, parce qu’elles arrivaient : les actes parlaient plus que les mots. Et parfois, les silences parlaient davantage, avaient plus de significations que les paroles avec lesquelles on essayait désespérément de les combler.

C’était sans doute pourquoi, en effet, un courant étrange passait entre Floria et Rafael, malgré le baiser que s’était permis l’un, et les regards noirs qu’avait pu lancer l’autre. Après tout, on a beau détester son reflet, ça n’empêche pas qu’il vous reflète, quelque soit votre avis. Non seulement leurs pensées s’épousaient, mais en plus, les mots que disaient la cantatrice ne faisaient que rendre hommage à l’écho de semblables paroles en l’âme de Baldwin. Tout ce qu’elle aurait pu dire, il le connaissait déjà, pour avoir les mêmes pensées, les mêmes racines de passion en lui-même. Au demeurant, cela ne lui faisait peut-être plus tellement peur. On craint l’inconnu, pas ce qu’on sait déjà, et elle savait plus ou moins quelles pouvaient être les réactions de cet homme, elle n’avait qu’à regarder en elle-même…

Il n’était plus imprévisible, plus tellement du moins, toujours silencieux, ses yeux la fixant. Et il y avait autant de danger sous-jacent, que de calme apparent chez lui. Telles sont les statues de pierre ou de glace, immuables, jusqu’à se fissurer brutalement…Car toute existence doit être fracassée au moins une fois. Et peut-être bien d’autres fois encore. Nul point de non-retour, mais des points de brèche, des ponts survolant l’abîme, où l’on peut marcher seul, ou bien être guidé ou accompagné, par quelqu’un qui ne craint pas de fixer les ténèbres de l’abysse, composées de son propre soi intérieur…Et c’était un chemin certes risqué, mais riche et profond, qu’il lui semblait pouvoir parcourir avec cet homme. Elle ne pouvait pas dire qu’elle croyait véritablement à l’innocence de cet homme – nul fracas dans une vie part sans laisser de traces – mais pourquoi cela aurait-il dû être aussi pire que le sien ? Elle avait plus d’un demi-millénaire. Cet homme-là, quel âge avait-il ? Presque rien, par rapport à elle, du moins le croyait-elle, sans comprendre la trop courte durée d’une vie humaine…


« Certaines choses n’ont pas de prix… » laissa-t-il échapper, le ton plus sérieux, en se rapprochant.

Bien entendu, elle ne bougea pas. Il savait parfaitement à quoi s’attendre, s’il retentait un geste malheureux : elle l’avait prévenue, et il savait ce qu’elle avait voulu dire par là. Il eut un nouveau silence, alors qu’il la fixait avec gravité, dans les yeux. Quelque part, cela lui plut. C’était une sorte de franchise. On regardait rarement les gens dans les yeux, sans être assuré, ou en ayant de mauvaises intentions. Que cherchait-il à comprendre, elle l’ignorait, et ne voulait sans doute pas pour l’instant le savoir, les choses n’en étaient qu’à leur début. Ni plus, ni moins…Quant aux choses qui n’avaient pas de prix…elle imaginait très bien celui qui interviendrait, cette fois-ci, le plus prévisible : le temps. Si aucun ne s’y rajoutait, bien sûr. Si elle avait su ce qui adviendrait de cette fatale rencontre ! Il y a des destinées devant lesquelles il ne vaudrait mieux pas s’incliner.


« C’est généreux de votre part, merci, » finit-il par ajouter.

« Je ne suis pas généreuse, » rétorqua-t-elle, pas tellement pour pointer son manque de conviction, mais plus parce qu’elle n’avait pu s’en empêcher.

