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[CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael )

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Date d'inscription : 03/09/2012
Identité : Anne Woods
Dons : Métamorphe / Mémoire génétique/ Cris

MessageSujet: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Mer 08 Mai 2013, 20:02

*Ce qui te fait peur c'est qu'un jour je n'ais plus peur....*

Le bus cracha une horde de new-yorkais bien heureuse de retrouver sa liberté artificielle. Avaient-ils conscience qu'ils se comportaient tous comme des animaux... des chiens ?  
Anne attendit que la majorité des passagers soient sortis avant de quitter son siège. Elle n'agissait pas dans la précipitation sans y être obligée car c'était dans l'empressement que l'erreur devenait possible. Elle jeta à peine un regard à la rue où s'amorçait un nouveau bouchon. Dés ses seize ans elle avait été forcée de passer son permis. L'une des nombreuses obligations dont elle ne comprenait toujours pas l'utilité. La circulation en voiture était impossible dans Manhattan. Et maintenant ce moyen de locomotion coûtait cher. Le papier n'était pas sortie de son porte-feuille depuis au moins deux ans. Si ça ne tenait qu'à elle ses déplacements se feraient par la nage... uniquement. Une ville comme Venise lui aurait convenu.  

Le retard se limitait pour l'instant à dix minutes. Provoqué par un énième accident de deux roues dans l'une des grandes artères. Un aléa qui ne troubla pas la jeune femme. Les carambolages sont si fréquents qu'ils font partis du tout-bruyant- de cette énorme métropole.  Anne ne comprenait pas l'attrait des humains pour ce genre de spectacle. Elle n'éprouvait pas de plaisir avec la violence visuelle. La vue du sang la laissait totalement indifférente. Le concept de la douleur, sans lui être abstrait, n'était pas aussi angoissant chez elle que chez les autres. Cela ne lui a jamais paru étrange seulement ... pratique. C'était l'une de ces différences fondamentales entre elle et eux, ce détail précis, qui avait provoqué une dispute chez les Woods. Il se pouvait que cette "insensibilité" constitue un problème pour l'évolution psychique de Ligéia. C'est du moins ce que pensait madame Woods.

Il était probablement temps de s’alarmer sur la question.  C'est qu'à force de répéter à une jeune mutante que les humains sont dangereux... elle finit par y croire. Anne avait très mal vécu la déchéance des Invisibles. Depuis elle ne faisait plus aucun effort pour cacher son dégoût envers les non-mutants. Sa génitrice était la seule  et unique membre de cette race à avoir droit à son respect et son amour. La plupart du temps. Il est vrai que leur relation avait changé depuis quelques mois. Anne ne savait pas exactement quand le phénomène avait commencé. Elle était parfois dérangée par la présence de sa mère. Elle la maintenait à distance. Il lui arrivait de vouloir la reprendre sur un point avec agressivité. Pourtant... son amour pour elle n'avait pas tarit.
Cette humaine avait renoncé à tout pour protéger sa famille. Quand le gène s'était révélé chez sa fille, elle n'avait pas hésité, à éloigner toutes les personnes potentiellement dangereuses. Elle s'était progressivement coupée de son entourage humain. Elle avait finit par ne plus voir personne de sa vie d'avant. Ils s'étaient retrouvés tous les trois. Cela leur avait convenu... pendant un certain temps.

Si Ligèia avait accepté de rencontrer ce Baldwin c'était pour cette femme. Elle ne voulait pas que leur relation se dégrade d'avantage. Même si cet homme ne servait à rien il aurait au moins l'avantage d'apaiser le cœur maternel. C'est tout ce qu'Anne recherchait en se rendant aux abords de Saint Patrick.
Elle se souvenait y être entrée une fois étant petite fille. Sa mère l'y avait certainement emmenée. La religion était un élément important dans l’existence de madame Woods. Le sujet n'était jamais abordé pour ne pas la froissée.

Anne reconnu la description du croyant et de dirigea vers l'inconnu. Elle détestait ce genre de situation mais bon grès mal grès il fallait bien le faire. Plus vite cette comédie serait faite et plus vite elle en serait débarrassée. Maintenant une distance raisonnable entre eux, elle s'adressa à lui, avec la neutralité et la politesse d'une avocate. Sa propre filiation ne faisait pas question, la silhouette élancée, la peau clair, les traits, tout rappelait l'humaine.

« Monsieur Baldwin. La fille de Meredith. Elle semble croire que vous pouvez quelque-chose pour mon âme... »

Les yeux bleus se détachèrent du visage de l'humain pour littéralement le déshabiller. Il était mince, en bon état, plutôt élégant. Ligéia ne se fait pas d'illusion sur la nature humaine. Quand sa mère avait commencé à parler de ce Rafael elle y avait soupçonné le visage d'un amant. C'était également l'une des raisons de sa venue.

« Mon âme va très bien. Alors dites moi quelle version vous voulez lui donner pour qu'elle soit rassurée je vous appuyerais. »

Un pas sur le côté lui permit de se placer sous l'ombre de la cathédrale là où elle se sentait le mieux.

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Identité : Rafael Baldwin
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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Mar 21 Mai 2013, 21:45

Plus le temps passait, plus j'acquérais la certitude que j'aurais du refuser ce rendez-vous en bonne et due forme. J'avais horreur des entremetteuses, pourtant, je n'avais pas su dire non à cette pauvre femme qui semblait passer le plus clair de son temps, à Saint-Patrick. Du moins, c'était là l'impression qu'elle laissait. Je ne mettais moi-même, que très rarement les pieds dans une église, depuis quelques mois. Que voulez-vous ? Après tous les services que Dieu m'avait rendus, il était temps que je commence à douter de lui ; ou peut-être avais-je justement peur de lui faire face. Cette femme -disais-je- semblait me considérer comme un ami. Si elle espérait davantage, je n'en savais rien, et ce n'était de toute les façons pas mon problème. Je dois admettre qu'elle avait toujours le don de me faire perdre ma taciturnité naturelle et de savoir me convaincre. Il est vrai que je n'étais pas le moins influençable des hommes. Le deal consistait donc à rencontrer sa fille, âgée d'une vingtaine d'années, auprès de l'église. Je ne voyais pas bien pourquoi l'on m'avait demandé une telle chose. Il paraissait que je pouvais avoir une influence bénéfique sur elle : c'était sans nul doute la première fois qu'on me disait cela. Les dernières rencontres que j'avais faites étaient littéralement des désastres. Floria avait miraculeusement été invitée au Manoir Spencer, quant à son cher et estimé père, il s'était imposé de lui-même auprès de moi. J'avais beau en être encore fortement désappointé, je n'avais su tirer aucune leçon de ces mauvaises expériences. J'attendais une inconnue intégrale, au pied d'une cathédrale, et la demoiselle commençait déjà à se laisser désirer. J'avais renoncé à surveiller les passants, et je terminais ma cigarette, lorsqu'on se décida finalement à m'aborder.

« Monsieur Baldwin. La fille de Meredith. Elle semble croire que vous pouvez quelque-chose pour mon âme... » dit-on.

Je restai silencieux un certain temps, non sans la dévisager. Elle aurait été le portrait craché de sa mère, si la température ambiante qu'elle dégageait ne frôlait pas les zéros degrés. Mon regard glissait de ses traits juvéniles à sa chevelure d'ébène, et je notai combien ses yeux étaient impénétrables. Je me figurai qu'il n'existait probablement pas de contraires plus diamétralement opposés qu'elle et moi, sans me douter que nous partagions malgré tout des similitudes inattendues. Les Initiés nous accablaient involontairement de tourments, et nous étions tributaires des Ombres, pour ne citer que cela.
Elle demeurait à distance respectable, aussi ne fis-je pas un effort pour me montrer davantage chaleureux. J'étais, de toutes les façons, parfaitement incompétent dans ce domaine. Je lui fis grâce d'une remarque sur son retard, tout en me débarrassant de la cigarette. Je ne voyais pas bien quoi répondre à une telle entrée en matière, aussi me contentai-je de la saluer d'un signe de la tête. Ah, et cela peut-être :


La fille de Meredith a un nom ?

Sa mère n'en avait rien dit ; peut-être avait-elle eu la folle idée, l'espoir extravagant, que sa fille se présenterait d'elle-même. Si l'ironie enrobait ma réponse, celle-ci était exempte d'agacement ou de provocation. J'étais surtout intrigué.

« Mon âme va très bien. Alors dites moi quelle version vous voulez lui donner pour qu'elle soit rassurée je vous appuyerais. » poursuivit-elle, visiblement peu désireuse de tourner autour du pot.

J'étais de plus en plus dérouté. Les femmes n'avaient pas toujours l'air aussi ferme et assuré, surtout à cet âge. Je n'étais par ailleurs pas certain de savoir où elle voulait en venir. De toute évidence, elle exécutait simplement la volonté de sa mère, et elle souhaitait que cette corvée s'achevât au plus vite. Croyait-elle que je passais un meilleur moment qu'elle ?
La jeune femme s'écarta pour gagner la protection de l'ombre. Je me joignis à elle et lui fis finalement face. Elle avait sans doute pu remarquer le boitement ainsi que la blessure qui recouvrait la partie gauche de mon visage. Une longue et pénible histoire.


Dois-je trouver une fable pour votre âme ou pour votre mère ? Me prenez-vous pour un prêtre ou un hypocrite ?

J'aurais aimé dire que je n'étais ni l'un, ni l'autre... Je n'avais toutefois aucun intérêt à ne point accomplir la volonté de Meredith.

Elle se fait du souci pour vous, vous devriez faire l'effort de vous prêter au jeu.

Le plus grand des pécheurs faisait sans nul doute le meilleur des moralistes.

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Lun 27 Mai 2013, 12:37

L’odeur de la cigarette à peine éteinte flottait autour de Baldwin. Elle faisait partie, de ces parfums familiers, que la mémoire olfactive ne peut pas effacer. Woods eut une pensée pour son oncle. Cela faisait deux fois en peu de temps qu’il se rappelait à elle. Y avait-il une raison particulière à cela ? Etait-ce à lui, ce fantôme, qu’elle avait besoin de s’accrocher au cœur de sa tempête ? Le fonctionnement de l’inconscient n’était pas l’une de ses priorités. Elle rejeta donc le passé sans un effort et se concentra sur son interlocuteur.
Ils s’observèrent. Ils n’étaient pas des amis. Ils n’étaient pas non plus des ennemis. Mais cela pouvait changer. Après tout, il était assez proche de sa mère pour pouvoir lui faire du mal. Réunis, tous les deux par la volonté de cette femme, pour une raison louable et pourtant vaine, qu’allaient-ils se dire ?
La première réponse vint, à travers les sons de la ville, aussi claire et ferme, que l’attitude générale. La mutante trichait seulement lorsque la situation l’y forçait. Jamais assez loin de la vérité pour que l’on puisse la démasquer. Roxas ne trouverait rien. Cette certitude se traduisait dans la légère impertinence de son interlocutrice.

« Anne. »

Prénom imposé qu’elle s’était appropriée, avec le temps. Il était ancien, d’aucun disait même saint, il était surtout beau et fort. Il avait été porté par une reine. Il le serait de nouveau. Peut-être même avant la prochaine guerre. C’était l’un des rares aspects de cette identité humaine que la demoiselle aimait réellement, et pourtant elle savait qu’un jour viendrait, où même celui-ci disparaîtrait. Il ne pouvait en être autrement. Car cette âme, pour laquelle ils s’inquiétaient, Anne l’avait mise aux chaînes de sa propre volonté.

A l’égal de Richard –et même de Davos-, l’humain était marqué par des combats, affaibli par la vie. Il était aisé pour la fille de comprendre ce qui avait attiré sa mère chez lui. Elle se demanda quelle pouvait être l’histoire de cet inconnu ? Elle aimait imaginer le passer des autres. Les contes étaient les refuges d’une humanité moribonde. C’était dans ces fictions que la douceur de Ligèia, continuait de lutter. Celle-ci se demanda également ce qui avait pu amener Rafael à vouloir rendre un service à Meredith Woods ? Alors qu’il n’en avait pas plus envie que cela. Qu’y gagnait-il ?
Sa répartie parvint à la faire sourire. Ce fut un sourire aussi désabusé qu’il fut fugace. Il se répercuta ensuite, au fond des prunelles claires, redonnant son véritable âge à la Sirène. Puisque son code génétique, ne lui donnait pas les mêmes facultés que Floria ou tant d’autres, Anne aurait une vie courte. Elle n’avait pas le temps –ou l’envie- de soigner ses blessures. C’était une part d’elle.

« La réponse a vraiment de l’importance ? Un prêtre est un hypocrite.»

Il n’y avait aucune émotion dans sa voix lorsqu’elle lui asséna sa logique. A peine l’affirmation d’une indifférence pour nourrir les spéculations de l’intervenant. Woods n’avait pas la moindre petite intention, de partager son avis, avec un homme dont elle ne savait rien. Elle doutait que cela l’intéresse d’ailleurs. Chez elle l’hypocrisie était un outil et pas un comportement.
S’il existait un Enfer, Ligèia y avait gagné une place, depuis plus de six ans. Peut-être même depuis sa conception s’il on suivait les préceptes de quelques groupes religieux. Il était de toute façon trop tard pour modifier ses croyances. Elles faisaient parties intégrantes de sa vie et de ses buts. Les arracher équivalait détruire l’être entier qui se trouvait face à lui.
Heureusement, Anne était une experte en fable de toute sorte.

« C’est une mère. C’est dans sa nature de se faire du souci. Elle a de l’intuition mais elle n’a que ça. ( Ils étaient tous loin de pouvoir imaginer à quel point Ligèia était perdue. En chute libre.) Mais je ne voudrais pas qu’elle vous en veuille d’avoir échoué. Elle a besoin d’avoir des contacts avec l’extérieur. »

Ils voulait une tentative.

Anne marqua un pas en direction du fallacieux confesseur. Dans ce bref mouvement elle donna à voir Ligèia. La misanthrope, l’ambitieuse, et la manipulatrice mutante, qui s’épanouissait dans le secret et les silences. Les lignes de son caractère se déployaient et prenaient forme dans les Ombres. On pouvait lire dans son regard la soif de puissance et de liberté. Une haine dévorante du genre humain. Les peurs diffuses qui faisaient d’elle une femme incapable de s’abandonner au bonheur. Cette démonstration, lui permit d’assumer un peu plus, ce qu’elle était en train de devenir.

« Mais comme vous le voyez le mal est déjà fait. »

Elle passait son temps à cacher ses plans. C’était un effort de chaque instant. Épuisant. Il y avait un certain plaisir, à pouvoir montrer à quelqu’un, ce que l’on était vraiment. Roxas serait le témoin. En définit il était ce prêtre. Pourquoi, lui et maintenant ? Anne avait la certitude que cet humain ne dirait rien.

« Elle s’inquiète, parce qu’au fond d’elle, elle sent, elle sait, qu’ils ont leur par de responsabilité, qu’ils ont tout mit en place les choses, pour que je prenne la voie des ombres. ( La flamme mauvaise s’éteignit, soufflée par l’ironie.) Quelle fable allez-vous lui raconter pour qu’elle continue de dormir la nuit ? Parce que c’est ce que je veux. Je veux qu’elle soit en paix. Je ne lui en veux pas. »

C’était précisément ce paradoxe qui l’avait conduite en premier chez les Initiés et qui la retenait en leur sein.