Elle n’était pas charitable, toute chrétienne qu’elle soit. C’était un mot qui ne lui ressemblait nullement, elle en était persuadée. Bien qu’elle ait toujours tenté d’atténuer la souffrance des autres, elle ne se sentait nullement l’âme désintéressée, non. Son père, certes, mais pas elle. Elle avait trop d’égoïsme ou de caprice en son âme pour cela. Non, nullement charitable, et pourtant appartenant à cette part particulière de femme qui sauvent les hommes, peut-être – en tout cas, tentant de le faire…Elle ne dérangea pas ses regards, se contentant de parler doucement, jusqu’à s’approcher pour l’embrasser. Y ajouta-t-elle un peu de cœur ? Nous dirons, ce qu’elle pouvait y mettre, sans être amoureuse de lui, et pourtant cela était bien plus qu’un baiser donné sur scène. Toute actrice qu’elle était, aimant jouer à la scène comme dans la vie réelle, quitte à abuser de théâtralité, Roxas avait réussi à dépasser l’actrice, pour apercevoir la femme derrière le masque, et elle en était troublée. Peu l’avaient fait avant lui, il fallait lui reconnaître cela. Cela, en plus du fait d’être son miroir…combien de fois dans une vie, pouvait-on croiser son reflet, et en plus ne pas s’arrêter ? En vérité, ce baiser, elle n’avait presque pas eu le choix que de le faire. Il y a des forces et des lois immatérielles qui s’imposent au cœur et à l’âme, et c’est à ce destin qu’il est impossible de résister. Comme vous le savez, la Tosca pouvait remonter dans le temps. Si elle n’avait pas reconnu la présence exceptionnelle de Roxas, unique, nul doute qu’elle aurait choisi d’épargner telle mauvaise rencontre à sa vie, et il aurait tout oublié. Les silences ne sont pas les seuls à compter : marquent aussi, les gestes qu’on ne fait point.

Et cela lui troublait lui aussi, lui qui perdait son calme, pour revenir à la réserve et l’hésitation, la même carapace de protection qui existaient pour eux deux.


« Rafael. Appelez-moi Rafael. »

Elle prononça mentalement le nom dans sa tête, savourant les syllabes et les sonorités, et puis elle lui sourit, sincèrement. Rafael Baldwin, donc, celui qui avait eu le courage de l’inviter pour un soir, puis le cran de l’embrasser, sans avertir…et celui qui contre toute attente, se révélait bien plus proche d’elle, que quiconque l’avait été auparavant. Elle se demanda si ce n’était pas un songe. Si le monde était vraiment encore là. Elle s’interrogea également sur si tout cela n’était pas le fruit de son imagination. Enfin, rencontrer un reflet, qui donc pourrait le comprendre ? Qui pourrait comprendre cette attirance qui n’était pas forcément de l’amour tout en y ressemblant, quelque chose qui ne pouvait s’exprimer que par les mots qu’ils utiliseraient pour comprendre cette relation-là, qui ne se décrivait que par la simultanéité des regards et des pensées, par des mouvements intérieurs, des pensées difficilement explicables. Elle eut soudainement la crainte que cela passe brutalement, que cela ne dure pas, ou pire, que cela ne soit qu’un rêve ; que le lendemain, elle comprenne que rien ne serait arrivé.

Tosca leva sa main droite, et ses doigts effleurèrent la joue de Rafael, comme pour s’assurer de la présence physique et réelle de cet homme qui venait de débarquer sans prévenir dans son existence, par le plus grand des hasards ; mais on dit que c’est maître Hasard qui tire les ficelles du destin, non la fatalité. Elle fut rassurée par la chaleur de la peau de Rafael, par ses traits que dessinèrent ses doigts. Cela tenait déjà plus de la vision éveillée, que du songe.


« Ne tardez pas trop, Rafael, que je ne croie pas que tout cela n’a été qu’un rêve. » murmura-t-elle, doucement, avec une certaine gravité, avant de reculer.

Elle le fixa encore un instant, avec une émotion qu’elle avait bien de la peine à cacher, avant de s’éclipser, et elle ne se retourna que quand la pénombre du soir l’eût fait se fondre dans l’ombre de la rue, sa robe étant parfaitement noire ce soir-là. Elle s’arrêta alors là et jeta un regard en arrière ; mais les visions éveillées, comme les rêves, s’enfuient dans la nuit et ne reviennent que sous certaines lumières – ou certaines ténèbres.


"La volupté unique et suprême de l'amour, gît dans la certitude de faire le mal." (Baudelaire)


Fin du sujet.


_________________

   
This is the end.

Tonight the music seems so loud. I'm never gonna dance again, guilty feet have got no rhythm.
And waste a chance that I've been given, so I'm never gonna dance again

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateurhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t926-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t111-la-toscahttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t115-la-tosca-fantome-seaworthhttp://xmh-the-after-years.forumotion.com/t114-la-tosca



Contenu sponsorisé



MessageSujet: Re: [CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas]

Revenir en haut Aller en bas

[CLOS] "Je n'y suis pour personne, à moins que..." [Roxas]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Sujets similaires

-
» Les énergies renouvelables... Je suis pour, miladioù !
» Pour ou contre l'avortement ?
» Des ateliers d'écriture dans vos régions
» Un karaoké ?
» Informations sur les bracelets !

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
XMH : The After Years :: Carnegie Hall-