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Lun 10 Juin 2013, 18:16

Anne. C'était là la seule réponse que j'avais obtenue. Le prénom avait beau être mélodieux et à la hauteur de sa beauté, son attitude frigide repoussait tout élan de sympathie. Il paraissait évident qu'elle ne souhaitait faire aucun effort, en dehors de celui d'avoir accepté le rendez-vous. Songeant qu'elle était malgré tout par trop âgée pour être sujette à une crise d'adolescence, je l'observai avec de plus en plus de perplexité. Je me demandai où cet entretien nous mènerait, et surtout, ce que j'étais en train de faire ici. J'aurais pu employer mon temps à des activités autrement plus importantes, comme... Rien ne me venait à l'esprit, en l'occurrence, mais qu'importe.
Meredith avait commis l'exploit infâme de faire rencontrer deux âmes apparemment opposées. Sa fille se moquait de l'amour des hommes, pourvu qu'ils la craignissent, et était dotée d'une ambition que j'étais bien loin de pouvoir soupçonner. Quant à moi, j'étais seulement esseulé, errant, et dénué du moindre optimisme. Les objectifs ne me faisaient pas défaut, et j'étais certes prêt à tout pour y parvenir, malgré tout, je laissais les rêves de conquête et de mégalomanie à des personnes autrement plus capables et arrivistes que moi.
J'étais en outre loin de me douter, que j'intriguais cette fille un tant soit peu. Je croyais n'être qu'une rencontre forcée et parasitaire à ses yeux. Plus vite cela prendrait fin, et mieux elle s'en porterait. J'avais perdu l'habitude de me faire des illusions, à propos du genre humain. Je fus naturellement surpris de voir un sourire, fugace, se dessiner sur ses lèvres puis dans son regard cristallin. Serait-il donc plus possible de l'apprivoiser, qu'il n'y paraissait ? Hélas ! Si l'humour était la seule façon de s'assurer son estime, pour ne pas dire sa confiance, mes chances de la dompter s'amenuisaient.

« La réponse a vraiment de l’importance ? Un prêtre est un hypocrite.» ajouta-t-elle.

Je demeurai de plus en plus interdit et déconcerté. Un prêtre, un hypocrite... De toute évidence, mademoiselle Woods était infiniment moins croyante que sa pieuse mère. Elle savait qu'elle avait de l'esprit et elle en abusait. Il apparaissait que le cynisme et la provocation étaient intrinsèques à sa vision du monde, au fur et à mesure que je la côtoyais. Au fond, pouvait-on lui en tenir rigueur ? N'était-ce pas naturel de douter de l'ordre religieux, quand on en avait trop vu, et surtout, quand on avait rencontré le Diable en personne, affublé d'un costume de prêtre ? Sans le savoir, j'avais, à sa façon, eu affaire à Daemonicus, et ma foi avait sans doute été ébranlée. Mais de là à émettre des blasphèmes ? Je ne parvenais pas à me sentir à l'aise, en compagnie de cette fillette en guerre contre le monde, et je n'étais pas sûr de vouloir m'en faire une amie.


Vous êtes un peu trop jeune, pour être à ce point triste et désabusée, me contentai-je de répliquer.

Je ressemblai certes à l'hôpital qui se fiche de la charité, mais je pouvais -pour ma part- me targuer d'avoir trop longtemps vécu, pour assister à des phénomènes dont je me serais volontiers passé. J'avais beau me questionner, il me paraissait impossible de comprendre pourquoi la présence d'Anne me dérangeait à ce point. Elle était froide, impassible, et parfois ironique, tant de caractéristiques que l'on aurait aisément pu m'attribuer. C'était peut-être là la clé de ce mystère : il est très inconfortable d'être confronté à un miroir, surtout de manière inopinée.

« C’est une mère. C’est dans sa nature de se faire du souci. Elle a de l’intuition mais elle n’a que ça. Mais je ne voudrais pas qu’elle vous en veuille d’avoir échoué. Elle a besoin d’avoir des contacts avec l’extérieur. » enrichit-elle.

Je n'étais pas certain qu'il soit dans la nature de tous les parents, de se soucier de leurs enfants, mais je me gardai bien d'en faire part, car c'était là un tout autre débat. D'autre part, je ne doutai pas de la bienveillance et de l'attitude protectrice de Meredith. Elle était honnête et bonne, peut-être trop, d'ailleurs. Au moins Anne ne se faisait-elle pas d'illusion sur sa mère, vu la façon dont elle en parlait. Elle mentionnait ses qualités et ses défauts, avec le même visage, dénué d'état d'âme. Comment Anne avait-elle pu en arriver là ? Croyait-elle réellement pouvoir duper le monde entier ? Quel secret lourd et obscur assombrissait de la sorte, ses traits ?


Trop aimable de votre part... Mais je doute d'être le genre de "contact", dont elle a besoin, avouai-je, l'air tout aussi désenchanté.

Il ne suffit alors que d'un mouvement vers moi, et d'un regard dans le mien, pour qu'elle finisse de m'ébranler. Ces yeux n'étaient pas ceux d'une jeune fille, sujette à la révolte ou au désespoir, comme tant d'autres. Ils appartenaient, selon moi, à un être volontaire et déterminé, parfaitement maitre de ses actions et de ses émotions. Elle paraissait ne pouvoir reculer face à rien, et ne plus éprouver quoi que ce soit, pour rien, ni personne. Il était terrible de contempler la surface d'une âme stérile d'humanité. J'ignorai quelles étaient les intentions de cette fatale enchanteresse, ou si mon jugement était fondé, malgré tout, j'étais désormais incapable de soutenir un pareil regard. Il y avait quelque chose de par trop dérangeant, satanique, ou que sais-je encore, chez cette jeune femme, pour ne pas dire cette enfant. Si elle était possédée, ce n'était pas à moi de la secourir ; j'éprouvai d'ailleurs de plus en plus le désir, d'écourter cet entretien.

« Mais comme vous le voyez le mal est déjà fait. » avait-elle inutilement remarqué.

Cette phrase, apparemment anodine, me glaça inexplicablement le sang. Elle y mettait un tel accent qu'elle ne semblait pas effrayée par son sort, au contraire, cela semblait lui convenir et aller dans ses intérêts. Mais pour combien de temps encore ? Le fond de ses projets m'était inconnu, malgré tout, la forme me désespérait.


"Quand on fait le mal, il faut faire tout le mal. Démence de s’arrêter à un milieu dans le monstrueux. L’extrémité du crime a des délires de joie", n'est-ce pas ? ne pus-je m'empêcher de réciter, l'air ni plus ni moins éteint.

Je ne connaissais que trop bien le feu par lequel Anne croyait être alimentée. Elle y puisait ses forces, et se sentait invincible, jusqu'au jour où tout finirait par s'écrouler sous ses pieds. La conclusion paraissait courue d'avance, et je parlais en connaissance de cause. J'avais tenté de tous les trahir, et je n'étais désormais qu'un prisonnier. Je savais qu'il n'y avait rien que je puisse faire pour la raisonner, mais n'était-il pas plausible de la mettre en garde ? J'étais bien placé pour imaginer qu'elle ne se dévoilait pas de la sorte, et certes de façon implicite, à n'importe qui. Il faut croire que la fatalité m'avait une fois encore désigné à mon insu, et que j'avais un rôle à jouer. Si je n'étais en effet pas le moins discret des hommes, Ligéia avait-elle conscience que me faire la moindre confidence, revenait à tenter le Diable ? J'étais semblable à elle, et malgré toutes mes appréhensions, je n'étais pas encore son ennemi ; malgré tout, ce que je touchais de près ou de loin se désagrégeait, et se transformait inéluctablement en cendres.

« Elle s’inquiète, parce qu’au fond d’elle, elle sent, elle sait, qu’ils ont leur par de responsabilité, qu’ils ont tout mit en place les choses, pour que je prenne la voie des ombres. Quelle fable allez-vous lui raconter pour qu’elle continue de dormir la nuit ? Parce que c’est ce que je veux. Je veux qu’elle soit en paix. Je ne lui en veux pas. »

En somme, je venais de rencontrer une vassale de Satan, qui me demandait, pour ainsi dire, de lui prêter main forte. Si je doutai que cela puisse m'apporter quoique ce soit, hormis la quiétude de Meredith, bien sûr, j'étais en revanche en train de me demander dans quel guêpier je m'étais engouffré, à mon insu. Qu'arriverait-il, si, d'aventure, je venais à rejeter Anne, ou à lui manquer de respect ? Je n'étais pas certain de vouloir le découvrir. Comme depuis le début de l'entretien, je demeurai le plus neutre, vigilant et posé possible, quoique mon regard me trahît sans doute plus d'une fois. Je n'avais pu retenir un léger tressaillement lorsqu'elle avait parlé des "ombres" ; avait-elle réellement choisi ce terme au hasard ? J'avais l'impression que les suppôts d'Ascheriit m'encerclaient et me hantaient de toute part. J'osai espérer que ce n'était que le fruit de mon imagination.


Selon vous, elle a provoqué votre déchéance, et malgré tout, vous ne souhaitez que son bien... répétai-je presque, relativement impressionné.

Ligéia avait donc infiniment plus de noblesse que moi, mais peut-être étais-je quelque peu sceptique. L'on était toujours tenté de pardonner à autrui, et de le laisser s'évader. Accomplir une telle prouesse, une semblable charité, n'était pourtant pas donné à tout le monde. Anne serait-elle quelque peu chrétienne, malgré tout ? Ou était-elle aussi hypocrite que les prêtes auxquels elle avait accordé son mépris ?


Je ne suis pas un bienfaiteur, Anne. Ne comptez pas sur moi pour tenter des miracles. Si vous avez cédé aux ombres, vous et vos proches devrez en subir les conséquences. Il en a toujours été ainsi, car telles sont les règles. ... Je m'y suis plié et je ne vois pas pourquoi vous seriez épargnée. Il ne tient qu'à vous de reculer avant de franchir un point de non-retour, conclus-je.

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Mar 25 Juin 2013, 23:48

Anne ne vit pas l’utilité d’aller contredire le croyant la concernant.
Il pouvait penser d’elle, ce qu’il voulait, tant qu’il n’allait pas le raconter à sa mère. L’opinion d’un humain n’avait pas beaucoup de valeur. C’était d’ailleurs sur cette pierre angulaire qu’était construite sa conception du monde. Le problème était plutôt qu’il n’allait pas la comprendre, s’il continuait à la voir, comme une jeune femme ordinaire. Ce n’était pas la tristesse, qui habitait le plus cette jeune personne. Elle n’était pas triste. Elle n’était pas pour autant gaie. Rares étaient les moments où une émotion avait surpassée les autres. Avec l’âge, et la nécessité croissante de se protéger, la mutante s’était astreinte à vivre en ressentant le moins possible.

A la façon qu’elle avait d’étudier son vis-à-vis rien n’indiquait qu’elle cherchait à développer un lien spécifique avec lui. Ligèia voulait se tenir loin de tout ce qui pouvait être doux à sa génitrice afin de ne pas l’abîmer.

« Que voulez-vous dire par là ? Devrais-je me méfier de vous ? Ou m’inquiéter que vous soyez proche de ma mère ? »

Les yeux de la mutante prirent une teinte plus intense. Elle changea de façon de regarder cet homme. Derrière les sombres volutes apparurent les signes de la méfiance. Il n’y avait pas encore de menace. C’était l’un des privilèges octroyés par ceux qui étaient bons avec les siens. Ils gagnaient le bénéfice du doute. D’inconnu curieux, il devint un adversaire potentiel (et non un ennemi), car il ne devait arriver aucun mal à Meredith Woods. Aucun. Il en était ainsi. Bien que l’éducation avait joué beaucoup, dans le lien, qui reliait l’enfant à ses parents. C’était quelque-chose de beaucoup moins rationnel qui nourrissait son inébranlable loyauté. L’une de celle qui pouvait impressionner jusqu’au Chevaliers.

« C’est à peu près cela oui. »

Ainsi Rafael tenta tout de même de se faire Ange annonciateur du Grand livre.
Il parlait bien. Il avait de l’esprit. Il était probablement un fin orateur et avait du séduire beaucoup de monde, avec son sérieux. Anne entrevoyait de mieux en mieux le genre d’entretiens qu’il pouvait avoir avec sa mère. Il devait plaire avec ce discours miséricordieux. C’était exactement le genre de boniments qui pouvaient soulager l’âme maternelle. Malgré tous les défauts de la religion n’était point condamnable. Et souvent Ligèia aurait voulu croire en quelque-chose d’aussi fort qu’un Dieu. Quelque-chose qui surpasse toutes les affirmations de son père. Mais la foi réclamait bien trop de confiance et d’abnégation pour venir toucher la Sirène de l’Atlantique.

« Je n’ai pas besoin que vous me croyez et encore moins que vous me compreniez. C’est le salut de ma mère qui m’intéresse.  » (La mise en garde du prêtre n’était pas plaisante à attendre. Il y avait probablement un peu de vrai dans ce qu’il assénait calmement. Pourtant Ligèia réfuta immédiatement cette cruelle prédiction. Elle se ferma de corps et d’esprit trouvant la cathédrale imposante et massive dans son dos. ) « Mes proches n’auront rien à « subir » du tout. J’y veillerai.  »

La conviction faisait ressortir les traits guerriers de la jeune fille. Sous la peau lisse vibrait un puissant instinct de survie. Celui qui l’avait rendu inflexible durant la Guerre. Quoi que cette vie soit imparfaite et dangereuse la jeune mutante y attachait de l’importance. Elle ne désirait pas mourir, mais elle désirait encore moins, voir l’un des siens disparaître. Voilà pourquoi l’un des points fut reçut comme une agression directe.
La bête voulait s’extraire et éliminer immédiatement la menace. Mais c’était Anne qui dominait maintenant imposant un calme martial. Anne se garda de réagir à vif. Contrairement aux animaux, elle était une créature sensée, pourvu d’un sens de l’analyse. Même si tout ceci, la mettait sur des charbons ardents, elle en tira ce qu’elle pu. Il y avait toujours une chose à apprendre de l’autre.
La contradiction était un outil pour affuter sa pensée et la rendre plus efficace car bien souvent les mots étaient des armes.

« Les miracles se sont des contes que l’on raconte aux enfants pour qu’ils cessent de pleurer. Vous êtes pessimiste. Je ne vois pas pourquoi, je devrais faire comme vous monsieur Baldwin. Si vous avez baissez les armes et cela vous regarde. Je considère qu’aucune règle, imposée par des hommes, n’est éternelle. Il n’y a qu’une loi qui commande sur toutes les autres, c’est celle de la vie. « Vivre ou mourir ». N’est-ce pas ainsi que voit votre Dieu ? »

Il était trop tard. Ascheriit lui avait ouvert les portes de la perdition. Roxas arrivait tandis que toutes les chaînes étaient en place. Ligèia avait accepté ce qu’elle était. Elle attendait l’heure de sa gloire.

« Ce n’est pas, parce que l’on cède une fois, que la lutte est perdue. La seule vraie bataille c’est celle de la fin. Ce n’est pas de la désillusion mais de la lucidité. Il n’y a pas de paix ou d’harmonie dans ce monde. Il n’y a plus d’équilibre depuis longtemps. Personne n’est a l’abri des ombres. Mais il y aura une fin… »

Impression persistante quand Rafael faisait l’oiseau de mauvais augure avec la voix d’une âme désincarnée. Ligèia eu soudain le ton mélodique de celle qui récite un poème. Il faisait acte de synthèse pour un laïus cent fois entendu.

« L'humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l'humanité.  »

Peu importait à Anne. Elle était un soldat en réserver. Un jour elle serait un général des forces vives.
Ces six derniers mois avaient renforcé en la demoiselle un désir de grandeur. Elle n’était pas faite pour imiter les hommes… les humains qui avaient voulu leurs peaux. Elle n’était pas faite pour vivre comme eux. Le combat n’avait pas encore réellement reprit. Ce n’était qu’une question de mois avant que la guerre soit  à nouveau ouverte. Brewer et toute sa clique ne tiendrait pas plus d’un an à la tête de New York.

« Ma petite personne pèse bien peu de chose dans la balance.  »

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Ven 05 Juil 2013, 17:13


J'avais conscience que mon opinion n'avait que très peu de valeur, auprès de cette jeune femme. En ce cas, pourquoi Diable me faisait-elle part de telles confidences, et qu'attendait-elle réellement de moi ? N'étais-je qu'un divertissement, comme un autre ? Je la trouvais d'autant plus triste, et personne ne me ferait changer d'avis. Anne avait beau croire qu'elle n'était pas désespérée, sans pour autant être heureuse, puisque les émotions étaient devenues ses ennemies, j'avais acquis la certitude que rien n'était plus désolant qu'une existence aussi terne. Jamais beau afficher un masque d'impassibilité, la plupart du temps, ce n'était qu'une armure, un mirage. J'étais le plus incapable des hommes, quand il était question de rester indifférent, ou inébranlable. Anne m'intriguait au plus haut point. Elle paraissait très jeune, mais son regard était désabusé, comme s'il avait déjà tout vu, et que plus rien n'était susceptible de le surprendre. Quelles épreuves avait-elle du traverser, pour en arriver là ? Cela ne pouvait être inné, si l'on partait du principe que chaque être naissait innocent. Bien entendu, j'étais souvent tenté de mettre une semblable théorie en doute, quand je rencontrais des Arlathan, Ascheriit, Axel, et autres spécimens de la sorte.

« Que voulez-vous dire par là ? Devrais-je me méfier de vous ? Ou m’inquiéter que vous soyez proche de ma mère ? » demanda-t-elle.


Je crains que nous ne soyons pas encore suffisamment proches, pour que j'explicite ma pensée, me contentai-je de répondre. Je suis certain, quoiqu'il en soit, que vous vous méfiez d'ores et déjà de moi. Quant à votre mère, elle n'a rien à craindre, du moins, de ma part.

Je me demandai si elle était seulement protectrice envers ce qui lui appartenait, ou irrémédiablement jalouse. En tous les cas, si elle s'imaginait que des pensées grivoises m'habitaient, quand je pensais à Meredith, elle était fort loin du compte. Elle n'était qu'une âme en peine, avec qui je conversais de temps à autres, sans pour autant m'ouvrir à elle. Et visiblement, cette femme tenait beaucoup plus à cette relation que moi. A mes yeux, nombre de gens n'étaient désormais plus que des fantômes et des ombres passagères.
J'avais du mal à soutenir le regard de cette fille, certes, mais je n'étais également que trop habitué à trouver des visages méfiants et méprisants, autour de moi. Il en faudrait davantage pour m'intimider. Je parlai effectivement avec sérieux, non sans glisser des citations bien placées, lorsque je le pouvais. Anne acquiesçait, tout comme Meredith. Toutefois, elle paraissait beaucoup moins confiante ou influençable. Peut-être était-ce pour cela que j'appréciais la présence de sa mère. Si je ne lui mentais pas nécessairement, je ne lui révélais que les actions flatteuses, et je les contais avec assurance et éloquence. Elle était parfois impressionnée et reconnaissante, parce que je lui donnais des conseils moraux que je n'appliquais pas moi-même. Je jouais un rôle des plus honorables, et que je pouvais endosser nulle part ailleurs. C'était amoral, mais divertissant.

« Je n’ai pas besoin que vous me croyez et encore moins que vous me compreniez. C’est le salut de ma mère qui m’intéresse. Mes proches n’auront rien à « subir » du tout. J’y veillerai.  » rétorqua-t-elle ensuite.


D'autres se sont jurés cela, avant vous, commentai-je, avec désillusion.

Qui croyait-elle être pour pouvoir braver la fatalité, de la sorte ?

« Les miracles se sont des contes que l’on raconte aux enfants pour qu’ils cessent de pleurer. Vous êtes pessimiste. Je ne vois pas pourquoi, je devrais faire comme vous monsieur Baldwin. Si vous avez baissez les armes et cela vous regarde. Je considère qu’aucune règle, imposée par des hommes, n’est éternelle. Il n’y a qu’une loi qui commande sur toutes les autres, c’est celle de la vie. « Vivre ou mourir ». N’est-ce pas ainsi que voit votre Dieu ? » dit-elle.

Je ne pouvais certes pas la contredire ; j'étais le plus pessimiste des hommes, ou simplement le plus réaliste. J'avais beau me complaire dans certaines folies et chimères, je résonnais le plus souvent par états de faits. Quand on se livrait aux Ombres, il n'y avait plus aucun salut possible. Cela n'avait rien à voir avec Dieu ou avec le Diable, puisque l'enfer devenait terrestre. Libre à elle de demeurer « optimiste », après tout, la déception n'en serait que plus cuisante. Et si je me trompais, comme elle le sous-entendait, j'en serais le premier surpris, faute d'en être véritablement ravi. Que voulez-vous ? C'était rassurant de constater qu'on n'était pas seul à se noyer.


Je n'ai pas baissé les armes, vous ne savez rien de moi, remarquai-je toutefois, d'un air sombre. Il arrive qu'on lutte vainement, mais cela, une fillette telle que vous ne peut en avoir conscience.

Je perdais quelque peu patience mais la faute ne m'en revenait pas. Elle n'était pas des plus respectueuses, malgré sa courtoisie, et je ne supportais guère d'avoir à parler de religion, avec ceux qui -de toute façon- méprisaient Dieu.

« Ce n’est pas, parce que l’on cède une fois, que la lutte est perdue. La seule vraie bataille c’est celle de la fin. Ce n’est pas de la désillusion mais de la lucidité. Il n’y a pas de paix ou d’harmonie dans ce monde. Il n’y a plus d’équilibre depuis longtemps. Personne n’est a l’abri des ombres. Mais il y aura une fin… » enchaîna-t-elle.


Vous avez bien retenu votre leçon, quelque soit la personne qui vous l'ait enseignée, rétorquai-je, nullement convaincu.

Quant on commençait à chuter, c'était irrémédiable, et sans espoir de remontée possible ; j'étais bien placé pour le savoir. Nul ne me ferait changer d'avis, et certainement pas la fille arrogante d'une étrangère. Si Anne voulait que j'agisse sans masque avec elle, elle allait être servie.

« L'humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l'humanité.  » ajouta-t-elle, en écho à ma propre référence.


Je suis curieusement dans le camps de la guerre, dis-je, sardonique.

Le Diable s'ennuierait certes, si l'humanité venait à disparaître, mais peut-être était-ce le seul moyen d'empêcher le Ciel de pleurer. Si je n'avais plus d'espoir pour moi, je n'en avais guère plus pour mes semblables.


Incluez-vous les mutants, au sein de cette humanité ? demandai-je, à tout hasard, ou presque.

« Ma petite personne pèse bien peu de chose dans la balance. » conclut-elle, ce qui eut le don de me surprendre.


Cette lucidité est remarquable, et pourtant, j'ai du mal à vous croire sur parole. Vous pouvez prétendre manquer de tout, sauf d'assurance et d'ambition, répondis-je, encore et toujours sceptique.

Je n'ajoutai pas un mot, et pour cause, j'ignorai de quel pied danser avec cette jeune femme. J'avais tenté de la rassurer pour sa mère, mais que pouvais-je faire d'autre ? Continuer à l'écouter, sans savoir où cela allait nous mener ? J'étais quoiqu'il en soit incapable de ne pas la contredire, ni même de savoir ce que j'allais conserver pour moi, ou répéter.

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Dim 21 Juil 2013, 21:06

« Je crains que nous ne soyons pas suffisamment proche pour que vous puissiez me traiter de « fillette ». » Avait-elle entonné sur un ton similaire.

Ils n’avaient de toutes les façons rien en commun, à l’exception d’une femme et ils étaient bien trop entêtés pour parvenir à s’entendre. Woods s’était tellement barricadée derrière ses convictions qu’elle ne pouvait pas se permettre de les remettre en question. Sans elles Ligèia n’aurait plus de raison d’être. Sans elle, chaque choix fait jusqu’ici perdrait son sens. Douter signifiait la mort, car il lui faudrait alors affronter ses pensées les plus noirs et ses actes les plus malveillants. Elle n’y était pas encore prête, trop petite, pour affronter certaines vérités. La vérité nette et pure que même un océan déchainé ne pourrait retenir. Mais de cela Anne n’avait pas encore confiance et elle poursuivait la route qui la mènerait à son cachot. Comment pouvait-on raisonner un condamné qui attendait sa sentence ?

La jeune fille tourna son visage face au soleil pour dissimuler ce qui semblait être un regain de douceur. Cette douceur qu’elle avait toujours lorsqu’elle songeait à son père. Lui, qu’Anne admirait plus que tout autre homme sur Terre, puisqu’elle était incapable de le haïr. Pourtant elle aurait du, parfois, lui en vouloir. Mais quelque-chose l’en empêchait. Toute rébellion s’était achevée par des larmes et la douleur, sans qu’elle ne puisse vraiment l’expliquer. Alors, elle avait fait comme les bons chrétiens, elle avait tendu l’autre joue et dit Amen à son Dieu. Elle avait été son acolyte la plus fidèle et la plus brillante.
Ligéia sentait sur ses épaules le poids d’un Destin.

Aujourd’hui elle sentait que quelque-chose était en train de séparer les membres de sa famille. Pour la première fois de son existence, Ligèia, se sentait la force de vivre en dehors de ceux qui l’avait mise au monde. C’était probablement cela qui avait inquiété la mère. Pourtant, cette prise d’indépendance, était pour le mieux.

« Vous êtes d’un cynisme à toute épreuve... » Murmura-t-elle sans joie ni peine.

Comment Meredith avait-elle pu croire que cet ami parviendrait à quelque-chose avec sa fille ? Il était encore plus sombre, encore plus misanthrope, que la mutante qu’on lui avait demandé de convaincre. L’humanité devait lui avoir fait beaucoup de mal pour que Rafael en arrive là. Woods préféra ne pas poser de questions. Moins elle en savait sur les gens et mieux elle pouvait s’en séparer.

« Voilà au moins un point sur lequel nous nous accordons. »

D’aucun aurait soupiré en voyant que c’était en les recoins les plus sombres que se retrouvaient ces deux êtres. Pouvait-il en être autrement à une époque comme celle-ci ?

« Tout dépend... sommes-nous de la même espèce ? »

Les théories différaient beaucoup sur cette problématique. Selon que la voix fut celle, du scientifique, du politicien ou du philosophe, la réponse n’était pas la même. Anne avait lu beaucoup d’anti-mutant très respectés dans la société. Elle s’était renseignée. Elle avait été écouteur les auteurs à des conférences. Elle s’était-même abandonnée à quelques journaux de propagande pendant son adolescence.
Tant et si bien qu’on l’avait associée à des mouvements extrémistes pendant le temps de la fac. Il n’y avait qu’avec le putsch des Invisibles qu’elle avait pu affirmer son identité face à ses adversaires.

« Rien ne dit que je ne pèserais pas plus tard... quand la place sera libre. J’ai toute une vie pour ça. »

Cinq, six, décennies peut-être, pour obtenir son trône. C’était bien assez. Les géni de ce monde n’avaient pas vécus plus longtemps. Ils avaient accomplis de grandes choses. Ligèia n’avait pas besoin de l’éternité –comme touts ces imposteurs- pour avoir ce qu’elle voulait. Il suffisait d’une heure, à peine, pour faire basculer le monde des hommes. Il ne fallait pas manquer cet instant. Il s’annoncerait tôt ou tard. Baldwin en aurait un sourire…
Le silence qui s’abattit ensuite entre eux fut un signal. Ils n’avaient plus rien à se dire tant qu’ils demeuraient des étrangers l’un pour l’autre. Ils avaient remplis les termes du marché passé. Ils avaient donné le change. Ils y avaient mit un semblant de bonne volonté. Meredith pourrait au moins se targuer de les avoir fait parler. Mais ils allaient finir par tourner en rond. Et ils n’étaient pas de ceux qui parlent, pour ne rien dire, pour combler le vide.

« Vous direz à ma mère que tout va bien. Comme ça nous avons finis. Chacun peut tranquillement retourner à sa vie. »

La demoiselle n’était pas idiote. Elle était encore moins aveugle. Elle avait perçu l’agacement chez son interlocuteur. La conversation n’aurait pas pu prendre une autre tournure. Ils avaient l’un comme l’autre une journée à reprendre. Pour elle tout était très clair. Cet homme n’avait ni l’envie, ni l’intérêt, à se mêler d’avantage des affaires de la famille Woods. Elle comptait sur son indifférence pour être déchargée des incessantes interrogations, dont elle était l’objet, quand elle retournait voir ses parents. Ils la laisseraient de nouveau tranquille.
Sans quoi Ligéia n’arrivait pas à être aussi efficace dans ses recherches.

« Elle vous remerciera pour nous deux. »

Balwin n’était pas dangereux. Il était seulement vieux et aigris. Anne sortit lentement de l’ombre de la cathédrale. Elle n’était plus autant sur la défensive. Son « âme » n’était pas plus apaisée qu’en arrivant sur le parvis. Mais Rafael n’était pas un ange et il n’avait en effet pas promis de miracle. Il n’y avait donc pas de déception ou de regret à avoir. Peut-être l’impression d’avoir perdu du temps.
Dieu avait probablement d’autres choses à faire que de montrer la lumière à deux otages des Ombres.

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Lun 29 Juil 2013, 17:19


« Je crains que nous ne soyons pas suffisamment proche pour que vous puissiez me traiter de « fillette ». » rétorqua-t-elle.

J'aurais pu en être séduit ou agréablement surpris ; rares étaient les jeunes femmes à être dotées d'une telle assurance et d'une semblable répartie. Ce fut malheureusement loin d'être le cas. L'insolente usait de mes propres armes contre moi et ne faisait guère preuve de respect, auprès d'un aîné. Je l'avais provoquée, c'était vrai, mais plutôt que de me montrer compréhensif, je ne pouvais m'empêcher de songer que son attitude commençait à m'insupporter. En un sens, il était naturel que la discussion n'aboutisse à rien, tant nous étions aussi tenaces et acharnés, l'un que l'autre. J'étais fermement cramponné à mes positions, et c'était également son cas. Comment deux sourds tels que nous auraient-ils pu s'entendre et trouver un terrain d'entente ? Malgré nos similitudes, un mur inexpugnable était bâti entre nous deux. Et pourtant, je n'étais pas sans faire des efforts pour essayer de la raisonner. Certaines vérités avaient été dites, non pas pour la contredire ou la contrarier, mais simplement pour lui ouvrir les yeux. Hélas, à son âge, on se croyait naturellement invincible et capable de changer le monde. Elle comprendrait que ce n'était nullement le cas, une fois les premières déceptions passées. Ligéia avait beau être mature, nullement naïve et intelligente, elle n'en demeurait pas moins jeune et inexpérimentée. Je n'étais toutefois pas altruiste au point de devenir son mentor, ou que sais-je encore. De toute façon, elle n'en voudrait pas. Malgré tout, je ne pouvais m'empêcher d'être parfois admiratif, face à l'impassibilité énigmatique qu'elle persévérait à conserver.

« Vous êtes d’un cynisme à toute épreuve... » constata-t-elle également.


Quel charmant portrait de moi vous êtes en train de dresser. Si je reste muet auprès de votre mère, à votre sujet, soyez aimable de me rendre la pareille, répliquai-je, non sans ironie.

Malgré ma susceptibilité qui avait encore frappé, je pensai, intérieurement, qu'elle n'avait pas tort. Néanmoins, mon cynisme tenait plus du réalisme que d'une pose quelconque pour me rendre intéressant. Elle ignorait ce que j'avais traversé. Si la curiosité d'Anne était attisée, elle n'en montra rien. Je restai neutre et toutefois, la demande faite était sincère. Certes, Meredith se complaisait dans des illusions, malgré ses craintes, au sujet de sa fille et de moi-même. Mais cela lui permettait d'être plus lumineuse, aussi ne fallait-il pas le réduire à néant. J'étais quelque peu soucieux du bien-être d'autrui, à mes heures perdues.
Les points où nous nous entendions, à défaut d'être inexistants, étaient rares. Une grande interrogation résidait : si une guerre raciale venait à éclater, serions-nous dans le même camp ? C'était là l'interprétation que je faisais de la question qu'elle venait de me poser. Ainsi, elle considérait que le mutant n'était pas de la même espèce que l'être humain. Je l'observai avec gravité, navré, quelque part, qu'il y ait des personnes aussi jeunes capables de penser cela. Mes opinions n'étaient pas différentes, il y a plusieurs années, et j'étais d'ailleurs entouré de mutants extrémistes, malgré tout, mon avis avait progressé, à force de temps et d'épreuves.


Je crois que oui, hormis si vous venez d'une autre planète, répondis-je.

Ma réponse était sardonique, et certes prudente. Malgré tout, elle laissait grandement transparaître mon opinion sur le sujet. Qu'elle soit une humaine ou une mutante intolérante, (et curieusement, j'optai pour la seconde option), Anne n'avait pas à savoir si j'étais différent d'elle. Je n'avais nullement la volonté d'être considéré comme un être insignifiant ou un ennemi. Pour ma part, j'avais appris depuis longtemps à traiter les humains et mutants de façon égale, à force de les côtoyer, et surtout d'être autant déçu par une « caste », que par l'autre. Je ne cache pas que la mutation, en particulier l'immortalité, était quelque chose qui m'attirait, mais cela s'arrêtait là. Si Anne prônait la disparition d'un groupe ou de l'autre, il paraissait urgent de lui enlever ces idées de l'esprit. Mais était-ce possible et cela serait-il seulement utile ? Il y avait des mutants extrémistes infiniment plus dangereux, tels que Ascheriit. Je l'observai, l'air intrigué, mais surtout sévère, me demandant si elle se rendait compte de l'ampleur de sa question. Comment aurais-je pu me sentir à l'aise auprès d'elle, après cela ? Il est vrai que les mutants avaient raison d'être furieux, après ce qui leur avait été infligé, malgré tout, les Hommes avaient également payé, durant l'asservissement des Invisibles. C'était peut-être l'une des seules pensées saines dont j'étais capable, néanmoins, je jugeais qu'il y avait assez de raisons de se battre, en ce monde, pour y ajouter cette stupide opposition raciale. Je n'avais certes pas à me plaindre, puisque malgré mon absence de facteur X, j'avais toujours pu côtoyer les mutants les plus talentueux de cette époque. Précisions néanmoins que servir Ascheriit était loin d'être une partie de plaisir.

« Rien ne dit que je ne pèserais pas plus tard... quand la place sera libre. J’ai toute une vie pour ça. » affirma-t-elle, par la suite.


Vous avez donc des ambitions politiques, ou peut-être des envies plus nébuleuses que cela encore ? demandai-je, de plus en plus sombre.

Je songeai, avec de plus en plus de conviction, que si elle était bien une mutante, elle représentait le profil idéal pour rejoindre les rangs d'Ascheriit. Ma paranoïa naturelle me jouait-elle des tours ou avais-je raison de penser, que partout, ma route était condamnée à croiser celle d'une Ombre ? Une telle pensée ne pouvait que m'amener à la considérer avec plus de réserve et de méfiance, encore. Entre êtres déchus, l'on se reconnaissait.
Les interrogations que je me posai à son sujet avaient beau se multiplier, la discussion perdait paradoxalement en vivacité, comme si nous n'avions plus rien à nous dire, malgré l'activité de nos réflexions.

« Vous direz à ma mère que tout va bien. Comme ça nous avons finis. Chacun peut tranquillement retourner à sa vie. Elle vous remerciera pour nous deux. » conclut-elle d'ailleurs.

Je l'observai, immobile et déconcerté. Malgré cette réaction logique et attendue, ainsi que son indifférence, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver quelque regret. C'était donc tout ce que nous étions capables de nous dire ?


Devrai-je aussi dire que tout va bien, le jour où quelqu'un lui annoncera votre mort ? rétorquai-je.

C'était une réaction brusque et spontanée, et c'était peu de le dire, malgré tout, je tenais à ce que Anne prenne conscience de la gravité des propos qu'elle avait eus. Mon ton n'était nullement enrobé de menace, mais de prévoyance. L'on ne fréquentait pas les Ombres, qu'elles fussent à Ascheriit ou un autre, sans conséquence. Aussi fallait-il s'en tenir éloigné, à moins d'y être contraint. La faute ne m'en revenait pas si Anne m'obligeait à devenir si radical, pour attirer son attention, et cela même si j'avais été tenté de la laisser tomber. Pourquoi m'acharnais-je à indiquer le droit chemin à une fille qui n'était rien pour moi, et qui ne voulait pas être secourue ? Pourquoi prenais-je cette initiative à cœur, alors que j'étais moi-même impardonnable ? Peut-être éprouvais-je le désir insensé de l'aider, justement parce que je ne pouvais plus être sauvé.

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Dim 04 Aoû 2013, 12:42

Ligèia commença à croire qu’elle allait trouver un terrain de conciliation avec son étrange interlocuteur.
Il s’était enfin déridé pour faire preuve d’un minima d’humour. Ils avaient donc une chance de dépasser les raideurs, que leurs imposaient, leurs deux caractères. La tactique était toujours la même –Anne la pratique depuis l’enfance- : laisser l’autre penser qu’il avait réussi à convaincre plutôt que de lui souligne le contraire. C’était en effet le seul moyen qu’avait eu cette jeune fille pour garder un peu de libre arbitre. La lutte avait été harassante parfois, mais elle l’avait rendue extrêmement déterminée. De cette détermination qui approche la folie et conduit à sa propre perte. Le plus simple pour se consoler restait de ne jamais remettre en question ce qui avait été et d’imaginer ce qui sera.  

Alors que la jeune femme a tout mit en place, pour pouvoir terminer cette rencontre, un élément imprévu la retenue. Pour la toute première fois, depuis que cet homme s’était adressé à elle, il paru engagé dans ce qu’il faisait. Il sembla se soucier d’elle. Et Ligéia, tout à fait incapable de concevoir qu’on lui voulu du bien, se demanda le pourquoi de ce changement. Qu’avait bien pu penser cet homme pour s’obstiner à ce point, encore, malgré la fin évidente ? Il y avait toujours une raison sous-jacente à l’inquiétude de l’autre. Une raison qui ne concernait jamais directement la personne à qui on la montrait : certains avaient voulu la protéger par devoir, d’autres par loyauté, d’autres encore par dette. Même Wyrm –qui est d’une grande noblesse d’âme là n’est pas la question - voulait protéger une image du passé… de son passé enfui et enterré quelque part en Angleterre. Comme Asmodée songeait en regardant sa descendante à son enfant perdue.

Anne entrouvrit ses lèvres pour lui répondre, malheureusement, une nouvelle vision se forma précisément à ce moment là. Rien ne pouvait empêcher le Gène X de se manifester. Sous le regard divin l’esprit fit démonstration de sa propre magie. Telle une statue de grêle la mutante fixa le vide pendant que le paysage se matérialisa.  


Citation :

- … le jour où quelqu'un viendra me dire que tu es mort ? »

Une charmante jeune femme brune, visiblement, fâchée et inquiète lui faisait à présent. Il s’agissait de nul autre que sa mère rajeunie de quelques années. Au style de vêtements, à la couleur de sa chevelure, Anne situa la scène dans le début des années 2000. L’excroissance au niveau du ventre indiqua en effet que le nouveau siècle venait tout juste de commencer.
 
L’espionne involontaire observa sa propre main, se tendre, pour aller caresser les cheveux de sa mère. Cette situation était gênante d’autant plus qu’il s’agissait d’un moment intime. Une voix d’homme remonta de sa gorge. Son propriétaire parla si bas qu’il fut difficile de l’entendre.

-« Je ne vais pas me faire tuer Edith… je vous laisserai jamais toi et le bébé…  (Le regard brillant de la future mère avait de quoi faire fondre n’importe quel cœur.) C’est juste une précaution, pour que vous ne manquiez de rien… juste au cas où…  

Le son d’un cloché se fit entendre au loin. Meredith fit la moue. Une moue boudeuse et séductrice que sa fille n’a jamais vue sur son visage.

-« C’est l’heure ton frère va bientôt rentrer. »


Le deuxième coup de cloche se répercuta dans la réalité.
Ligèia réintégra le présent aussi violement qu’elle venait d’en être arrachée. Elle cligna deux fois de suite des paupières pour se réadapter. Son corps affaibli manqua de se dérober sous son propre poids. Seuls les réflexes inscrits par ses années de formation la firent échapper à un contact physique avec Baldwin. Cette désagréable expérience devenait un peu trop fréquente au goût de la demoiselle. Elle était démunie face à ce nouveau talent…

Pour l’heure la perplexité domina sur toutes les émotions qui la traversèrent. Dans ce trouble s’entrevit fugacement les tristes lambeaux de son humanité. Ce fut rapide. A peine le temps d’une pensée. Au détour d’un regard égaré. Woods apparue dans la lumière de sa jeunesse et de sa vulnérabilité. Trop loyale aux siens pour supporter qu’on l’ait mise à l’écart. Jamais son père ne lui avait parlé d’une assurance vie. Mais le sujet mériterait d’être abordé la prochaine fois. C’était d’ailleurs à peu près là où ils allaient en venir ici aussi.  

« J’ai mis en place une assurance vie dés ma majorité. Si je meurs avant elle, vous pourrez lui dire, qu’elle a un peu d’argent de côté. » Aucune ironie n’adoucissait ce calcul fataliste.

Mais un humour noir, qui avait été souvent la seule armure de cette Sirène face à la vie, pu se lire dans ses yeux limpides.

Le pragmatisme de l’ancien capitaine Woods avait parfaitement été intégré par sa fille. Après avoir trouvé son studio elle avait utilisé toutes ses économies pour ouvrir un compte. C’était la moindre des choses à faire après avoir été élevée et nourrie par ces deux êtres. Cela permettait aussi à cette jeune mutante d’être un peu plus tranquille. Elle savait que, quoi qu’il arrive, ses parents auraient toujours un toit au-dessus de la tête.

« D’ailleurs c’est peut-être une idée à prendre.  » Ajouta-t-elle plus par amusement que par conviction.

Car politique, ou non Ligèia n’était pas sûre de dépasser la quarantaine. Encore moins maintenant qu’elle était prise entre deux feux.

Dans un sursaut d’affection pour sa mère et aussi pour ce regain de bienveillance de Rafael, la demoiselle chercha à ménager ce dernier. Elle déclara les choses comme elle les voyait plus sincère qu’honnête.  

« Ne soyez pas déçu... vous avez fait tout ce que vous pouvez. Je le dirais à ma mère. Mes ennuis ne regardent que moi. Je serais, une âme damnée pour de bon, si je commençais à entrainer des inconnus dans mes petites affaires. (Dans l’espoir d’achever tout élans héroïque Anne lui adressa un petit sourire. A la façon dont il glissa sur ses traits, on devina, que ce genre d’expression n’était pas courante. Puis elle hocha sombrement du chef. ) Peut-être que dans une dizaine d’année le débat ira encore plus loin.   »

Même si les chances, que ces deux individus se recroisent un jour, étaient aussi mince que celles qu’ils échappent à leur sort. Ils ne seraient jamais du même monde.
Cette dernière pointe d’ironie trahit pourtant la curiosité que cet entretien avait enfin de compte fini par éveiller. Il n’était pas impossible, que – dans un futur plus ou moins proche- Meredith se retrouve questionnée, à propos de cet ami au cœur sombre et au verbe piquant. Le genre d’humain qui mérita peut-être qu’on s’attarde un instant sur son cas.

« A l’occasion, saluez Jésus de ma part.  »

Cette demande incongrue ne détenait pas une once de moquerie. Comme si, sentant la fin venir, Woods se sentait plus libre de se dévoiler. Elle n’aimait pas Dieu, mais respectait son pouvoir… ce pouvoir, que son oncle avait admiré jusqu’à la fin. Après un regard vers l'église elle se fit la promesse de revenir dans les parages en souvenir de ce dernier.

Un dernier regard, un accord tacite et Ligèia emporta ses secrets avec elle.

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MessageSujet: Re: [CLOS] Le seigneur n'est pas avec nous encore moins avec notre esprit ( Rafael ) Jeu 22 Aoû 2013, 19:17


Si Anne semblait parfois se dérider et accueillir mes propos sans broncher, j'avais connu assez d'individus portant le même masque qu'elle, pour comprendre que cette discussion ne mènerait à rien. Ligéia resterait, coûte que coûte, campée sur ses positions, malgré tous les avertissements que j'avais cru bon de proférer. De toute évidence, nous ne tarderions pas à nous séparer, pas en amis, pas même en ennemis. Elle devait me prendre, au mieux, pour un personnage imposé par sa mère, et dénué de tout intérêt. Elle devait se demander, malgré tout, pourquoi je m'acharnais à l'ennuyer, m'inquiétant vraisemblablement de son sort. Était-ce pour elle ? Était-ce pour mon propre salut personnel, ou ne s'agissait-il que d'un sermon dans le vent ? Je n'en avais pas une idée fixe, moi-même...
Et tandis que le son des cloches de l'église se répercutait autour de nous, avec force, Anne sembla sombrer dans une sorte de transe, qui ne fut pas sans me stupéfaire. Je tentai de l'appeler, une fois ou deux, vainement, avant de balayer les alentours du regard. Fort heureusement, la crise n'était pas assez agitée pour inciter les passants à se tourner vers nous. Blême, je restai auprès d'Anne, ne sachant que faire, me demandant ce qui lui arrivait, et pour combien de temps encore. Je commençai à songer à la réveiller, comme si elle s'était évanouie, lorsqu'elle recouvra ses esprits, d'elle-même.
La jeune femme semblait émerger de je ne sais quel rêve ou cauchemar, le teint pale et l'équilibre peu assuré. Et malgré tout, elle ne tomba pas, aussi sûrement que ce qu'il venait d'arriver ne semblait pas la faire paniquer. Devais-je en déduire qu'elle y était habituée ? Était-ce un malaise, dû à quelque maladie, ou bien le fruit d'une capacité mutante ?  Je devais avoir l'air aussi incertain que dérouté, et toutefois, Anne décida de faire comme si rien n'était. Elle semblait beaucoup mieux se porter, et malgré ma curiosité, je n'osai pas vraiment lui poser de questions personnelles.

« J’ai mis en place une assurance vie dés ma majorité. Si je meurs avant elle, vous pourrez lui dire, qu’elle a un peu d’argent de côté. » répondit-elle finalement.

Une fois encore, je nageai dans la perplexité. Jamais les réactions d'Anne n'étaient prévisibles, bien au contraire, elle avait le don de me faire douter. Elle usait parfois d'une telle indifférence pour aborder des sujets d'une pareille gravité... Comment diable pouvait-elle évoquer sa propre mort, sans ciller ? Je m'étais cru percutant, en lui posant la question, mais j'étais d'ores-et-déjà remis à ma place. Qu'aurais-je pu répliquer à cela ? Que tout l'or du monde ne remplaçait pas un enfant perdu ? Anne ne relèverait même pas un constat d'une telle banalité. A la phrase suivante, je me demandai malgré tout s'il ne s'agissait tout bonnement pas de second degré. Allez savoir ? Elle faisait partie de ces individus qui pouvaient déblatérer la plus grande plaisanterie du monde, avec un sérieux et une impassibilité absolus. Je devais avoir l'air bien grave et perplexe pour qu'elle prenne finalement la résolution de sourire :

« Ne soyez pas déçu... vous avez fait tout ce que vous pouvez. Je le dirais à ma mère. Mes ennuis ne regardent que moi. Je serais, une âme damnée pour de bon, si je commençais à entrainer des inconnus dans mes petites affaires. Peut-être que dans une dizaine d’année le débat ira encore plus loin. »

Elle avait l'art de m'envoyer paître avec la courtoisie la plus intégrale. Ainsi, mes efforts n'auraient définitivement servi à rien. Elle croyait m'épargner, alors que je n'étais pas moins damné qu'elle. De toute évidence, elle avait raison ; il ne servait à rien que je lui impose davantage ma présence. Souhaitait-elle me revoir ? J'en doutais profondément. Ce triste bilan n'était pas pour me satisfaire, mais la mission n'était pas un échec total, après tout. Selon Anne, j'avais finalement réagi comme sa mère l'attendait de moi. Peut-être Meredith me connaissait-elle plus que je ne le croyais...


Peut-être, répétais-je, sans conviction, l'air songeur.

Si elle devait comprendre quelque chose par là, c'est que ma porte ne lui était plus fermée, malgré tout le doute et l'appréhension qu'elle insérait en moi.

« A l’occasion, saluez Jésus de ma part.  » conclut-elle, certainement en guise d'adieu.

Cette dernière réflexion prouvait définitivement qu'Anne avait -de loin- dominé la fin de cet entretien. La jeune femme s'éloigna puis s'évanouit dans la foule, tandis que je demeurai immobile, scrutant quelque point invisible au devant de moi. Je doutai profondément de la revoir un jour, et malgré tout, cette rencontre était de celles qui s'annonçaient inoubliables. Je refusai de croire qu'elle avait été vaine ou sans signification.



[Sujet terminé]

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